Le sénateur mène l’enquête

Je traîne, depuis des années, une énorme PAL (Pile [de livres] A Lire en jargon de lecteurs compulsifs – quoique, dans mon cas, le pluriel serait plus approprié) qui, en dépit de mes efforts pour fuir les librairies comme la peste, continue d’augmenter inexorablement à mesure que j’ai de moins en moins de temps pour lire. J’ai toujours pris les livres que je lis dans l’ordre de ma PAL, c’est-à-dire en respectant scrupuleusement l’ordre chronologique d’achat, sans faire de favoritisme. J’ai tellement de retard que, grâce à ce système, je fais régulièrement des redécouvertes agréables… et, ce qui est moins drôle, il m’est même arrivé d’acheter ou de me faire offrir des livres en double sans m’en rendre compte. Mais, depuis quelques temps, je fais de plus en plus d’entorses à cette tradition.

Ainsi, il y a quelques semaines, j’ai dû effectuer un trajet en train et rentrer le soir même. L’objet de ce court voyage suscitait en moi des émotions mêlées et me remplissait d’angoisse, si bien que j’ai décidé de laisser à la maison le livre que j’avais en cours et de piocher dans ma PAL pour y trouver quelque chose à lire de suffisamment captivant pour m’occuper l’esprit. Un polar historique s’imposait : j’en raffole et, bien qu’en lisant assez peu, j’en ai toujours quelques-uns en stock. J’ai hésité un moment, les romans policiers historiques étant, à mes yeux, de qualité assez inégale : s’ils sont généralement assez bien documentés, certains ont tendance à virer au cours magistral illustré et à pécher sérieusement au niveau de l’intrigue. N’est pas Jean-François Parot, l’auteur de l’excellente série des Nicolas Le Floch, qui veut ! C’est finalement Cave canem, de Danila Comastri Montanari, qui m’a inspirée. Je l’ai choisi plus ou moins par hasard dans une pile, et je serais bien incapable de dire comment ce livre était arrivé là et ce qui m’avait poussée à l’acheter !

Ce roman n’a pas complètement réussi à empêcher mes pensées de vagabonder dans le train, ce jour là, loin s’en faut, mais je n’ai pas pu me résoudre à aller me coucher avant de l’avoir terminé. Depuis j’ai acheté les 3 volumes suivants de la collection, que j’ai, au mépris de tous mes vieux principes, dévorés en l’espace de quelques soirées, à des moments où un peu de détente n’était pas superflue.

Les livres de Danila Comastri Montanari ont une particularité : tous comprennent une petite nouvelle, qui précède ou suit le roman qui donne son titre à l’ouvrage. C’est ainsi que le premier volume de la série s’ouvre, en guise d’introduction, sur une nouvelle qui met en scène un Publius Aurélius Statius adolescent qui se met en tête de prouver l’innocence de l’intendant de son père, accusé de vol et de meurtre. Cave canem et les histoires suivantes se déroulent bien des années plus tard : nous sommes en 45 après JC, sous le règne de l’empereur Claude, Aurélius a désormais une quarantaine d’années et il est devenu un riche sénateur. Ses fonctions lui laissent beaucoup de temps libre, qu’il consacre à son amour des lettres et à séduire les femmes. Il est assisté dans ses enquêtes de Castor, un affranchi grec qui le vole sans scrupule, mais lui est d’une fidélité indéfectible et s’avère d’une aide très efficace. Le principal informateur d’Aurélius est son amie Pomponia, plantureuse matrone romaine au courant de tous les potins de Rome.

Un rapide résumé du thème des quatre livres que j’ai lus à ce jour :

Alors qu’il arrive chez des amis pour y séjourner quelques jours, Aurélius trouve la famille en deuil : le fils aîné, passionné de pisciculture, s’est noyé dans le bassin des murènes. Très vite, Aurélius soupçonne qu’il ne s’agissait pas d’un accident.

 

 

 

Le gladiateur vedette Chélidon tombe raide mort au cours d’un combat facile, sans raison apparente, devant une foule immense. Du fait de l’importance des paris en jeux, des soupçons s’élèvent, insinuant que les combats auraient été truqués. Désirant faire taire les rumeurs et satisfaire le peuple en punissant l’assassin du champion, l’empereur Claude charge officiellement Aurélius de mener l’enquête.

 

 

Au cours de la réception de mariage de la fille adoptive de son amie Pomponia, Aurélius découvre le cadavre de la future épouse. A-t-elle été victime d’un malaise alors qu’elle prenait un bain de boue, comme les apparences le laissent supposer ? Aurélius n’y croit pas et est d’autant plus déterminé à tirer l’affaire au clair qu’il éprouve une attirance pour la mystérieuse sœur jumelle de la défunte.

 

 

Que d’événements étranges dans la maison d’Aurélius ! D’abord ses domestiques le poussent à acheter un esclave qui va être mis en vente. Puis, à peine la vente conclue, cet esclave est assassiné. Le seul indice est un pion d’un jeu de stratégie nommé latrunculi, trouvé dans la main de la victime. Les esclaves et serviteurs d’Aurelius se cotisent alors et réunissent leurs économies pour engager leur maître comme détective afin de retrouver l’assassin.

 

Les enquêtes suivent une trame assez classique, qui n’est pas sans évoquer Agatha Christie. Mais comme j’aime beaucoup ce style, ça me convient très bien ! Chaque volume me tient en haleine et, si certains rebondissements sont assez prévisibles, la solution de l’énigme me paraît toujours bien trouvée. Les livres sont bourrés d’humour, notamment dans les rapports entre le héros et sa nombreuse domesticité. Je ne suis pas toujours convaincue et trouve parfois les traits d’humour un peu répétitifs, mais je me laisse malgré tout prendre au jeu et souris souvent de bon coeur au cours de ma lecture. Les personnages secondaires sont plus amusants qu’attachants mais la galerie de portraits ainsi dressée est plutôt sympathique. Aurélius est très moderne dans sa philosophie de vie et ses convictions… tellement moderne que c’en est trop suspect pour être crédible, mais le fait qu’il soit aussi proche de nous le rend attachant.

Le style est agréable et enlevé. L’auteur s’y entend très bien à distiller des informations instructives, toujours claires et précises, sans que cela soit jamais lourd. Ses enseignements s’insèrent dans le contexte de l’intrigue de façon naturelle. Comme elle le fait avec son héros, elle a l’air de faire paraître la civilisation romaine moderne et proche de la nôtre, en mettant l’accent sur quelques thèmes qui sont encore d’actualité : la condition féminine (tout au moins celle des femmes libres et aisées), l’éducation…

Une très bonne série, à dévorer sans modération!

Ces 4 ouvrages de Danila Comastri Montanari (Cave canem, Morituri te salutant, Parce sepulto et Cui prodest?) sont disponibles chez 10/18, dans la collection Grands Détectives.

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2 commentaires pour Le sénateur mène l’enquête

  1. leslivresdegeorgesandetmoi dit :

    tu m’intrigues avec cette série que je ne connaissais pas… je note l’auteur dans mon carnet LAL !!!
    Je suis Heureuse d’avoir découvert ton blog !!!

  2. Marie dit :

    Je suis ravie que tu aies pu y trouver quelque chose qui soit susceptible de t’intéresser!

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