La naissance du goût

Nathalie Rigal est psychologue, spécialiste du goût. Dans La naissance du goût, elle s’intéresse à la formation du goût chez les enfants et à ce qui peut contribuer à élargir la palette des aliments consommés par les enfants dits difficiles.

Issu du fruit des recherches de l’auteur en la matière, cet essai solidement argumenté de 150 pages n’en est pas moins écrit dans un style très clair et très accessible au lecteur qui ne connaît rien en la matière.

Néanmoins, j’ai été un peu déçue à la lecture de l’ouvrage. Je m’attendais en effet à y trouver des conseils plus nombreux et plus concrets sur la façon de s’y prendre pour éduquer le goût de nos chères têtes blondes. Bien sûr, il n’y a pas de recette miracle, puisque les enfants sont tous différents. Mais, ayant déjà fait par hasard l’expérience par moi-même de l’efficacité de certaines de ses recommandations (embaucher la bestiole comme marmiton, notamment), j’y ai trouvé peu d’idées vraiment nouvelles. Je dois dire toutefois à la décharge de l’auteur que, ayant beaucoup farfouillé sur le net et lu plusieurs articles et extraits de conférences qu’elle a données sur le sujet, je connaissais déjà dans les grandes lignes le contenu du livre avant de l’ouvrir.

Malgré cette petite réserve, je suis contente de l’avoir lu car elle développe des concepts qui me semblent importants et son livre est porteur d’espoir.

Dans une première partie que j’ai beaucoup aimée et que j’ai trouvée très intéressante, elle explique les différents éléments constitutifs de ce que nous appelons, dans le langage courant, le goût, et dans quelle mesure la dégustation d’un aliment peut mobiliser tous nos sens. C’est important pour comprendre ce qui peut motiver un « j’aime » ou « j’aime pas » chez un petit et aider les parents à mieux faire accepter les aliments, mais aussi parce que ça rappelle au lecteur adulte tout le plaisir qu’on peut avoir à manger et l’intérêt d’essayer de développer nos sens.

Il y a d’ailleurs un point qui en découle qui a retenu mon attention : elle déplore qu’on essaye aujourd’hui d’éduquer les enfants sur les qualités nutritives des aliments, alors que ce n’est pas à la portée des plus jeunes et que c’est aux parents de prendre en charge cet aspect, et qu’on néglige complètement d’éduquer le goût et l’odorat des enfants.

Elle s’attarde ensuite longuement sur le goût des enfants : les aliments qu’ils préfèrent, ceux qu’ils détestent, la part d’acquis et d’inné du goût, les différences et constantes selon l’âge et les cultures. Ce n’est pas un scoop, les enfants ont une préférence pour les aliments nourrissants : le gras, les féculents, le sucré, et n’aiment pas les légumes. Mais ce n’est pas une fatalité et ça évolue au fil des années.

Elle décrit enfin la néophobie et les façons d’y remédier. La néophobie est cette peur des aliments nouveaux qui saisit à des degrés divers beaucoup d’enfants à partir de l’âge de 2 ans. Le cap le plus difficile est la période de 2 à 5 ans, après quoi les choses commencent lentement à s’améliorer. A cet égard, il est intéressant de noter que l’élément visuel est fondamental : si un enfant a l’habitude de manger une purée seule, l’ajout d’une branche de persil fait de la purée un aliment nouveau. De la même façon, un enfant qui apprécie un légume préparé en gratin pourra le refuser si on le lui présente en salade, parce que, là encore, ce sera perçu comme nouveau. Les enfants qui ont des facultés sensorielles développées et sont d’un caractère sensible sont le terreau le plus favorable pour une néophobie très marquée (super, j’ai décroché le gros lot !).

Les remèdes : la patience, ne pas présenter trop d’aliments nouveaux d’un coup, ne pas forcer en cas de refus mais réessayer ultérieurement, faire des repas des moments chaleureux et éduquer. C’est impliquer l’enfant dans la préparation des plats, l’aider à mettre des mots sur ses sensations… Bref ce qui touche à l’alimentation doit être source d’échanges plutôt que de conflits.

Pour ma part, même si je n’ai pas eu d’illumination subite en le lisant, ce livre m’a néanmoins confortée dans la direction que j’avais prise pour essayer de sortir mon gremlin de son sempiternel « lardons-riz » adoré, m’a donné quelques idées de recettes à préparer avec lui, de plats à mettre sous son nez pour espérer l’allécher un peu et d’activités ludiques à faire ensemble. Et c’est déjà beaucoup !

 

Nathalie Rigal
La naissance du goût
Agnès Vienot Editions

 

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3 commentaires pour La naissance du goût

  1. Ping : Fruits, laitages et smoothies ou ce gosse va me rendre chèvre! | Et puis…

  2. alias dit :

    J’ai eu la chance de pouvoir m’occuper de mes enfants ayant arrêté de travailler et de leur faire moi-même à manger. Ils n’ont pas eu le goût formaté par des plats industriels ou par la cuisine de la nounou ou de la crèche. Ils ont eu accès ainsi aussi aux différentes textures alimentaires. Je leur ai proposé très tôt également des assaisonnements différents herbes, épices (sauf allergènes)…. Et ils aiment….

    J’ai aussi malheureusement parfois l’impression que dans leurs périodes de contestation (ce qui arrive souvent tout de même), elle passe aussi et presqu’avant tout par la nourriture. Le tout est alors de ne pas leur montrer que nous attachons trop d’importance à leurs repas (hors problème de santé particulier).

    Il doit y avoir des étapes cruciales à ne pas manquer en terme d’apprentissage alimentaire même si c’est rattrapable quelques mois ou années plus tard. J’ai pu le remarquer avec mon petit dernier qui a refusé de manger des morceaux pendant de longs mois car je n’avais pas introduit les textures suffisamment tôt ou que je ne l’avais pas laisser patouiller à sa guise dans son assiette…

    Il n’ y a jamais eu un rejet d’une catégorie d’aliments, il y a des choses qu’ils n’aiment pas et nous le respectons.

    Chez nous, nous n’avons que peu connu la neophobie avec nos trois loustics. Ils ont mangé très tôt de tout (excepté les aliments interdits à cause d’allergie). Ma grande parfois nous demandait jusqu’à 4 fruits à la fin des repas !!!! Et ils rafolent tous des crudités (concombre y compris)!!! Parfois les parents nous regardent bizarrement car nos enfants sont de vrais ogres (ils n’ont aucun problème de surpoids).

    Nous avons plus des problèmes de néophilie: tous ont voulu faire comme les grands et ont désiré goûter dans l’assiette de papa, maman ou de la grande soeur même ceux qui pour raison médicale leur sont proscrits pour le moment.
    Nous n’avons jamais joué le coup c’est bon pour la santé, ça c’est mauvais.

    Un moteur formidable pour leur faire goûter est de manger la même chose qu’eux ou qu’ils voient d’autres enfants y goûter.

    Je ne me leurre pas, si je leur laissais le choix entre des frites et des brocolis ou une pêche et une glace, ils opteraient pour le régime le moins diététique qui soit !!!

  3. Marie dit :

    La nounou cuisinait à base d’aliments frais et essayait de proposer des menus variés. Quant à moi, quand il était bébé, une fois qu’il était couché, quand je ne passais pas mes soirées à faire du repassage ou des heures supp à la maison, je cuisinais (cette vie passionnante n’a pas contribué à arranger mes relations avec le papa…). J’utilisais aussi herbes et épices afin de lui proposer des goûts variés. Jusqu’à 2-3 ans à peu près, il mangeait de tout avec plaisir. C’est après que ça s’est gâté et que le champ des aliments qu’il accepte s’est réduit petit à petit.

    En revanche, j’avoue que j’ai raté le coche pour les textures comme tu dis l’avoir fait avec ton petit dernier.

    Voir d’autres enfants manger quelque chose ne l’indiffère totalement. Mais, effectivement, ce que nous, parents et grands-parents mangeont l’intéresse. Donc nous mangeons la même chose que lui et, quand je veux lui faire goûter un truc, je l’inclus en supplément dans mon repas et je le mange sous son nez. Ca marche en général très bien.

    Le pire, c’est qu’il est malheureux lui-même d’être difficile, goûte de plus en plus volontiers ou au moins lèche quand je lui présente quelque chose, mais recrache en général d’un air désolé en disant que c’est dégoutant ou, dans le meilleur des cas, dit que c’est très bon mais refuse une deuxième bouchée.

    J’avoue être parfois complètement désemparée. Nous avions préparé l’autre fois une petite mousse au citron. Il a goûté à tous les stades de préparation et trouvait ça délicieux. Il était prêt à en dévorer une quand j’ai dit qu’il restait à la faire prendre 15 minutes au congélateur. Quand la crème est ressortie du congélateur, il l’a trouvée dégoutante et n’a plus voulu en entendre parler. Je ne comprends vraiment pas ce qui bloque chez lui.

    Tu as bien de la chance avec les tiens!

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