Je suis noir et je n’aime pas le manioc

Cet essai a été publié en 2004 mais il est toujours complètement d’actualité.

Gaston Kelman y dénonce les clichés et préjugés qui sont gravés aussi bien dans les esprits des blancs que des noirs à propos des noirs. Il s’appuie pour cela sur son propre vécu, l’expérience de son entourage mais aussi sur tout ce qu’il a pu observer et sur les études auxquelles il a pu avoir accès lorsqu’il occupait la fonction de directeur de l’Observatoire du Syndicat d’Agglomération Nouvelle de la Ville d’Evry. Il a fait suivre ce premier essai de quelques autres, sur des thèmes similaires à celui-ci, mais aussi sur les banlieues et l’avenir de l’Afrique, notamment, et, chose qui m’a étonnée, il est devenu en juillet 2009 Conseiller chargé de l’Identité Nationale dans le ministère d’Eric Besson.

Cette courte parenthèse biographique refermée, j’en reviens à son ouvrage. Il est assez court et d’une lecture agréable car l’écriture de Gaston Kelman est vigoureuse et pleine d’humour. Il cite de nombreuses anecdotes. Beaucoup sont à la fois marquantes par leur caractère inacceptable, quand on prend le temps d’y penser, et à la fois tellement banales! J’ai été abasourdie du parcours du combattant qu’il a traversé quand il a du quitter son poste à l’Observatoire de la ville d’Evry et par les postes qu’on lui a proposés, alors qu’il avait un CV à faire pâlir le commun des mortels.

Néanmoins, il y a des choses qui m’ont un peu gênée (je ne peux pas m’empêcher de jouer les esprits chagrins, c’est une manie chez moi). Il y a beaucoup de répétitions, tant dans les anecdotes, dont certaines reviennent à plusieurs reprises, et dans les citations qu’il utilise que dans l’exposé qu’il fait de ses thèses. Ses propos sont parfois un peu brouillons : ainsi, je trouve qu’il y a pas mal de mélanges dans les trois premiers chapitres, dont les thèmes sont assez proches, ce qui fait qu’au début je ne voyais pas bien où il voulait en venir. Et puis j’ai eu parfois l’impression qu’il faisait des raccourcis un peu rapides et pas toujours très objectifs. Quant aux propositions qu’il fait à la fin, elle m’ont parues louables mais, au moins pour certaines, assez utopistes. Si je relève tous ces points négatifs, c’est surtout parce qu’ils font perdre de sa saveur à cet ouvrage qui est, dans l’ensemble très bon. Je me suis parfois demandé si l’origine de cet essai ne tenait pas à une indignation qui l’aurait poussé à « vider son sac » et qui expliquerait une certaine absence de rigueur par moments.

Enfin, il y a certains points qui ont suscité chez moi des interrogations auxquelles j’aurais bien aimé trouver des réponses dans le livre. Peut-être devrais-je lire les suivants? Ainsi, il dénonce les différentes formes de racismes, qui sont, pour lui, au nombre de trois. L’une de ces formes est ce qu’il nomme le racisme angélique,

« fait de paternalisme, d’apitoiement sur le sort de ces pauvres gens. […] L’action humanitaire et une certaine forme de coopération en sont les manifestations les plus visibles. […] de même que le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, sous prétexte de racheter la vilénie passée, l’on enfonce encore le Noir par une complaisance coupable et infantilisante de Dame patronnesse. »

Certes, je conçois que se faire assister peut devenir une certaine facilité chez les personnes aidées, mais est-ce à dire qu’il faudrait supprimer toute aide humanitaire? J’aurais aimé qu’il développe ce point et explique ce qu’il préconise mais il n’en dit malheureusement pas plus. Et, quelques chapitres plus loin, il se propose en faveur de l’institution de quotas pour les noirs (appliquer en France la discrimination positive comme aux USA) mais ne serait-ce pas une forme de ce racisme angélique qu’il dénonce? Sur ces points, j’ai eu un peu de mal à suivre.

Le gros point positif qui ressort néanmoins de cette lecture, c’est qu’il m’a fait réfléchir sur moi-même et prendre conscience qu’un certain nombre de clichés sont ancrés en moi. De ce fait, cet essai me paraît être une lecture utile, quelle que soit la couleur du lecteur.

Je suis noir et je n’aime pas le manioc
Gaston Kelman
Editions Max Milo
(disponible en poche chez 10/18 – Collection Faits et Cause)

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