Le masque et la plume

Après E = mc², mon amour, voici un autre livre qui me tient à coeur. Rédigé à l’occasion du cinquantième anniversaire du Masque et la plume, en 2005 (bah oui, avec mon énorme PAL, je ne suis pas franchement à la pointe de l’actualité…), il retrace l’histoire de cette émission mythique.

Petit rappel : Le masque et la plume est l’émission de radio la plus ancienne de France. Diffusée sur France Inter le dimanche soir de 20h à 21h, elle est animée et produite par Jérôme Garcin depuis plus de 20 ans. Le principe de l’émission n’a pas varié depuis ses débuts :  chaque semaine, 4 ou 5 critiques réunis autour d’une table discutent de livres, films ou pièces de théâtre de l’actualité du moment. Ce qui fait, à mes yeux, tout le charme de l’émission, c’est que les critiques ne s’expriment pas en experts guindés auréolés de leur science mais se transforment, de façon décontractée, en acteurs qui jouent une pièce de théâtre. Il y a le gentil, le méchant, l’intello, le branché, le dilettante… Jérôme Garcin fait parler chacun tour à tour, suscite les débats, apaise les polémiques. Les bons mots fusent. Querelles et mauvaise foi ne sont pas rares. Et c’est très drôle.

Comme pour beaucoup d’auditeurs, Le Masque et la plume est pour moi synonyme de retour de week-end dans les bouchons… J’ai le souvenir d’avoir eu plus d’une fois envie que le trafic soit suffisamment mauvais pour que je puisse écouter toute l’émission tranquillement. De façon générale, France Inter est pour moi synonyme de vacances : j’ai rarement le temps de l’écouter d’ordinaire aussi, dès que le père du petit et moi partions pour l’une de nos nombreuses escapades, nous allumions la radio dès que nous montions en voiture. Si bien qu’aujourd’hui, dès que je mets France Inter, j’ai des paysages de montagnes ou de forêts qui défilent dans ma tête et j’aime beaucoup! Je n’écoute plus Le masque et la plume que de façon épisodique, depuis la naissance du petit, mais, pendant des années, je n’ai pas raté une émission… à l’exception de celles consacrées au théâtre. Y allant rarement, les querelles, souvent très animées, autour des différentes pièces, me passaient la plupart du temps au-dessus de la tête. Mais j’écoutais avec délice les émissions consacrées aux livres et au cinéma. J’aimais quand les discussions portaient sur des films que j’avais déjà vus, afin de comparer mon opinion à la leur. Les émissions littéraires, souvent moins sérieuses et plus animées que celles consacrées au cinéma, m’amusaient énormément. Mais j’avais toujours, en les écoutant, un petit carnet pas très loin, pour noter les idées de lectures que je pourrais glaner. Je dois notamment à l’émission la découverte de l’un de mes plus gros coups de foudre de ces dernières années, le magnifique et émouvant Laissez-moi de Marcelle Sauvageot. L’émission a acquis encore plus de charme à mes yeux depuis que j’ai assisté à certains enregistrements, et que j’ai pu mettre un visage sur les voix. Je m’amuse également beaucoup du rôle joué par Jérôme Garcin : il se contente de présenter chaque oeuvre et d’animer le débat en observant théoriquement une stricte neutralité… théoriquement… car il est souvent facile, d’après le choix des mots qu’il utilise dans les présentations, de deviner de quel côté son coeur balance… quand il ne se jette pas carrément dans la mêlée lorsque les jugements des différents critiques sont contraires au sien.

Après cette longue digression, j’en reviens au livre objet de ce billet, qui est passionnant et n’a qu’un seul défaut, celui d’être trop court (il fait plus de 300 pages tout de même, c’est juste que j’en voulais plus!).

Le livre s’ouvre sur une introduction de Jérôme Garcin, puis est découpé en trois parties retraçant les différentes époques de la vie de l’émission. Chaque partie comprend à la fois des chapitres consacrés à l’histoire de l’émission, des portraits, drôles ou émouvants, de certains critiques qui l’ont marquée (et, dans la dernière partie, de courts textes rédigés par certains des critiques actuels) et des retranscriptions d’émissions (pas assez!).

Au-delà de l’émission, c’est tout un pan de l’histoire culturelle de la France de l’après-guerre qui revit dans ces pages. Afin d’expliquer dans quel contexte l’émission est née et s’est développée, les premiers chapitres brossent le tableau de la radio française de l’immédiat après-guerre et le bouillonnement d’idées de son « Studio d’essai ». Dans les années suivantes, la culture française, très riche, connaît un véritable renouveau : théâtre d’avant-garde, nouveau roman, nouvelle vague au cinéma pour lesquels les critiques du Masque vont s’enthousiasmer… avant de leur tourner le dos tout aussi vite quand la mode sera retombée. Ce renouveau culturel est donc également largement évoqué. Et puis les parcours de nombreuses personnes qui ont été liées au Masque d’une façon ou d’une autre sont détaillés. On y croise ainsi de grands noms du journalisme ou de l’audiovisuel, tel Michel Polac qui a animé l’émission aux côtés de François-René Bastide depuis sa création jusqu’en 1970. Trop différents pour être réellement complices (Bastide restant toujours modéré tandis que Polac, beaucoup plus enclin à la polémique, bouillonnait), ils ont cependant formé un tandem efficace, chacun s’étant octroyé son propre territoire : à Polac le théâtre, à Bastide les livres.

Au final, alors que je pensais simplement prendre une grande bouffée de nostalgie, j’ai appris énormément de choses en lisant cet ouvrage et j’en suis ravie. J’ai apprécié le rythme enlevé, la présentation en courts chapitres, les encadrés mettant en lumière des points particuliers, l’alternance entre l’histoire de l’émission et les pages consacrées aux critiques qui font que le livre s’avale très vite et très facilement. Et ça m’a donné très envie d’assister de nouveau à l’émission.

Marianne a consacré récemment un article au Masque et la plume.

Le masque et la plume
Jérôme Garcin et Daniel Garcia
10/18

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6 commentaires pour Le masque et la plume

  1. Marianne dit :

    Joli billet qui donne envie d’écouter la radio et de lire ce livre. Emouvant de voir à quel point la radio accompagne nos moments de vie les plus personnels : pour moi France Inter me rappelera toujours ma mère qui l’écoutait beaucoup.

  2. Marie dit :

    Oui, j’ai l’impression que, en dépit de la nostalgie qu’on peut éprouver pour certaines émissions de télé et des souvenirs qui peuvent s’y rattacher, le rapport à la radio est totalement différent. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’un poste de radio est plus mobile? Peut-être parce que l’absence d’images laisse plus de place à l’imaginaire?

  3. Marianne dit :

    Tu as raison : la radio laisse beaucoup plus de place à l’imaginaire alors que la télé impose des images en plus du son et accapare notre attention. La radio s’insère dans notre quotidien avec plus de douceur et marque plus la mémoire j’ai l’impression.
    Moi aussi j’ai adoré le livre de Marcelle Sauvageot : http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/2010/08/laissez-moi-de-marcelle-sauvageot.html

  4. Marie dit :

    Exactement, la télé accapare l’attention, la radio laisse de la place pour autre chose.
    Je vais m’empresser d’aller lire ton billet.

  5. Angéline dit :

    Vive le masque et la plume ! Jérôme Garcin écrit superbement, je trouve. Joli conseil de lecture. Merci

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