Des hommes et des dieux

On se souvient des moines de Tibhirine, monastère trappiste d’Algérie, enlevés en mars 1996 et assassinés deux mois plus tard. Bien que le GIA ait revendiqué cet acte, les circonstances de leur mort ne sont pas encore éclaircies et une enquête est toujours en court, une bavure de l’armée algérienne, notamment, n’étant pas exclue. C’est l’histoire de ces hommes qui est racontée avec simplicité et sobriété dans ce film de Xavier Beauvois.

Le film montre la vie des moines au cours des trois années qui ont précédé l’événement. Ce qui m’a étonnée, c’est que, alors que je m’étais imaginée qu’ils menaient une vie contemplative, ils étaient très intégrés à la vie du village voisin : l’un d’entre eux, médecin, donnait des consultations, un autre donnait des cours aux enfants (ce qu’on ne voit pas dans le film) et les terres du monastère étaient cultivées avec les gens du village dans le cadre d’une coopérative agricole. Le film retrace leur vie quotidienne, rythmée par les offices. On voit un certain nombre de moments de prières et de chants, mais ils sont courts et permettent de se rendre compte de ce qu’était leur vie. Il y a suffisamment d’événements, petits ou grands, qui se déroulent dans le film pour que celui-ci ne sombre jamais dans l’ennui.

Et puis, le soir du 24 décembre 1993, des terroristes viennent frapper à la porte du monastère. La peur s’installe brusquement dans la vie des religieux et chacun s’interroge : faut-il partir ou rester? Le seul point du film auquel je n’ai pas accroché, du fait que je ne suis pas croyante, ce sont les moments où les moines parlent de leur amour de Dieu, mais ils me paraissent néanmoins indispensables puisque leur foi et les choix qu’ils ont fait sont déterminants dans le choix que fit plus ou moins rapidement chacun de rester (pour une fois, je ne crains pas de spoiler, puisque tout le monde sait comment ça s’est malheureusement terminé).

La violence est parfois montrée, puisqu’elle est omniprésente (le monastère n’a toujours pas été réoccupé depuis, la situation demeurant tendue dans la région), mais le réalisateur ne s’y complaît pas. De façon générale, j’ai eu l’impression que les images n’étaient ni édulcorées, ni inutilement chargées en pathos. A la beauté des paysages répond la misère des habitations. Les images reflètent la simplicité et l’austérité de la vie des moines et la séquence de la fin est magnifique. On parle beaucoup des prestations de Lambert Wilson et Michael Lonsdale mais chacun des moines m’a semblé incarner son personnage avec beaucoup de justesse et d’émotion. Ce film délivre sans naïveté un beau message de tolérance.

La bande annonce :

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