Une jeunesse viennoise

Arthur Schnitzler est né en 1862 à Vienne. Fils d’un laryngologue réputé, c’est tout naturellement qu’il fut conduit, comme son frère, à faire des études de médecine, puis à exercer la profession de son père, sans grand enthousiasme. En parallèle, dès son plus jeune âge il écrivit constamment : poésies, pièces de théâtre, romans, essais. Il commença à être publié à l’approche de la trentaine. Le succès – et la mort de son père – lui permirent de délaisser de plus en plus la médecine, pour s’adonner à la littérature. Le film Eyes wide shut est une adaptation d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler, La nouvelle rêvée (Traumnovelle).

Une jeunesse viennoise est une autobiographie qui couvre la période qui s’étend de sa naissance jusqu’en 1889. Arthur Schnitzler commença à la rédiger en 1915, mais il la laissa inachevée en 1918, et n’y toucha plus ensuite, bien qu’il vécut encore jusqu’en 1931. Elle ne fut publiée pour la première fois qu’en 1968.

La première chose qui m’a frappée dans cette autobiographie, c’est la précision, que je qualifierais presque de précision comptable, dont l’auteur fait preuve dans sa rédaction. Pour écrire, il s’est appuyé sur les journaux qu’il a tenus depuis sa jeunesse, dans lesquels il a pu retrouver des souvenirs qui s’étaient effacés de sa mémoire. Il semble viser à l’exhaustivité et ne nous fait grâce d’aucun professeur, d’aucun camarade de classe avec qui il a été un tant soit peu lié, d’aucune de ses très (trop!) nombreuses conquêtes. De ce fait, il m’est par moments arrivé de saturer un peu. Ce qui fait que j’ai fait plusieurs pauses dans ma lecture, m’accordant chaque fois le temps de lire un court roman avant de revenir à Arthur Schnizler. L’intention de l’auteur est louable et je ne le mets pas en cause. Je pense que le problème vient de ce que c’était le premier de ses ouvrages que je lisais et que je ne le connaissais pas du tout. De la même façon qu’on sera plus intéressé par le récit de la vie sentimentale d’une personne qu’on connaît, surtout si on en a suivi quelques épisodes, que par le récit de celle d’un parfait inconnu, je pense que je n’aurais peut-être pas été arrêtée de la même façon si l’auteur avait été un écrivain qui m’est familier et si les personnages pour l’élaboration desquels il a pris des traits chez tel ou tel membre de son entourage m’étaient familiers. Mis à part le vertige de cette accumulation de noms, le livre ne m’a pas ennuyée. Le style est fluide et le récit vivant.

Le deuxième point qui m’a marquée, c’est l’honnêteté dont il fait preuve. Même pour un écrit destiné à être publié après sa mort, je trouve qu’il lui a fallu un certain courage pour se mettre ainsi à nu, au risque de laisser une image de lui qui n’était pas toujours des plus flatteuses. Je pense notamment, en disant cela, à la vie dissipée qu’il a menée durant ses études de médecine, et dont il se morigène rétrospectivement, et aux conquêtes féminines, auxquelles j’ai déjà fait allusion, qu’il cumulait, trompant l’une, quittant l’autre, sans paraître avoir jamais beaucoup de scrupules. De la même façon, il décrit et commente chacune des oeuvres de jeunesse dont il a pu garder trace. Il s’auto-complimente parfois, mais sans arrogance. Toutefois, le plus souvent, il ne fait preuve d’aucune complaisance à leur égard et n’hésite pas à porter à la connaissance du lecteur les critiques sévères reçues par ceux de ses écrits qui ont été montrés à des tiers.

Ainsi, non seulement il s’efforce de montrer au lecteur ce qu’a été sa jeunesse de la façon la plus exacte et la plus honnête possible, mais il commente et se juge lui-même en s’efforçant d’être objectif. Si j’ai beaucoup apprécié de pouvoir voir en détail comment l’écrivain et l’homme se sont construits, ce sont ces réflexions sur lui-même qui m’ont le plus intéressée. Elles sont toujours faites avec simplicité et sans chichis mais n’en sont pas pour autant dépourvues de profondeur et m’ont parfois incitée moi-même à la réflexion.

Je recommanderais chaudement cette autobiographie, mais je pense qu’il est souhaitable d’avoir eu auparavant un premier contact avec l’auteur à travers ses oeuvres de fiction.

Une jeunesse viennoise
Arthur Schnitzler
Le livre de Poche
Collection Biblio

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3 commentaires pour Une jeunesse viennoise

  1. zorane dit :

    J’ai lu quelques nouvelles de cet auteur mais je ne connais rien sur lui. Je le note

  2. blue dit :

    Est-ce que la pochette est aussi en carton plastifiée ? Car si la bestiole rôde près de ta table de nuit, le livre a dû être soumis à rude épreuve ! ;)

    Les réflexions qu’il pose sur lui même, suivent-elles un même chemin, ou partent-elles en touffes ?

  3. Marie dit :

    Merci de ton passage, zorane. J’aime beaucoup ton blog.

    blue, le livre ne comportant ni languettes à tirer ni volets à soulever, il ne risque rien. Et comme, en plus, il n’a même pas d’images, il ne présente aucun intérêt.

    Pour ce qui est des réflexions d’Arthur Schnitzler, elles suivent la succession chronologique des événements. Elles peuvent porter sur des thèmes ponctuels ou récurrents.

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