Les Rendez-vous de l’histoire – samedi 16 octobre

Finalement, j’ai commencé la journée aussi tard que la veille, pour cause de grasse matinée cette fois. Après tout, c’était mon week-end de détente et je suis crevée… Et puis, j’avoue, j’avais joué sur la DS la veille au soir jusqu’assez tard, espérant terminer le jeu que j’ai en cours pour en attaquer deux autres qu’une collègue m’a prêtés.

Après avoir quelque peu modifié mes plans, pour cause de salle complète (encore!), j’ai atterri au Café Littéraire de la Halle aux grains.

 

Dialogue entre Léon Blum et Georges Mandel : la tentation de la fiction

Cette interview-débat avait pour principal objet la présentation du dernier livre de Jean-Noël Jeanneney, L’un de nous deux. Cet historien spécialiste de l’époque contemporaine a voulu s’essayer à la fiction en imaginant un dialogue entre Léon Blum et Georges Mandel, deux hommes politiques qu’il connaît bien de par ses recherches. Il est actuellement en pourparlers avec Bernard Murat en vue d’une éventuelle adaptation théâtrale.

Je connais Léon Blum en tant que président du conseil du Front populaire de 1936 et comme l’homme à qui l’on doit l’introduction en France des congés payés. J’ignorais en revanche qu’il a été arrêté en 1940, puis livré aux allemands et emprisonné dans une petite maison près de Buchenwald.

C’est là qu’il a rencontré Georges Mandel, chef de cabinet de Clémenceau puis plusieurs fois ministre entre les deux guerres, arrêté en 1940 et livré aux allemands comme Blum. Les deux hommes ont partagé la même prison pendant plus d’un an. Léon Blum a laissé un récit de cet emprisonnement dans lequel il a brossé un portait élogieux de son compagnon d’infortune. En dépit de leurs divergences politiques, tous deux se seraient trouvés un terrain d’entente sur les valeurs fondamentales.

Le point central du dialogue de Jean-Noël Jeanneney est l’annonce faite aux deux prisonniers de l’assassinat de Philippe Henriot, ministre de l’information du régime de Vichy. Tous deux savent que l’un ou l’autre d’entre eux, ou même les deux, sera livré à la Milice française pour subir les représailles. L’incertitude réside seulement dans l’identité de celui qui sera choisi. Je vous renvoie à n’importe quel bon dictionnaire pour connaître le dénouement évidemment tragique de ce petit livre…

 

Roman historique : de la réalité historique à la fiction

Tous les ans, quelques éditeurs amènent à Blois quelques-uns de leurs auteurs et, sous couvert de débats dans l’auditorium de la Bibliothèque de l’abbé Grégoire, espèrent faire découvrir et vendre leurs ouvrages aux visiteurs. Et le fait est que j’y ai pioché à plusieurs reprises des idées de lectures, que j’ai souvent appréciées. Cette fois, c’était une éditrice de chez Actes Sud qui avait fait le déplacement, et j’ai eu un gros coup de coeur!

Aude Gros de Beler, égyptologue visiblement dotée d’une forte personnalité, s’est vue confier il y a 2 ans par Actes Sud la charge de lancer une collection de romans historiques. Sa démarche est de proposer aux lecteurs des livres qui soient à la fois divertissants et instructifs, et qui fassent revivre l’époque décrite. Son but est de faire faire aux lecteurs le premier pas dans une époque donnée, et de leur donner ainsi l’envie et les moyens de poursuivre leur découverte en lisant ensuite des ouvrages d’historiens, d’un abord parfois difficile pour le néophyte. Elle accorde énormément d’importance à la véracité historique et au sérieux des romans qu’elle propose. Ceux-ci doivent reposer sur des faits avérés et des sources fiables, la fiction ne devant servir qu’à suppléer à ce que les sources ne nous disent pas, afin de lier les faits et personnages historiques entre eux. Voilà une démarche qui me plaît!… Et puis quelqu’un d’aussi virulent à l’encontre des romans de Christian Jacq ne peut pas être foncièrement mauvais!

Elle était accompagnée de 3 auteurs qui ont publié 4 romans dans cette collection qui tous m’ont fait envie! Les auteurs ont parlé de leur façon de travailler, des sources qu’ils ont utilisées, de leur conception du roman historique et ont dialogué avec les visiteurs sur la difficulté pour le lecteur de faire la différence entre ce qui relève de la vérité historique et ce qui relève de la fiction. C’était très intéressant.

Voici donc les 4 livres qui rejoignent ma monstrueuse LAL et, pour chacun, un petit résumé de la présentation qu’en a fait l’auteur :

 

 Sator tire son nom du début d’un cryptogramme (message codé) qui n’a jamais été complètement déchiffré et qui servait de signe de ralliement aux premiers chrétiens. Alain Le Ninèze a voulu faire un roman sur ces premiers chrétiens et a pris pour héros Lucius Albinus, procurateur romain en Palestine dont on ignore presque tout et qu’il a lancé dans une enquête afin de décrypter ce cryptogramme.

 Saint Jérôme est celui qui, à la demande du pape Damase, a traduit en 382 les Evangiles du grec au latin. C’est à partir de cette traduction latine, la Vulgate, que les Evangiles ont ensuite été traduites dans toutes les langues pendant des siècles. C’est sur ce travail de traduction et ses difficultés que porte La conspiration de Bethléem.

L’intrigue de Saltarello se déroule à Paris, dans la deuxième moitié du 14e siècle. La Grande Peste de 1348 qui a décimé un tiers de la population européenne a profondément marqué les esprits, et influencé la façon d’envisager la mort. Matthieu Dhennin a voulu donner du Moyen Age une image différente du cliché communément répandu que c’était une époque sombre et obscure. Il a voulu au contraire peindre une société haute en couleur dans laquelle les gens ont un fort appétit de vivre.

Les héros de Roger Bevand sont l’empereur romain Constantin et l’historien Eusèbe de Césarée. Celui-ci cherche à convertir l’empereur au christianisme (et on sait que Constantin fut le premier empereur romain à devenir chrétien). Pour s’aider dans cette tâche, Eusèbe veut s’appuyer sur une lettre écrite par des témoins du grand martyre de Lyon (au nombre des chrétiens victimes de ce massacre perpétré par les romains en 177 figure notamment sainte Blandine). Cependant, au fur et à mesure qu’il étudie cette lettre, il y découvre des choses qui ne collent pas et ne vont pas dans le sens qu’il voudrait.

 

 De l’amnistie à l’imprescriptible, faut-il oublier les crimes?

Cette fois, après une demi-heure de queue, j’ai réussi à pénétrer dans l’hémicycle de la Halle aux Grains. Et après coup  je l’ai regretté puisque c’est, de toutes les conférences auxquelles j’ai pu assister pendant le week-end, celle qui m’a le moins intéressée.

Je crois que cela tient à la forme adoptée. En effet, les participants à ce « débat » étaient trois historiens (Maurice Sartre pour l’histoire ancienne, Claude Gauvard pour l’histoire médiévale et Henry Rousso pour l’histoire contemporaine) et un avocat général auprès de la cour de justice, Philippe Bilger. Le débat a consisté en tours de tables successifs, pour parler de la notion d’amnistie à chaque époque, puis de celle d’imprescriptibilité et enfin pour savoir à chaque époque si l’amnistie a fonctionné. De ce fait, il n’y avait pas vraiment de débat possible et le sujet était infiniment trop vaste pour pouvoir faire autre chose qu’effleurer des notions.

 Maurice Sartre a relevé l’origine étymologique commune entre amnistie et amnésie : l’amnistie est le fait d’oublier volontairement, pas un pardon. Il a évoqué la guerre civile de -404 – – 403 à Athènes après laquelle les faits commis ont été amnistiés : nul n’avait le droit de reprocher quoi que ce soit qui avait été commis pendant cette guerre civile. Ca a marché puisque ce silence a permis de faire table rase des tensions, a permis que des citoyens de factions opposées collaborent ensemble et que la cité perdure. Dans la Grèce antique seul le sacrilège était imprescriptible.

Claude Gauvard a, pour sa part, évoqué les lettres de rémission et d’abolition accordées par le roi de France. Les lettres d’abolition ont surtout été utilisées dans un contexte de guerre civile et accordées à la fin de la Guerre de cent ans aux villes progressivement récupérées par le roi. Là encore, l’amnistie était l’oubli de tout ce qui s’est passé. Au Moyen Age de nombreux crimes étaient imprescriptibles (meurtres, viols, incendies volontaires…) mais le roi ne tenait pas forcément compte de cette imprescriptibilité et accordait des lettres de rémissions aux auteurs de certains de ces crimes.

Henry Rousso et Philippe Bilger ont parlé de l’époque actuelle. L’amnistie aujourd’hui ne consiste plus à oublier qu’un acte a eu lieu (ou tout du moins à rester silencieux à son sujet) mais à gommer son caractère illégal. Les grandes amnisties contemporaines ont concerné les actes commis pendant le mouvement communard de 1871, la deuxième guerre mondiale et la guerre d’Algérie. En France, seuls les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Contrairement à ce qui ce passe dans beaucoup d’autres pays, les crimes de guerre ne le sont pas. Le principal « intérêt » de la chose est que les actes commis pendant la guerre d’Algérie sont désormais prescrits. Cela implique la nécessité d’avoir une définition précise du crime de l’humanité, ce qui n’est pas évident, car la différence avec le crime de guerre est parfois mince.

En fait, le moment le plus intéressant du débat a été les questions qui l’ont suivi, qui portaient sur des sujets d’actualité. Personnellement, j’aurais préféré que le débat se limite à l’époque contemporaine et aille plus au fond des choses. Je pense qu’il aurait été possible et utile de repréciser un certain nombre de notions de base permettant aux auditeurs de mieux appréhender la problématique des débats politiques actuels sans que ça tourne au pugilat.

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