Les Rendez-vous de l’histoire – dimanche 17 octobre

Cette fois, j’ai commencé la journée plus tôt mais j’ai perdu pas mal de temps à attendre, ce qui fait que, au final, je n’ai pas assisté à beaucoup plus de conférences que les jours précédents.

Les traces du désordre ; les archives de police au XVIIIe siècle

 Cette conférence était donnée par Arlette Farge, historienne spécialisée dans l’étude du 18e siècle, qu’on peut entendre régulièrement sur France Culture. Je n’ai pris que peu de notes et elles sont assez confuses. Mais ce que je retiens surtout de son intervention c’est la passion qui l’animait, la façon émerveillée dont elle parlait des découvertes qu’elle fait dans les archives, qui donnait terriblement envie de marcher sur ses traces. Au vu des remarques et questions qui ont suivi son exposé, beaucoup d’auditeurs y ont été sensibles comme moi.

Plein de sujets ont été évoqués : les mouches, grâce auxquelles le roi était informé de ce que pensait le peuple, les lettres de cachets, qui ont permis pendant 40 ans aux gens de faire emprisonner les membres de leur famille sur simple demande de leur part, le rôle du commissaire, qui tenait autant du commissaire actuel que du maire, mais surtout l’infinie richesse des archives de police, dans lesquelles c’est toute la société, avec ses bruits et ses couleurs, qui revit.

Du coup, j’ai encore rajouté un livre dans ma LAL :

 

La fabrique des peurs judiciaires

 Cette conférence donnée par Frédéric Chauvaud, Marc Renneville, Pierre Prétou, Martine Kaluszinski et Jean-Claude Vimont portait sur l’évolution des peurs judiciaires depuis le Moyen Age, peurs tant des criminels que du fonctionnement de la justice.

Il s’avère que ce qui effrayait au Moyen Age n’est pas ce qu’on perçoit depuis le 19e siècle. Ainsi la représentation des supplices médiévaux a complètement changé entre ces deux époques. Ce qui faisait peur au Moyen Age, ce n’était pas la sévérité excessive des châtiments mais les voleurs et les pilleurs et le déséquilibre de la justice selon qui avait affaire à elle.

Le 19e est l’époque de l’essor des sciences du crime et du criminel (physiognomonie, phrénologie…). On essaye de déterminer les traits communs qui caractérisent le criminel, sur le plan physique comme sur le plan moral. Ce qui effraie désormais, c’est le récidiviste. En effet, les statistiques se développent également à cette époque et elles permettent de constater la forte croissance de la récidive. Mais les gens ont également peur de l’enfance délinquante (d’où le développement de la notion de prévention) et du nomade.

Du fait de cette peur, la récidive était traitée très sévèrement : jusqu’en 1954, le récidiviste était automatiquement relégué (emprisonné hors du territoire – au bagne) à perpétuité. La loi sur la récidive n’a été abolie qu’en 1970.

Forcément, le sujet des délinquants sexuels, les criminels qui apparaissent aujourd’hui les plus monstrueux, a été soulevé dans les questions qui ont suivi la conférence. Les intervenants ont signalé que, parmi eux, le pourcentage de récidive est extrêmement faible (2,5% ont-ils dit). Le problème est que, si la violence a longtemps mieux acceptée car plus courante, elle n’est plus tolérée aujourd’hui : on veut un risque 0. Or, il n’est pas possible de conclure avec une absolue certitude qu’une personne qui a été condamnée ne présente plus aucune dangerosité et de moins en moins de professionnels sont prêts à prendre le risque de s’engager là-dessus. Les intervenants en ont profité pour souligner la difficulté qu’il y a à savoir que faire de certains délinquants sexuels et criminels de guerre qui ne se perçoivent aucunement comme coupables et se sentent même au contraire plutôt victimes.

Enfin ils ont précisé que le pourcentage de femmes parmi les criminels se maintient (depuis qu’on a commencé à disposer de statistiques, au milieu du 19e siècle) autour de 15%.

 

Du sang, de la sueur et des armes : des historiens au coeur de la mêlée

Il s’agissait, là encore, d’une présentation de collection : les éditions Taillandier viennent en effet de créer une collection consacrée aux grandes batailles de l’histoire. Etaient présents Xavier Lapray, auteur d’un livre sur la bataille de Cannes (en Italie, pas en France), qui sortira l’année prochaine, et Arnaud Blin, dont l’ouvrage sur Wagram paraîtra dans quelques jours.

La bataille de Cannes, qui a eu lieu en 216 av JC, a opposé l’armée carthaginoise d’Hannibal aux romains, bien supérieurs en nombre. Néanmoins, Hannibal a réussi à faire opérer à ses troupes une manoeuvre d’encerclement de l’armée adverse qui lui a valu de remporter une victoire écrasante et une réputation de grand stratège.

La bataille bien connue de Wagram s’est déroulée sur deux jours, les 5 et juillet 1809 et s’est achevée sur une victoire écrasante des troupes de Napoléon sur l’armée autrichienne. Elle correspond à un tournant dans l’épopée napoléonienne : la série de grandes victoires prend fin, l’armée impériale est tellement immense et disparate que sa gestion devient de plus en plus malaisée.

Les batailles du règne de Napoléon correspondent en quelque sorte à un changement d’époque : Wagram est beaucoup plus proche de Cannes que des batailles modernes, en ce sens. Les batailles au début du 19e étaient en effet encore très courtes (une journée le plus souvent) et l’issue dépendait largement des décisions des hommes qui étaient à la tête des armées. Au 20e siècle, la guerre est devenue totalement différente : les batailles s’éternisent et l’ampleur des fronts et l’amélioration des technologies diminuent de beaucoup l’importance des décisions prises par les états-majors. En parallèle, des voix se sont petit à petit élevées au milieu des glorificateurs de la guerre pour dénoncer l’absurdité de celle-ci, et la dénoncer comme une faillite de la politique.

Bien que les discussions étaient intéressantes, c’est plutôt par un troisième livre de la collection, lui aussi sur le point de sortir, que je serais plus attirée, du fait de l’époque concernée :

Fastes de cour au château de Blois vers 1500

 J’ai terminé la journée par cette présentation d’un ouvrage de Pierre-Gilles Girault, conservateur du château de Blois, qui a pour objet le séjour en décembre 1501 de l’archiduc d’Autriche, Philippe le Beau, et de sa femme Jeanne, héritière des rois d’Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Le couple princier, qui vivait en Flandre (une bonne partie de la Belgique appartenait alors au duché de Bourgogne, dont Philippe avait hérité par sa mère) a dû se rendre en Espagne pour s’y faire reconnaître comme héritiers du trône par le parlement (les cortes). Le roi de France, Louis XII, leur a proposé de traverser son royaume plutôt que de faire le voyage par mer.

Pour rédiger son ouvrage, Pierre-Gilles Girault s’est largement appuyé sur un récit de la dizaine de jours qu’ont passés l’archiduc et sa femme à Blois qui décrit les fastes de la cour avec minutie : les vêtements, les appartements, leur ameublement et leur décoration, les cérémonies, les usages et l’étiquette. On ignore l’identité de l’auteur de ce récit. Cependant, en analysant les informations qu’il contient, on peut supposer qu’il s’agit d’une femme de l’entourage de l’archiduchesse Jeanne. Pierre-Gilles Girault a avancé l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’Eléonore de Poitiers, auteur d’un ouvrage sur les usages de la cour.

 

Je n’ai malheureusement pas pu assister à la conférence de Robert Badinter sur le thème « Justice et histoire ». Deux heures avant le début de la conférence, des gens faisaient déjà la queue dans le froid. Une heure avant le début de la conférence, il y avait déjà une file énorme devant le cinéma qui devait la retransmettre. J’ai malgré tout pu en voir la dernière demi-heure sur un écran à l’entrée du salon du livre. S’appuyant notamment sur l’exemple du génocide arménien, il disait que le législateur n’a pas à dire à l’histoire, que ce n’est pas son rôle mais celui de l’historien, et qu’il existe d’autres moyens qui peuvent être utilisés pour punir les propos négationistes, qui peuvent être accusés de diffamation ou d’incitation à la haine, par exemple. Il a conclu en disant que le rôle de l’historien est essentiel dans une démocratie, puisque le propre des régimes totalitaires est de s’emparer de l’histoire pour la réécrire.

 Ce qui a pour moi caractérisé principalement cette édition des Rendez-Vous de l’histoire, c’est l’affluence. C’est très positif de voir un tel engouement pour l’histoire… mais c’est aussi casse-pieds. Il y a quelques années, dans le même temps, j’aurais pu assister au double de conférences. Ce qui m’a le plus étonnée c’est que, jusqu’à l’année dernière, on pouvait entrer et sortir des amphis de l’antenne universitaire à loisir. Cette année, pour chaque conférence, il y avait une demi-heure d’attente. J’espère que les organisateurs pourront trouver des solutions pour gérer cet engouement.

Je note en tout cas d’ores et déjà dans mon agenda le rendez-vous de l’année prochaine : le thème sera cette fois : « Vers l’Orient »!

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2 commentaires pour Les Rendez-vous de l’histoire – dimanche 17 octobre

  1. Irrégulière dit :

    Merci pour le thème de l’an prochain ! Tous les ans je me dis qu’il faut que j’y aille, et tous les ans un truc m’en empêche, mais là, avec ce sujet je ne peux pas le louper et je pourrai même essayer de proposer une intervention !!!!

  2. Marie dit :

    J’ai vu ton billet à propos du livre sur l’orient. C’est effectivement un thème très riche sur lequel je pense qu’il y aura beaucoup à dire.

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