La fenêtre ouverte

Voilà encore un livre pour lequel je serais bien incapable de dire quand et comment il a atterri dans ma PAL. Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre lorsque je l’ai ouvert, mais j’aime bien ce genre de redécouverte. Saki est le pseudonyme d’Hector Hugh Munro, auteur anglais dont Roald Dahl aurait dit :

« Ses meilleures histoires sont toujours plus belles que les chefs-d’oeuvre de n’importe quel autre écrivain. »

Né en Birmanie en 1870, il eut une jeunesse assez semblable à celle de Kipling : il fut renvoyé en Angleterre à la mort de sa mère et élevé par deux vieilles tantes auprès desquelles la vie était loin d’être rose. A la fin de ses études, il repartit en Birmanie où il s’engagea dans la police. Ayant attrapé la malaria, il revint s’installer au Royaume Uni en 1896 et démarra une carrière de journaliste. Il s’engagea volontairement pendant la première guerre mondiale et mourut en 1816 sur le front de la Somme. Il fut l’auteur de plusieurs romans, d’un essai historique et de plusieurs recueils de nouvelles, tels que La fenêtre ouverte.

Les nouvelles qui composent ce recueil ont en commun d’être très courtes (10 pages au maximum) et de mettre en scène des membres de la haute société anglaise. Ces textes, parfois cruels, sont remplis d’un humour acide qui semble être caractéristique de l’auteur. J’ai été étonnée d’y rencontrer un personnage récurrent : Clovis, jeune homme facétieux et doué d’un grand sens de la répartie. Personnellement, je trouve le style de Saki très anglais : même lorsqu’il manie l’absurde et l’humour le plus mordant, il le fait de façon pince sans rire et sans paraître se départir de son sérieux. C’est quelque chose que j’aime beaucoup et j’ai trouvé beaucoup de charme dans sa façon de formuler les choses, comme ici :

« Ce jour-là, elle ne manqua que son train, qui, manifestant pour la première fois de son voyage une certaine impatience, démarra sans elle. »

ou cette description du comportement d’un personnage qui a peur à cheval :

« A cheval, il semblait avoir besoin d’autant de mains qu’une divinité hindoue, quatre au moins pour étreindre les rênes, et deux de plus pour flatter l’encolure de sa monture. »

L’histoire qui donne son titre au recueil a pour héros un personnage qui rend une visite de courtoisie à une famille qu’il ne connaît pas. Il est accueilli par une jeune fille qui lui explique que sa tante laisse la porte-fenêtre grande ouverte même en plein hiver car elle s’attend toujours à voir revenir son mari et ses frères morts à la chasse. Lorsqu’il est ensuite reçu par la tante, son malaise s’accroît à mesure qu’il se rend compte que la vieille dame s’attend à tout moment à voir apparaître les défunts.

Dans l’histoire suivante, une femme qui a raté son train et est coincée jusqu’au lendemain dans une ville où elle ne connaît personne est abordée par une domestique qui la prend pour la nouvelle gouvernante embauchée par ses maîtres. La femme y voit l’occasion de s’assurer le gîte et le couvert tout en s’amusant.

Les nouvelles sont de genre très différents : quelques-unes sont fantastiques, certaines mettent en scène des enfants et semblent renvoyer à la propre enfance de l’auteur, telle Sredni Vashtar, qui fut adaptée en film et en opéra de chambre. Toutes m’ont plu et je me suis régalée et beaucoup amusée à la lecture de ce recueil.

La fenêtre ouverte semble malheureusement être épuisée. Sont toutefois disponibles pour découvrir cet auteur, en poche, chez Pavillon Poche, un roman, L’insupportable Bassington, et un recueil de nouvelles, Le cheval impossible.

 

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