Charly 9

Charles IX par François Clouet

Avant toute chose, je voudrais repréciser qu’il s’agit d’un roman, et que la fable écrite par Jean Teulé ne correspond en rien à la vérité historique. Je tenais à le dire dès le début, car je doute qu’il y ait grand monde d’assez courageux pour aller jusqu’au bout de ce billet, qui va être encore plus long que ceux que je fais d’ordinaire.

Il va me falloir effectivement pas mal de lignes pour expliquer l’écoeurement qui m’a saisie quand je suis tombée sur ce bouquin lors d’un passage au Virgin Mégastore. Ce roman et le battage médiatique qui est fait autour font table rase d’années du travail des historiens pour pour faire revivre les superstitions qui avaient cours il y a des siècles. En effet, s’il est bien écrit sur la couverture que c’est un roman, le quatrième de couverture est, lui, assez ambigü. Quant à la présentation qui en était faite au Virgin, qui en faisait la biographie d’un roi sanguinaire et pathétique, c’est elle que j’ai trouvée pathétique. Par ailleurs, je suis effondrée par les critiques qui sont faites de ce livre sur le net. Très peu s’avèrent pertinentes (edit : je vous recommande vivement d’aller lire celle d’une vraie historienne, la Souris des archives, qui est très drôle). La plupart des lecteurs prennent ce qui est dit dans le livre pour argent comptant. L’ignorance des blogueurs, quoique nuisible, est compréhensible. Mais je trouve particulièrement regrettable que des journalistes écrivant pour des médias célèbres n’aient pas pris la peine de se renseigner et présentent le livre comme un récit, certes romancé, de la façon dont les événements historiques se sont déroulés. Qu’un roman soit fait pour distraire et qu’il prenne des libertés avec la vérité historique, je l’admets volontiers, mais j’aimerais qu’il soit clairement entendu que c’est un divertissement. Je ne conçois pas qu’on laisse les lecteurs prendre pour la réalité historique, ou comme proche de la réalité historique, un tissu de légendes et d’inepties. Certains commentaires de lecteurs, mettant Catherine de Médicis plus bas que terre à cause de ce livre, m’ont affligée et dégoutée.

On me répondra sans doute que je m’emporte sans raison et que peu importe la mémoire de personnages décédés depuis des siècles. Certes, je n’éprouve aucune sympathie particulière pour le personnage de Charles IX. Mais il se trouve que l’un des trois livres qui ont le plus marqué mon adolescence est une biographie de Catherine de Médicis. J’ai éprouvé dès lors une grande admiration pour elle, sa grande intelligence, son habileté à louvoyer dans un contexte politique extrêmement difficile, la façon dont elle a pris à coeur et défendu les intérêts de la France, son inépuisable optimiste et sa constante volonté, contre vents et marées, d’oeuvrer pour la paix, que ses contemporains lui ont suffisamment reprochée. C’est à cause d’elle que j’ai eu envie de devenir historienne. J’avais envie, moi aussi, d’apporter ma petite pierre pour contribuer à rectifier les innombrables âneries qui ont été dites à son sujet depuis cinq siècles. J’ai arrêté mes études d’histoire en maîtrise, ne parvenant plus à concilier ma vie professionnelle, ma vie privée et les études, mais j’espère les reprendre un jour. J’ai néanmoins eu la chance de travailler sur certains membres de la famille de Guise et auparavant, pendant des années, j’ai lu quantité d’essais historiques et de biographies sur Catherine de Médicis, sa famille, les guerres de religion et, plus généralement, tout ce qui pouvait approfondir ma connaissance historique de l’époque. Les personnages dont il est question dans ce livre de Teulé m’ont accompagnée au quotidien pendant des années.

 Ce qu’il me semble important de retenir de cette époque, c’est qu’il n’y a pas de gentils et de méchants dans l’histoire. Par exemple, aux atrocités commises par le maréchal de Monluc sur les protestants répondent les tortures épouvantables infligées aux catholiques qui tombaient entre ses mains par le baron des Adrets. J’ai lu les Commentaires de Monluc, et n’y ai vu ni un monstre sanguinaire, ni même un fanatique religieux, mais simplement un soldat persuadé d’avoir accompli sa tâche de son mieux. L’amiral de Coligny, dont l’assassinat a fait office de déclencheur au massacre de la Saint-Barthélémy, n’était pas tout rose non plus : il tentait de convaincre le roi d’envoyer des troupes soutenir les protestants des Pays Bas espagnols dans leur lutte contre le roi Philippe II. Une telle intervention aurait sans doute déclenchée une guerre contre l’Espagne qu’il eut été difficile à la France, affaiblie par 10 ans de guerre civile, de soutenir.

De même, le massacre de la Saint-Barthélémy ne peut pas être considéré comme un acte de barbarie perpétré par des souverains sanguinaires sur leur pauvre peuple innocent. D’une part, si la responsabilité de la Saint-Barthélémy a longtemps été imputée à Catherine de Médicis et à Charles IX, les historiens sont, encore aujourd’hui, bien en peine de dire ce qui s’est réellement passé. Rien ne permet de certifier que le projet du massacre est né dans l’esprit du roi et de sa mère, et le nom des Guise est, au contraire, désormais souvent avancé. Je me souviens que lorsque, en licence, l’un des professeurs nous a emmené visiter les Archives nationales, situées dans l’ancien hôtel de Guise, il nous a présenté l’une des pièces visitées comme l’endroit où a été décidé le fameux massacre…

D’autre part, il semble aujourd’hui établi que seuls quelques chefs protestants devaient être éliminés. Le massacre a surpris tout le monde. Dès la première nuit, la situation était hors de contrôle et les dirigeants du royaume ont eu beaucoup de mal à le stopper. De plus, les protestants n’en ont pas été les seules victimes : certains bons catholiques ont été discrètement éliminés à la faveur de la confusion générale, pour des raisons personnelles ou financières. S’il y a un enseignement à tirer de la Saint-Barthélémy, c’est qu’il germe en chaque être humain un monstre potentiel que les circonstances peuvent libérer, les guerres qui font rage encore de nos jours le montrent suffisamment.

Revenons-en enfin au livre… Je n’ai pas utilisé sa couverture pour illustrer ce billet. Alors que de nombreux amateurs de Teulé semblent l’adorer, je la trouve exécrable et de très mauvais goût. J’ai eu l’impression d’avoir entre les mains Victoria, reine et tueuse de démons ou un truc de bit-lit du même acabit. Je me suis empressée de la mettre à la poubelle et je me suis déjà sentie beaucoup plus sereine et détendue pour aborder le livre.

Ce n’est pas le premier roman de Teulé que je lis. J’avais lu Ô Verlaine qui m’avait laissé un souvenir mitigé. J’avais bien aimé l’écriture mais j’avais regretté toute la partie « non-historique » qu’il avait rajoutée, personnages et événements. J’avais eu le sentiment qu’il se complaisait à mettre en scène et à dépeindre l’horrible et le grotesque, et ça m’avait paru assez raccoleur. De ce fait, je ne pensais pas lire autre chose de lui un jour. Et c’est un sentiment assez similaire que j’ai éprouvé en lisant Charly 9.

Sur le fond, aucune des inepties qui ont composé la légende noire des derniers Valois (gants empoisonnés, chasse dans le palais du Louvre…) n’est épargnée au lecteur. Ce qui m’a gênée, c’est que Teulé émaille son récit d’indications sur la vie quotidienne (vêtements, nourriture), qui sont d’ailleurs fort maladroitement amenées, avec de gros sabots… Ca doit être délibéré, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, mais je n’en vois pas trop le but… Ces indications historiques, donc, m’ont gênées parce qu’elles peuvent laisser penser au lecteur qui ne connaît pas cette période de l’histoire que l’auteur maîtrise son sujet. Or il n’en est rien. Le roman est constellé d’un bout à l’autre d’erreurs grossières. Teulé semble ignorer, par exemple, qu’il n’y avait plus de connétable en 1572, que Charles IX, qui avait une grande culture et maîtrisait parfaitement le latin et l’italien, n’avait pas besoin de truchement pour communiquer avec sa femme, que le duc d’Aumale et le cardinal de Lorraine étaient des Guise… et je pourrais continuer si je n’avais pas peur d’ennuyer les quelques lecteurs qui se seraient risqués jusqu’ici. Même l’épilogue, qui expose le devenir des personnages du roman, comporte une énormité qui, certes, aurait sans doute fait plaisir à Honoré de Balzac, mais démontre que les lacunes de Teulé s’étendent à la littérature aussi bien qu’à l’histoire.

Indéniablement, Teulé sait bien écrire et a une jolie plume quand il le veut. Cependant, il s’est embarqué dans ce roman dans un jeu sur les changements de registre, alternant des passages dans un style classique avec des dialogues inspirés des tournures typiques du 16e siècle et des énumérations de gros mots et jurons divers. Jouer sur les changements de registre peut être intéressant et amusant quand c’est bien fait. Là, je n’ai pas trouvé que c’était très réussi, ça m’a semblé tomber plutôt à plat, et je n’apprécie pas la vulgarité gratuite.

Les personnages sont tous caricaturaux et semblent sortis d’une farce. Seule la reine Elisabeth d’Autriche est épargnée. Le livre raconte essentiellement comment se traduisent les remords et les accès de folie du jeune roi. On dirait une accumulation de gags tellement tout ce qu’il entreprend est grotesque et ridicule. L’ensemble est évidemment destiné à faire rire. Indépendamment du sujet traité et en toute objectivité (si si, je vous assure), ce n’est pas du tout mon genre d’humour. La grosse farce m’a toujours rebutée. Je suis donc passée totalement à côté du livre, et j’ai même trouvé le moyen de m’ennuyer en le lisant. Ce roman a pourtant un avantage indéniable : il n’est pas épais et se lit vite. Je n’ai donc perdu que 2h30 de mon temps.

Bien que je doute qu’il y ait grand monde qui se soit accroché jusqu’ici, je voudrais terminer par une petite bibliographie.

Parmi les romans historiques qui ont pour cadre cette période, je voudrais recommander Saint-Germain ou la négociation, dont j’ai parlé ici et qui est excellent.

Dans un autre genre, il y a également Fortune de France, de Robert Merle. En dépit de quelques lacunes et du fait que Catherine de Médicis y ait encore le mauvais rôle, cette série est très bien documentée et l’histoire est très accrocheuse.  

Et, pour ceux qui voudraient se documenter sérieusement, quelques idées de lecture :

 

 

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44 commentaires pour Charly 9

  1. Gwen dit :

    Merci d’apporter ton éclairage pour guider les novices en histoire comme moi (et nous éviter ainsi de prendre des vessies pour des lanternes…)

  2. leslivresdegeorgesandetmoi dit :

    Ah ça fait du bien de lire ce type de billet !!! une analyse argumentée qui permet de rectifier les choses ! j’ai beaucoup de mal pour Teulé que je trouve démago dans sa façon de traiter l’histoire ! j’avais détesté « le montespan » pour sa vulgarité gratuite sous couvert de faire moderne et accessible donc ce que tu dis de ce roman ne me surprend pas tellement ! je trouve dommage de toujours se complaire dans les clichés, pour soi-disant être accessible comme si les lecteurs ne méritaient pas la vérité ! merci donc pour ce billet !

  3. Mariposa dit :

    j’aime beaucoup les romans historiques même si je n’ai pas toujours les connaissances pour juger de la véracité/possibilité des événements décrits (d’autant plus qu’étant belge, les rois français, je patauge carrèment) et je me rallierai donc à tes propositions de lecture. ;)

    • Marie dit :

      La difficulté de faire le tri entre ce qui est historique et ce qui est imaginé semble être un point qui préoccupe pas mal les amateurs de romans historiques. C’est un peu aussi ce qui a motivé mon billet. J’espère que mes suggestions de lecture te plairont. :-)

  4. Wax dit :

    Les livres de Teulé ne m’ont jamais attirée et après la lecture de ton billet encore moins ‘XD ! J’ai l’impression qu’il y a un goût pour le sensationnel qui est plus important que la véracité de faits historiques ^^’. Sinon celui sur les guerres de religion me tente bien !!

    • Marie dit :

      Tout à fait, c’est ce que je ressent aussi. Celui sur les guerres de religion est d’un abord un peu aride mais il est très instructif et très complet.

  5. Ping : Ces auteurs qui me hérissent le poil… « Les Livres de George

  6. mrs pepys dit :

    La sortie de ce roman et le battage qu’elle a provoqué ne m ‘inspirait guère confiance, et ton billet conforte mes craintes. La vulgarisation à tout crin est une plaie, surtout quand elle réveille des inepties que les historiens se sont efforcés de remplacer par des vérités, certes moins cocasses, mais plus réalistes. Le sort en est jeté : je ne lirai pas ce roman, de peur de me jeter par la fenêtre de désespoir.

    • Marie dit :

      Je ne me suis pas jetée par la fenêtre (de toute façon, je me suis mis pour le lire sur une belle pelouse au soleil, fallait bien ça pour faire passer la pilule) mais j’ai jeté le livre à la poubelle, chose que je ne fais quasiment jamais!
      J’admets d’autant moins les inepties que certains auteurs arrivent à produire des romans historiques à la fois distrayants et instructifs, ou tout au moins qui respectent la vérité historique.

  7. Matilda dit :

    J’ai été jusqu’au bout de ton billet et c’est très intéressant !
    J’aime l’histoire de France surtout depuis que j’ai lu Dumas et ses mousquetaires (pour ce qui est de la réalité historique il fait de bêtises aussi mais au moins son livre est passionnant et puis c’était voulu …), enfin bref j’étais donc curieuse de lire ce roman même si les deux autres que j’ai lu de lui (Le magasin des suicides et Mangez-le si vous voulez) m’avait franchement exaspéré (surtout le deuxième en fait) ; mais comme du dis, c’est court et ça rattrape :D
    Bref je ne sas plus si je suis toujours aussi curieuse de lire ce bouquin maintenant (mais bon ce qui est sûr c’est que je ne l’achèterais pas et attendrais qu’il soit à la bibli.), et je te remercie pour ton avis argumenté et très intéressant qui me donne envie de relire des romans historiques :D

    • Marie dit :

      Merci à toi pour ces compliments! Moi aussi j’adore Dumas. C’est vrai qu’il malmène énormément la vérité historique, mais avec tellement de talent! J’aime beaucoup les romans historiques et en lis régulièrement.
      Peut-être liras-tu Charly 9 et l’apprécieras-tu? Mais si, au moins, je peux faire passer le message que c’est un roman et non un livre d’histoire, comme beaucoup de gens le croient, et que raconter n’importe quoi n’est pas « dire l’histoire à sa façon » comme je l’ai lu sur plusieurs sites, je n’aurais pas écrit pour rien.

  8. Praline dit :

    Héhé, voilà qui fait plaisir à lire. Moi aussi, j’ai eu beaucoup de mal à ne pas jeter le bouquin (enfin, il ne m’appartenait pas, je pouvais pas trop me permettre). Historienne également, je ne suis pas spécialiste de cette période mais j’ai également trouvé qu’il renouait bien facilement avec toutes les bêtises qui ont pu être écrites. Bref, c’est une grosse arnaque et c’est vulgaire au possible.

  9. Alias dit :

    Euh, il était si intolérable que tu ne pouvais pas lui trouver une autre utilité ? Pour allumer les BBQ cet été ou pour équilibrer une chaise bancale ?
    C’est vrai que celui-là tu n’as même pas envie de l’abandonner sur un banc public pour qu’un(e) autre le lise….
    Je t’admire d’avoir été au delà de ton agacement et de l’avoir lu jusqu’au bout !

    • Marie dit :

      Je n’ai pas de barbecue et je ne voulais pas courir le risque que quelqu’un le lise!
      Au départ, je n’avais pas l’intention de le lire et doutais d’en être capable. J’ai changé d’avis quand j’ai lu l’article élogieux écrit par l’auteur du blog La ruelle bleue (http://www.laruellebleue.com), qui était bien construit et bien argumenté. Et je me suis dit qu’il fallait que je le lise car, au mieux, j’aurais une bonne surprise, au pire ça me permettrait d’avoir une légitimité et des arguments pour dire tout le mal que le livre m’inspirait!

  10. Euterpe dit :

    Merci pour cet excellent billet. Moi-même je tente de défaire sur mon blog les préjugés en cours sur les responsables de la Saint-Barthélémy. La lamentable adaptation ciné de « La reine Margot » par Patrick Chéreau est, à mon avis, pour quelque chose dans la complaisance à l’égard de ces préjugés et n’est sûrement pas étranger à la parution d’un tel livre.
    Ici ma modeste contribution au rétablissement de la vérité historique : http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.com/2010/06/mechante-catherine-de-medicis.html
    Et ici, à propos d’Anne d’Este, duchesse de Guise :
    http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.com/2011/04/anne-deste-femme-politique.html

  11. Euterpe dit :

    Encore un billet ici où j’ouvre un livre de cours élémentaire traitant de Catherine de Médicis : http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.com/2011/01/lhistoire-enseigne-nos-grands-meres.html

  12. Euterpe dit :

    J’aimerais à mon tour faire un billet sur ce livre que je ne lirai pas mais afin de dénoncer l’intrusion de plus en plus insistante dans le roman historique du genre publicitaire et cinématographique « burlesco-érotico-horrible » sans le moindre souci de vérité, ce qui revient à une célébration généralisée du vulgaire et de l’ignorance. Le but étant de TOUT niveler. Non seulement ce qui existe aujourd’hui mais ce qui a existé avant nous.
    Pourrais-je mettre en lien votre billet puisque vous avez lu le livre ? Je ne le lirai pas moi-même parce que j’ai entendu le battage, lu quelques critiques et que cela a suffit à me dégoûter.

  13. Marie dit :

    Merci de votre passage, c’est avec grand plaisir que je découvre votre blog. Je serais flattée que vous mettiez un lien vers mon billet dans le vôtre.
    Je suis entièrement d’accord avec ce que vous dites sur cette tendance à tout niveler et votre projet de billet me paraît intéressant.
    Pour ma part, je n’ai pas vu La reine Margot. J’éprouve beaucoup de tendresse pour Dumas et ses écrits, bien qu’il malmène l’histoire sans ménagements, et j’aurais peur d’être déçue en voyant le film.
    Par ailleurs, j’ai été ravie de découvrir vos récents billets sur le thème de la prostitution. Je connais très peu les blogs féministes et n’en lis que très rarement. D’une part, parce que je n’ai malheureusement que très peu de temps pour me promener sur la blogosphère, et je me contente généralement de suivre quelques blogs que j’aime bien. D’autre part parce que je ne me suis pas retrouvées dans les propos tenus sur les quelques blogs féministes que j’ai pu visiter, ne partageant pas forcément les opinions politiques et les convictions radicales de leurs auteurs.
    Je suivais cependant de temps à autre le blog d’Olympe, avec un certain scepticisme : je trouvais qu’elle avait tendance à couper les cheveux en quatre sur des points de détail et à passer à côté des vrais problèmes. Mais son billet sur la pénalisation des clients des prostitués, à laquelle je suis entièrement favorable, m’a indignée. J’ai d’ailleurs à cette occasion laissé pour la première et dernière fois un commentaire sur son blog que je ne vois pas l’utilité de continuer à suivre.
    Aussi j’ai été très heureuse de vous lire et de retrouver dans les commentaires de vos billets les auteurs des commentaires laissés sur le blog d’Olympe dont l’argumentation m’avait parue la plus intéressante.
    Bien que je me considère comme féministe, je n’ai abordé le thème du sexisme sur ce blog que dans un seul billet. Cependant, nous avons démarré il y a quelques temps avec Alias un deuxième blog. Il s’agit d’un blog de lecture qui a pour thème l’érotisme et la sexualité. J’ai pour projet de me montrer parfois un peu plus engagée sur ce second blog, au travers du choix de certaines de mes lectures. Les deux billets suivants pourront vous donner une petite idée de mes intentions:
    http://lubriotheque.wordpress.com/2011/03/25/histoire-du-viol/
    http://lubriotheque.wordpress.com/2011/02/13/un-petit-bout-de-bonheur-petit-manuel-de-clitologie/

  14. Euterpe dit :

    Votre réponse me met du baume au coeur. Je me suis jetée à l’eau avec pas mal d’anxiété pour dénoncer une attitude que je trouvais radicalement anti-femme et très choquante de la part d’une blogueuse reconnue comme porte-parole du féminisme sur le web. Ainsi je suis tout à fait ravie de votre réaction positive.
    Les ouvrages sur l’érotisme et la sexualité que vous avez sélectionnés ont l’air captivant. C’est un blog qui va devoir être plus largement diffusé car il va en intéressant plus d’un(e) !
    Sinon, à propos de Charles IX, moi aussi j’aime énormément Alexandre Dumas. C’est un auteur que je lis et relis sans cesse depuis l’âge de dix ans. Je découvre toujours des aspects nouveaux dans ce qu’il écrit même si, effectivement, il prend l’histoire par dessus la jambe. ll est tout de même très documenté et, si, d’un côté, il ne veut pas ennuyer son lectorat, son sabotage de l’histoire reste en équilibre entre la vérité historique et la nécessité de céder au genre (le roman de cape et d’épée) en simplifiant et déformant personnages et situations.
    Dans le cas de Teulé et de Chéreau, on ne retrouve plus rien d’historique. Il ne reste que les noms des protagonistes et le fait qu’il y ait bien eu une Saint-Barthélémy à cette date-là. Tout le contexte est ignoré donc saccagé de fond en comble.
    Si Dumas violait l’histoire, comme on le lui a reproché, ceux-là l’assassinent.
    Merci pour votre assentiment. Je vais pouvoir parler de cet aspect dans mon article.

    • Marie dit :

      C’est vrai que Dumas se documentait et qu’il a pioché plus d’une fois des idées de romans dans les documents qu’il lisait. Teulé m’évoque plus Zévaco qui avait tendance à séformer complètement l’histoire pour les besoins de ses romans. Pour autant, si Zévaco essayait de faire passer ses convictions politiques dans ses romans, je pense qu’il avait pour principale intention de divertir et qu’il n’avait pas de prétentions historiennes particulières. Tandis que j’ai été gênée, dans le roman de Teulé, par le fait qu’il semble vouloir ostensiblement montrer qu’il a des connaissances sur le sujet, alors qu’il ne s’est visiblement documenté que très superficiellement. Peut-être que je me trompe, mais c’est en tout cas ce que j’ai ressenti et je me demande si ça ne contribue pas à expliquer pourquoi les lecteurs croient qu’il « dit l’histoire ».

  15. Euterpe dit :

    Si vous voulez voir mon billet sur le livre, il est visible sur mon blog aujourd’hui. Je réponds justement aux questions que vous poser dans votre dernier commentaire. J’ai tenté de contextualiser la sortie de ce roman car je ne crois pas qu’il bénéficie d’un tel tapage par hasard. Et en parcourant le web j’ai effectivement pu constater que le lectorat de ce livre correspond au public du (mauvais) film « La reine Margot ».
    Ne vous étonnez pas, donc, si mon billet est relativement virulent. J’observe depuis assez longtemps une insupportable glorification de la vulgarité qui, de mon point de vue, sert à nous rendre complice du saccage culturel général !

  16. Euterpe dit :

    J’ai rédigé un second billet sur Charly suite à de nombreuses visites d’un réseau social de livres et lecteurs/trices indigné par le fait que je me sois permis de critiquer un livre sans l’avoir lu (celui qui me dénonce sur le forum du réseau a d’ailleurs laissé un commentaire). Je me suis donc fendue cette fois d’une sorte de fiche de lecture…

    • Marie dit :

      Vous y êtes allée fort pour le choix du titre!
      Sur le fond, je suis d’accord avec vous. Je suis actuellement en train de relire Les trois mousquetaires et la différence m’apparaît encore plus criante entre l’ immense talent de conteur de Dumas et les gros sabots de Teulé. Par ailleurs, la vidéo de l’interview de Teulé dont vous avez indiqué le lien sur votre blog me renforce dans l’idée que Teulé (et sans doute beaucoup d’autres) vend du prémâché à ses lecteurs, du superficiel qui ne leur demande pas de réflexion (j’ai été assez choquée par ses « les gens ne comprendraient pas »).
      Sur la forme, en revanche, je serais plus nuancée. J’ai attaqué Teulé sur le fond de son livre parce que je pensais avoir la légitimité pour le faire et être en mesure d’avancer des arguments solides et objectifs. Je ne me serais pas lancée dans une analyse de son style parce que je ne me sens pas la capacité de le faire et ne prétends pas être critique littéraire. Par ailleurs, si l’écriture m’a semblé mauvaise, je pense que quelqu’un avec plus de bagage technique que moi pourrait tout à fait se livrer à une analyse similaire à la vôtre mais en sens inverse, à l’avantage de Teulé. Même si je partage votre opinion, cette opinion n’en est pas moins subjective.
      Je pense qu’il existe une grosse différence entre dire « j’ai trouvé ça mauvais parce que… » et « c’est mauvais parce que… ». Si je n’hésite pas à employer la première de ces formules, je ne me sens pas en droit d’utiliser la deuxième. Et je ne pense pas que les messages que je peux avoir envie de faire passer auprès des quelques personnes susceptibles de me lire en ait moins de poids pour autant.
      Il y a d’autres points que vous avez soulevés dans les commentaires de votre billet sur lesquels je ne vous rejoins pas, mais je vais y répondre chez vous.

  17. Euterpe dit :

    « quelqu’un avec plus de bagage technique que moi pourrait tout à fait se livrer à une analyse similaire à la vôtre mais en sens inverse, à l’avantage de Teulé » :
    Cela vous paraîtra certainement présomptueux mais je pense avoir justement ce bagage technique dont vous parlez, raison pour laquelle je me suis permis cette analyse. J’affirme donc de mon côté qu’il est impossible d’en réaliser une à l’avantage de Teulé. Objectivement Teulé n’est pas un écrivain du tout.
    Des personnages n’ayant pas de dimension et n’entretenant pas de véritables dialogues entre eux, des événements expliqués dans les dialogues (c’est inadmissible), un style sans recherche fait d’expressions ordinaires, ces éléments ne sont pas subjectifs.
    Si Dumas est encore lu aujourd’hui quand Teulé sera oublié demain c’est qu’il y a de la profondeur, de la couleur, de la recherche, une esthétique, un verbe, de la complexité dans ce qu’il écrit !

    Maintenant si vous avez trouvé une qualité d’écriture à Teulé, une seule, je serais ravie de la connaître. J’ai une formation artistique assez approfondie et l’art ce n’est pas de l’à peu près. Maintenant avec de l’argent on peut tout faire passer pour de l’art. Mais avec le temps les supercheries sont éliminées, généralement.
    OK, je vais aller lire le commentaire que vous avez mis sur mon blog.

    • Marie dit :

      Ca ne me paraît du tout présomptueux étant donné que je ne connais pas votre parcours.
      Effectivement je ne trouve pas de qualité d’écriture à Teulé dans le passage que vous avez analysé, qui m’a également paru très maladroit quand j’ai découvert le livre. De façon générale, Charly 9 m’a semblé très mal écrit. Cependant, je n’étendrais pas ce jugement à l’ensemble de la bibliographie de Teulé. Dans l’autre de ses livres que j’ai lu, Ô Verlaine, s’il y a des choses que je n’ai pas aimées et qui m’ont dérangée sur le fond, j’avais plutôt bien aimé l’écriture.

  18. Euterpe dit :

    Au risque d’avoir l’air bloquée sur la Saint-Barthélémy, je voulais vous informer que j’ai tenté de résumer grossièrement les événements sur mon blog. Je me suis inspirée pour ce faire du chapitre sur Catherine de Médicis dans « Les reines au temps des Valois » de Simone Bertière mais je ne suis pas sûre de la modernité de ses références. J’aimerais beaucoup avoir votre avis si cela ne vous embête pas.
    Merci d’avance.

    • Marie dit :

      J’aurais bien mauvaise grâce à vous reprocher de bloquer sur ma période préférée de l’histoire. Je passerai dans la soirée sur votre blog, étant actuellement au travail. J’avoue qu’a priori vous me faites un peu peur en mentionnant Simone Bertière…

  19. Euterpe dit :

    Ce peut-il que vous ayez essayé de me mettre un commentaire sur mon blog et que ca n’ait pas marché ? Il y a un problème avec « Blogger », je crois.
    Du coup, j’angoisse ! Simone Bertière ne serait-elle donc pas qualifiée pour parler de Catherine de Médicis ? Cela dit, j’ai trouvé, c’est vrai, des erreurs chez elle sur la période que je connais le mieux, soit trente ans auparavant.

    • Marie dit :

      Non, je n’ai pas essayé de laisser de commentaire sur votre blog. Je vous ai envoyé un mail, à l’adresse que vous avez indiquée en commentant ici.

  20. Euterpe dit :

    J’ai répondu à votre mail mais ma réponse m’est revenue (je n’ai que des ennuis avec ma boîte mail). Je vous transmets donc ici, ce que j’avais écrit :
    « merci beaucoup pour vorre avis.
    J’ai écrit ce billet un peu à l’aveuglette je l’avoue et c’est dommage que vous n’ayez pas mentionné ces références chez moi à la vue de tous parce que je n’aime pas la version de Bertière du tout mais je manque de doc sur Catherine alors que j’en ai beaucoup plus sur d’autres figures du XVIe siècle.
    En fait, j’écris même certains billets dans l’espoir d’être contredite par des personnes plus calées qui me communiquent leur savoir. Je fais un blog aussi pour cela. Pour ne pas toujours tout chercher seule. J’ai une formation artistique et littéraire et travaille dans le domaine historique alors que mes connaissances en ce domaine me viennent principalement de la germanistique et de l’histoire de l’art.
    Je tâche donc de remplir mes lacunes seule et un peu avec ce blog.
    J’ai d’ailleurs déjà corrigé des billets plus anciens grâce à des interventions comme la vôtre.
    Puis-je tout de même copier vos indications sur mon blog ?
    Je copierais par exemple votre mail à partir de « la présentation des événements sont datées…jusqu’à par exemple ». Cela ne me dérange pas de montrer ouvertement que je me suis trompée si c’est pour rétablir la vérité. C’est même important !
    Merci d’avance pour votre éventuel accord.
    Amicalement

    • Marie dit :

      Je vous avais répondu par le biais d’un mail plutôt que d’un commentaire simplement pour ne pas vous gêner du fait que je n’étais pas d’accord avec les informations que vous donnez.
      Je ne vois donc aucun inconvénient à ce que vous copiez ce que j’ai écrit sur votre blog.

  21. livr0ns-n0us dit :

    Et bien moi j’ai beaucoup aimé (non, je ne suis pas sado-maso de venir le dire après tous ces commentaires ^^). Tout simplement parce que j’aime l’humour bien gras (attention, je n’aime pas que ça hein, je suis aussi sensible à la délicatesse et au cynisme le plus subtil), et que je me suis sentie terriblement légère après avoir refermé le livre, comme si j’avais crié un bon coup. J’aime ce genre de lecture de temps en temps, aussi bête et méchante soit-elle, car j’y retrouve quelque chose d’instinctif, de jouissif.
    En revanche, j’ai beaucoup apprécié ton avis car Charly 9 est typiquement le genre de roman qui me donne envie de vérifier ce qui est dit et d’en savoir plus, et je trouve tout à fait compréhensible qu’aussi peu de vérité historique pour une histoire qui s’en prévaut t’agace et t’écœure au plus au point. Il m’arrive d’ailleurs de plus en plus souvent d’examiner en profondeur les faits prétendument « réels » mais également les biographies des écrivains ou encore les polémiques que suscitent certains romans en variant mes sources d’informations et en m’arrangeant toujours pour lire deux avis complètement opposés. Restons des lecteurs actifs et conscients ! :)

    • Marie dit :

      lol Diantre! Quelqu’un qui l’a aimé! Vite, perdons le commentaire dans les spams! :-D
      J’admets que j’ai réagi de façon très épidermique vis à vis de ce livre du fait que le sujet me tient à coeur et, même avec le recul, je ne peux pas m’empêcher de bondir quand je lis qu’il est bien documenté ou qu’il permet d’apprendre comment se sont déroulés les événements. Je reste persuadée que beaucoup de lecteurs de romans historiques ont envie de savoir démêler le vrai du faux car beaucoup des requêtes de moteurs de recherche qui ont amené des gens jusqu’à mon blog étaient du style « vérité historique dans Charly 9 ». De ce fait, je suis contente d’avoir écrit ce billet.
      Cependant, je comprends tout à fait qu’on puisse apprécier Teulé en tant qu’écrivain. Les goûts et couleurs ne se discutent pas et ce serait triste si nous avions tous les mêmes. L’essentiel est de prendre du plaisir à la lecture et si ce livre peut donner envie à certains lecteurs de creuser et d’aller plus loin, il n’aura peut-être pas été complètement inutile.
      L’important me semble de rester, comme tu le dis, des lecteurs actifs et conscients!

  22. Marie dit :

    Merci pour ce billet! J’ai eu le même sentiment que vous en lisant ce roman, cette impression d’être face à un ramassis d’idées toutes faites sur les Valois qui veut se faire passer pour la réalité historique. Le style de Teulé sonne parfois faux, c’est toujours quand il essaie de recaser des anecdotes (le poisson d’avril, la mode des crevés…) qui voudraient masquer son manque de connaissances.
    Merci d’être l’une des rares à rétablir la vérité en ce qui concerne la période historique du roman, c’est rassurant dans le grand tapage médiatique qui a été fait!
    Marie

    • Marie dit :

      Merci pour ces encouragements. Ca me fait très plaisir! Et oui, j’aurais préféré qu’il ait une meilleure connaissance du fond plutôt qu’il s’efforce de caser anecdotes et petits détails pas franchement à bon escient.

  23. TETARD dit :

    Quel soulagement de tomber sur votre critique après le concert de louanges qui s’ouvre sur ma page Google ! Je m’étais pourtant bien amusée avec « Le Montespan », la truculence du personnage et du style. Mais trop c’est trop ! Beaucoup d’énervement de voir la vérité historique (que je ne possède pourtant pas, n’étant pas historienne du tout..) aussi malmenée et beaucoup d’ écoeurement devant ce besoin de salir à tout prix notre histoire de France. Je suis tout à fait d’accord avec Euterpe et ce qu’elle qualifie de tendance « burlesco-erotico-horrible » (le dernier film sur Marie-Antoinette…). C’est très agaçant !
    Merci à toutes les deux.
    Danielle

  24. Ping : Billet d’humeur | Et puis…

  25. Kroustik dit :

    Ravie de lire un article aussi complet et aussi argumenté. Je n’ai jamais lu Teulé et il ne m’attire pas. Ce que tu en dis ne me fera pas franchir le pas.

    • Marie dit :

      Je trouve important de parler aussi des livres qu’on n’a pas aimés et pas seulement de ceux qu’on a aimés, mais je ne conçois de le faire qu’en argumentant.

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