Un chien de caractère

Initialement, j’avais l’intention de vous parler aujourd’hui (enfin, aujourd’hui… je devrais plutôt dire la semaine dernière, vu que je suis affreusement à la bourre dans mes billets… et dans mes lectures aussi) de Système de la mode, de Roland Barthes. Sauf que je rame lamentablement et que, comme j’ambitionne de parvenir à y comprendre un petit quelque chose, je le lis uniquement en journée, aux moments où j’ai une chance de réussir à rassembler trois neurones pour les concentrer sur ma lecture. Ma collègue, qui me voit revenir de ma pause déjeuner l’air hagard et lui posant des questions étranges du style : « Tu te rappelles, toi, de ce que ça veut dire paradigme? » compatit à mon sort… et doit me croire un peu timbrée. Donc ça ne va pas très vite et j’arrive péniblement à la moitié du livre. Aussi j’en ai profité pour intercaler d’autres livres en soirée, dont Un chien de caractère dont je vais vous parler aujourd’hui.

Voilà encore un livre que j’ai acheté par curiosité, à force de croiser le nom de son auteur, sans trop savoir de quoi il traitait. J’aime ces moments où je regarde avec un peu de méfiance le livre qui vient d’arriver au sommet de ma PAL, ne sachant plus comment ni pourquoi il est arrivé là, et encore moins de quoi il parle, et où, en redécouvrant le quatrième de couverture, je me dis : « Tiens, mais ça n’a pas l’air mal du tout, j’ai eu une bonne idée ce jour-là! » Mais je digresse encore (ça, c’est signe de fatigue, chez moi!)… Un chien de caractère, donc!

« Attention, lecteur! C’est une histoire de chien que tu vas lire!

Comment expliquer la faiblesse de certains écrivains, par ailleurs fort exigeants, qui détournent de temps à autre leur regard de l’homme, ce sujet éminemment digne, éternel même, en vue de se pencher sur quelques figurants subalternes de la Création? Adoptant un ton un peu hautain, c’est avec une humanité charitable, tempérée pourtant d’une certaine répugnance, qu’ils contemplent, du haut de leur piédestal bipède, les sphères inférieures de l’existence, déçus, voire consternés, par le spectacle tragique qu’elles offrent. « Tout en bas », sur l’un des derniers degrés de l’échelle des créatures, l’écrivain croise alors le regard d’un animal inoffensif, son lointain et primitif parent. Tiens, le chien! pense-t-il, magnanime. Et de le siffler, parce que c’est l’heure de la promenade. »

C’est ainsi que commence ce court roman qui a pour héros un chien, Tchoutora, qui entre un soir de Noël dans la vie d’un jeune couple bourgeois de Budapest, cadeau offert par Monsieur à Madame.

Comme vous l’aurez compris à la lecture de cet extrait de l’introduction, c’est un livre plein d’humour. Sous couvert de faire le portrait d’un chien, l’auteur s’est en fait livré à une satire sociale. J’ai été parfois assez déroutée, car Monsieur ressemble beaucoup à Sándor Márai : c’est un jeune journaliste et écrivain qui commence à avoir une certaine notoriété. Si bien que je me suis demandé plus d’une fois si ce personnage était Sándor Márai lui-même, si c’était simplement un personnage qui n’avait rien à voir avec lui ou si c’était un double dont il se moquait gentiment. Bref, je ne savais pas trop si certains de ses propos étaient à prendre au premier degré ou si tout était ironique.

Le roman ne dresse pas seulement le tableau d’une famille bourgeoise. Il a pour toile de fond Budapest en 1928, une ville entre orient et occident, dans un monde qui est au bord de l’écroulement. Bien que le narrateur (Monsieur, donc) se plaigne au début du roman de difficultés financières, on en est encore seulement aux signes avant-coureurs de la crise de 1929 et le monde dans lequel il vit est encore confortable et privilégié. Par ailleurs, les promenades et affinités du chien permettent à l’auteur de croquer les portraits de gens plus modestes : personnes esseulées, vieillards, ouvriers et artisans, aristocrates déchus… J’ai aimé ces esquisses, à la fois drôles et émouvantes.

En parallèle, en même temps qu’il nous raconte la jeunesse du chien et les ravages commis par celui-ci, le narrateur se livre à toutes sortes de réflexions : sur les rapports entre l’homme et l’animal bien sûr, mais aussi sur des sujets aussi variés que les traditions de Noël ou la psychanalyse. Et, bien souvent, en parlant de Tchoutora le narrateur nous parle de lui-même, car il prête à l’animal, et pas forcément à raison, la liberté et la sauvagerie que lui-même a dû réprimer en quittant l’enfance.

C’est donc à la fois un livre qui traite de sujets sérieux avec humour et qui adopte un ton sérieux et guindé pour être drôle. Certains chapitres, rédigés dans un style savoureux, sont des régals de finesse et de drôlerie. Cependant, je reste sur un certain sentiment de déception. D’une part, parce que l’écriture m’a semblé inégale et certains chapitres m’ont paru avoir des longueurs. Je me dois tout de même de préciser que j’étais particulièrement fatiguée quand j’ai lu ce livre, et que je ne suis pas sûre qu’il faille imputer cette impression de longueurs au livre plutôt qu’aux mauvaises conditions dans lesquelles je l’ai lu.

D’autre part, et sur ce point là ma fatigue n’a pas joué, je n’ai pas aimé la tournure qu’a pris l’histoire et j’ai encore moins aimé la fin. J’en arrive là à la partie pas facile de ce billet… D’habitude j’arrive toujours à peu près à m’en sortir pour expliquer mon ressenti sans spoiler, mais là je ne vois pas trop comment faire. Pour en dévoiler le moins possible, je dirais que le chiot gâté pourri par ses maîtres qui lui laissent faire tout et n’importe quoi prend en grandissant de mauvais travers et que, du fait de l’égoïsme et de la bêtise de ses maîtres, c’est lui qui va faire les frais de cette mauvaise éducation. J’ai été trop touchée par l’histoire de ce chien pour pouvoir apprécier les derniers chapitres de ce court roman et m’amuser de la bêtise du narrateur.

Je reste donc sur une impression assez mitigée. C’est pourquoi j’ai rajouté à ma LAL Braises, qui est, je crois, le roman le plus connu de Sándor Márai , afin de me faire une meilleure opinion de cet auteur.

Un chien de caractère
Sándor Márai
Albin Michel
et en poche chez
Le livre de poche
Collection Biblio

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