La planète des alphas

Si vous avez des enfants d’âge scolaire, vous avez sûrement entendu parler de la méthode d’apprentissage de la lecture La planète des alphas et de son approche originale et ludique. Utilisée dans certaines écoles, cette méthode très progressive et rigoureusement syllabique, est également accessible aux parents, ce dont j’ai profité.

Avant de parler de l’utilisation que nous en avons faite à la maison, je voudrais dire quelques mots du contexte. Le fait que la bestiole coince sur la lecture n’était en soi pas tragique : il ne rentre en CP qu’en septembre prochain, il n’avait donc pas de retard abyssal à combler. Il n’était pas non plus question pour moi de lui faire du bourrage de crâne pour le faire aller plus vite que la musique. Mon but était non pas de lui mettre la pression, mais bien au contraire de lui retirer la pression qu’il se mettait tout seul.

La bestiole adore les livres depuis son plus jeune âge et attache pas mal d’importance à la lecture. Il dit d’ailleurs régulièrement qu’il voudrait être « écriveur » quand il sera grand. Dès l’âge de 3-4 ans, il s’est mis à complexer de ne pas savoir lire et à fondre de temps à autre en larmes pour ce motif. Pour ne rien arranger, il est extrêmement perfectionniste, et se décourage très vite quand il ne réussit pas immédiatement. Il s’est donc mis en tête que l’apprentissage de la lecture est quelque chose de très difficile et qu’il est forcément incapable d’y arriver. De ce fait, il s’est bloqué : lui qui a une excellente mémoire était totalement incapable de retenir les noms de plus de 4 ou 5 lettres. Ce qui a provoqué de nouvelles crises de larmes et moments de découragement l’été dernier. L’école n’a rien arrangé : le niveau y est assez fort et certains enfants de sa classe ont commencé à déchiffrer il y a plusieurs mois, ce qui complexait encore plus le jeune homme, et les petits devoirs qu’il rapporte chaque week-end à la maison (une petite liste de syllabes à lire, le plus souvent) est chaque fois un enfer pour tout le monde. Du côté de l’écriture, ce n’est pas mieux : il n’écrit qu’en majuscules d’imprimerie et semble croire que les minuscules n’ont été inventées que dans le seul but de lui compliquer l’existence. Je sentais donc l’affaire de plus en plus mal engagée…

 C’est dans ce contexte que j’ai acheté le livre Apprendre à lire en famille, dont je vous ai parlé il y a quelques mois. J’y ai trouvé pas mal d’idées de lectures et de jeux, ainsi qu’une aide sur la façon d’aborder les devoirs avec la bestiole et de répondre à ses questions, fréquentes en dépit de ses blocages. Néanmoins, ça ne me suffisait pas : j’avais besoin de quelque chose de très ludique, qui lui permette de dédramatiser le sujet et d’alléger la pression qui l’écrasait, et je n’étais pas capable d’inventer et de réaliser ça toute seule, même avec l’aide du livre. C’est alors que j’ai pensé à La planète des alphas.

Je lui avais déjà montré une fois l’extrait du dessin animé disponible sur le site quand il avait à peu près 4 ans. Il avait eu peur (je précise qu’il n’en faut pas beaucoup pour l’effrayer), aussi je n’avais pas insisté. J’ai réessayé de lui montrer cet hiver, et, cette fois, il a adoré l’extrait, ainsi que les petits jeux proposés sur le site. Je me suis donc empressée d’acheter la mallette.

Quelques mots à propos des personnages, tout de même. Olibrius est un jeune garçon en vacances qui s’ennuit : sa télé est en panne et il ne sait pas lire. Tout à coup, il voit apparaître… euh… un elfe, un magicien,…? bref, Castopollux, qui lui propose de visiter la planète des alphas. Les alphas sont des êtres qui ont la forme des lettres de l’alphabet (en minuscule!) et qui passent leur temps à s’amuser. Apparaît alors l’affreuse sorcière Furiosa, qui veut s’emparer des alphas pour que les gens ne puissent plus lire et que l’univers sombre dans le chaos. Elle a capturé des alphas qui sont retenus prisonniers sur la planète des bêtas, créatures bêtes et méchantes à la solde de Furiosa. La sorcière est chassée par l’arrivée de la fée qui protège les alphas. Celle-ci dote Olibrius de super pouvoirs afin qu’il puisse venir en aide aux alphas. Olibrius devient ainsi une sorte de petit super-héros appelé Petit Malin.

Les aventures de Petit Malin pour sauver les alphas sont présentes sous trois formes dans la mallette que j’ai achetée : le DVD du dessin animé, et un livre dans lequel est relaté le conte, et qui est accompagné d’un CD audio. La mallette comprend également un poster et 28 figurines représentant chacun des alphas (toutes les lettres de l’alphabet plus le « é » et le « ch »). J’avais en même temps commandé un cahier d’activités.

 

Mon premier sentiment a été de m’être fait arnaquer. En fait, les produits de la gamme sont loin d’être donnés. Or la durée du DVD est très courte : les 3/4 du dessin animé sont visibles librement sur le site internet de la méthode. Quant au livre, en dehors du conte, il contient seulement quelques jeux.

Cependant, le principal intéressé, qui a, lui aussi, déploré la brièveté du dessin animé, a été conquis et l’a regardé en boucle. En parallèle, il a beaucoup joué avec les figurines pendant quelques jours, s’amusant notamment à en dessiner les contours sur une feuille afin de se fabriquer une sorte de puzzle. En une semaine, il avait assimilé le nom de toutes les lettres sans même s’en être rendu compte. Je ne me suis pas servie du livre. En effet, les jeux ont pour but d’aider les enfants à reconnaître les lettres. Comme il savait désormais faire, ça ne l’aurait pas intéressé.

En revanche, j’ai sorti le cahier d’activités un dimanche après-midi pluvieux. Je pensais qu’il se limiterait à quelques jeux qui ressemblaient à ceux du site internet et s’arrêterait dès qu’il en arriverait aux activités qui avaient une tournure un peu plus scolaire. A ma grande surprise, il n’a pas lâché le cahier avant de l’avoir totalement fait et y a passé une bonne partie de l’après-midi. La dernière activité présentait sur 4 pages des dessins d’objets ou animaux ayant des noms « faciles » : dé, fil, vache… L’enfant devait représenter les alphas utilisés pour écrire le mot. La bestiole a consciencieusement dessiné des alphas pendant plus d’une heure. Si ce n’est qu’il a une fâcheuse tendance à mettre les lettres en désordre, il a bien réussi l’exercice, quasiment sans aide. La compréhension de la combinaison des lettres pour former les syllabes était acquise. J’étais tellement heureuse que je me suis empressée le lendemain matin à mon travail de scanner les pages du cahier et de les envoyer par mail au père du petit, qui n’en croyait pas ses yeux. J’ai donc arrêté de ronchonner intérieurement sur ce que la méthode m’avait coûté… et passé une deuxième commande!

 

 Cette fois, mon choix s’est porté sur deux petits romans qui expliquent comment les alphas ont reçu le pouvoir de se transformer en lettres (script et écriture manuelle) pour ne pas que Furiosa les reconnaisse. Ces petits livres ont un peu amusé la bestiole mais n’ont pas eu grande utilité et j’aurais très bien pu me dispenser de les prendre. Mon autre achat s’est révélé en revanche beaucoup plus intéressant!

 

Il s’agit d’un recueil de 11 petites histoires destinées aux enfants qui commencent à déchiffrer. Moi qui me disais qu’il n’était pas évident de trouver par quels livres commencer à faire lire un enfant, les livres pour bébés étant trop bébés et ceux pour plus grand trop compliqués, j’ai trouvé ce recueil génial, pour plusieurs raisons. Il est très progressif : il n’utilise quasiment, au moins pour les premières histoires, que des mots composés de syllabes régulières (1 consonne + 1 voyelle) et dont les lettres correspondent à des alphas qui apparaissent dans le conte, et sont donc connus des enfants. Par ailleurs, la forme est très bien pensée. Les histoires sont très courtes : 5-6 courtes phrases pour les premières. Il y a seulement une phrase imprimée en gros par page. De plus, la phrase à lire se trouve sur la page de droite, et l’enfant doit tourner la page pour découvrir sur la page de gauche suivante l’image correspondant à ce qu’il vient de lire. Il ne peut donc pas essayer de deviner ce qui est écrit et est forcé de déchiffrer pour savoir ce qui se passe.

J’ai donc laissé négligemment traîner le recueil dans le salon. La bestiole n’a pas manqué de se jeter dessus et de réclamer de le lire. J’ai dit : « OK. Mais celui-là, c’est toi qui le lis! ». Il a accepté et c’est là que s’est produit le miracle : il a compris ce qu’il déchiffrait et a trouvé l’histoire drôle. On y est allés très doucement : une histoire à la fois. Parfois je lui proposais qu’on s’arrête au milieu de l’histoire, car visiblement l’effort intellectuel qu’il produit pour déchiffrer le fatigue beaucoup. Cependant, il a chaque fois tenu à aller jusqu’au bout de l’histoire, à son rythme. Et c’est chaque fois lui qui est revenu à la charge pour en lire une nouvelle. Je ne trouve pas les histoires du livre extraordinaires, loin de là, mais lui s’en amuse beaucoup et en reparle régulièrement. Je ne vais donc pas cracher dans la soupe, le plaisir qu’il a à découvrir ces histoires (il en reste encore 2 à lire) est tout ce qui m’importe.

Il existe un deuxième recueil, qui constitue l’étape suivante. Les histoires sont un peu plus longues et font intervenir des sons plus compliqués (on, in, ou, ai…). Il existe également des petits albums, différents jeux et cahiers proposant des exercices en liaison avec les recueils de lecture. J’ai commandé ces derniers jours le deuxième recueil et je pense qu’on s’en arrêtera là et qu’il pourra se débrouiller ensuite avec de vrais livres… ou les histoires qu’il nous demande maintenant d’inventer pour qu’il les lise! Avec la fin des vacances de Pâques et la reprise de l’école, il a connu une phase de régression et s’est remis à douter de lui-même et à stresser, mais je pense que les grandes vacances, pendant lesquelles il pourra aller à son rythme et comme il le veut, seront propices à une grande avancée.

Il est pour moi évident qu’on doit cette progression rapide et, surtout, dans la décontraction et l’amusement, à la méthode des alphas. Je suis persuadée que, si je n’avais pas eu l’idée d’essayer, le petit serait toujours en train de galérer et s’enfoncerait dans ses blocages. Bien sûr, il serait arrivé à lire tôt ou tard, mais il était pour moi essentiel que cela se fasse sans souffrance, afin que les livres restent le plaisir qu’ils ont été pour lui jusqu’à présent, et je crois que c’est réussi. Je l’espère, du moins.

Le site de la méthode est ici.

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4 commentaires pour La planète des alphas

  1. C’est utilisé dans mon école, pour les GS.

    • Marie dit :

      Ils ont l’air d’avoir du matériel intéressant pour les écoles. Celle où nous comptons inscrire la bestiole l’année prochaine l’utilise aussi.

  2. cath dit :

    Bonjour,
    Le tome 1 de recueil de textes est introuvable pour l’instant. Je ne sais si la bestiole en a toujours besoin…si non et que vous pensez vous en délester, je serai ravie de vous l’acheter. Merci !

    • Marie dit :

      Il semble effectivement en cours de réédition sous une forme un peu différente. Je suis désolée mais j’ai prêté le nôtre à une amie.

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