L’attentat

Amine, israélien d’origine arabe est un exemple typique d’intégration réussie : il mène une carrière brillante de chirurgien et ses compétences sont reconnues par tous. Sa vie bascule lorsqu’on lui annonce que le kamikaze qui vient de se faire exploser dans un restaurant était sa femme.

Que dire de ce roman sans tomber dans les clichés? Ce livre est un formidable plaidoyer en faveur de la paix, mais il est beaucoup plus que ça.

Il y a d’une part la dimension intime de la tragédie. A la douleur d’avoir perdu sa femme s’ajoute l’incompréhension de son geste. Amine la croyait heureuse avec lui et se sent trahi : c’est toute un pan de la vie et des pensées de sa femme qui lui a échappé. Comme je l’ai indiqué dans mon billet à propos de Clair de femme, ce roman de Romain Gary et L’attentat présentent beaucoup de similitudes dans le thème abordé et, comme je les ai lus à un jour d’écart, le rapprochement s’est fait tout naturellement dans mon esprit. Les deux romans ont pour héros un homme qui fait face à la douleur d’avoir perdu la femme aimée et qui est en plein naufrage. Dans les deux également, une femme est présente aux côtés du héros. Dans Clair de femme, c’est Lydia qui unit pour quelques heures ses souffrances et sa solitude à celles du narrateur, qui espère faire revivre à travers Lydia l’amour de la femme qu’il vient de perdre. Dans L’attentat, c’est Kim, une amie de longue date, qui est présente aux côtés d’Amine et lui apporte son soutien mais reste cependant beaucoup plus discrète. Alors que Michel, dans Clair de femme, se raccroche à Lydia comme à une bouée dans sa détresse, Amine sombre seul. Et veut comprendre. J’ai été beaucoup plus touchée par l’histoire d’Amine que par celle de Michel, parce que la narration m’a mieux plu et parce que cette nécessité qu’il éprouve d’un certain temps pour faire son deuil me semble plus « dans l’ordre des choses » et est, en tout cas, beaucoup plus proche de ma propre sensibilité.

Le deuxième thème majeur du roman est le conflit israelo-palestinien. Yasmina Khadra nous entraîne dans la vie quotidienne des palestiniens, l’horreur côtoyée journellement et les difficultés qu’il y a à mener une vie normale dans de telles conditions. Cependant, s’il fait la part belle aux arabes, il n’impose pas pour autant une vision au lecteur. Certains juifs sont présentés sous un jour très positif et certains arabes sous un jour très négatif. Par ailleurs, il ne cherche pas à sublimer les attentats mais montre au contraire en détail leurs conséquences effroyables.

J’ai cru sentir, en le lisant, que la seule solution pour lui est la paix. Néanmoins, j’ai apprécié qu’il laisse la parole à des personnages très différents, de ce chirurgien qui mène une vie aisée et confortable et ne comprend pas l’attitude des siens à ces gens prêts à se sacrifier parce qu’ils n’ont plus d’espoir. Il montre le problème dans toute sa complexité et invite le lecteur à la réflexion bien plus qu’il ne lui apporte des réponses. Si je dois retirer quelque chose de ce livre, c’est plutôt qu’il est plus constructif de chercher à comprendre autrui que de juger.

Ce premier contact avec Yasmina Khadra, à travers ce livre dur mais très beau, m’a beaucoup touchée. Voilà encore un auteur dont il me tarde de découvrir le reste de l’oeuvre!

L’attentat
Yasmina Khadra
Juillard
et, en poche, chez
Pocket

 

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11 commentaires pour L’attentat

  1. Mo' dit :

    Il faut réellement que je me procure cet album. Ton avis ne fait que renforcer l’idée que je m’en fais

  2. Lilibook dit :

    Je l’ai lu il y a quelques temps maintenant, et c’était une très belle lecture

  3. J’avais posté un billet il y a un moment sur ce bouquin et ma critique rejoint la tienne.
    J’ai beaucoup aimé ce rôle de journaliste que prend l’auteur dans ce bouquin. Il ne cherche pas à influencer le lecteur, il lui dévoile « simplement » cette sombre réalité et dépeint un univers bouleversé par la guerre. J’ai apprécié de pouvoir rentrer dans les « coulisses » du terrorisme, dissimulé par un rideau de sang. L’auteur reste très objectif, il ne nous donne pas de réponse concrète, le lecteur doit presque départager les deux camps et se faire une idée bien à lui. Mais il n’y a pas de réponse, finalement… c’est la guerre, et ce concept en lui-même est déjà bien difficile à comprendre.
    Bonnes lectures !

    • Marie dit :

      Oui, c’est tout à fait ça. C’est une impression de complexité de la problématique de la guerre et du terrorisme que j’ai eue en le lisant.

  4. Effectivement, on ne sait plus qui est responsable, quelle peut bien en être la cause – s’il en existe une (cela vaut-il « le coup » de tuer des innocents ?) Merci pour cette critique, et bonne soirée. Au plaisir de constater que l’on a des lectures communes.

  5. Ping : L’heure du bilan | Et puis…

  6. Aaliz dit :

    Ah bah voilà qui me tranquillise ! J’ai lu tellement de choses contradictoires sur Khadra, que ce soit sur son style ou sur sa personnalité, que je ne savais pas trop quoi penser. C’est un auteur qui semble déchaîner les passions, soit on l’aime soit on le déteste ( j’ai lu des choses vraiment dures à son sujet …). Je verrai bien ce que donne « A quoi rêvent les loups » mais au pire, même s’il ne m’enthousiasme pas, tu m’as convaincue de tenter quand même « L’attentat » !

    • Marie dit :

      Je n’avais rien lu à son sujet, et c’est sans doute mieux! J’ai hâte de savoir ce que tu penseras de A quoi rêvent les loups.Pour ma part, je n’en ai pas encore lu d’autre de lui mais j’en ai très envie.

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