La ballade de l’impossible

Une chanson des Beatles entendue dans un avion, Norwegian wood, ramène Watanabe 20 ans en arrière, à l’époque de son entrée à l’université. Un an plus tôt, son seul ami, Kizuki, s’était suicidé et, depuis lors, il n’avait plus revu la petite amie de celui-ci, Naoko. Il la croise par hasard un dimanche et les deux jeunes gens prennent l’habitude d’aller se promener ensemble. C’est parce que Naoko lui a fait promettre de ne jamais l’oublier que Watanabe tente d’ordonner ses souvenirs.

J’attendais beaucoup de ce roman car plusieurs personnes m’avaient dit qu’Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, avec lequel j’ai découvert Haruki Murakami et qui m’avait enchantée, était loin d’être son meilleur et que celui-ci était bien mieux. J’ai donc été assez déçue pendant un bon moment, car je n’ai pas réussi à rentrer dans l’histoire avant la moitié du roman.

Naoko, jeune fille fragile et fracassée par les malheurs qu’elle a éprouvés, et qui peine à trouver ses mots, m’a franchement agacée. Quant à Watanabe, il me paraissait bien terne et fade comparé au héros d’Au sud de la frontière. Néanmoins si son mutisme me donnait un peu envie de le secouer, j’ai fini par apprécier au fil des pages sa force tranquille. Mais ce qui m’a réellement permis d’entrer dans le roman, c’est l’introduction de deux autres personnages féminins, Reiko et Midori, dont la fraîcheur, l’énergie et l’originalité m’ont séduite. Ce qui m’a toutefois frappée dans ces deux romans, c’est que je me suis sentie beaucoup plus proche des personnages masculins, qui ont bien la tête sur les épaules, que des personnages féminins, qui sont tous plus ou moins barrés.

 J’ai également été déçue par l’ « érotisme » du roman (on ne se refait pas!). Compte tenu de la sensualité dont est empreint Au sud de la frontière et de ce que j’avais pu lire sur l’érotisme de La ballade de l’impossible, je m’attendais à autre chose que quelques branlettes d’adolescent. J’ai par ailleurs été dérangée par la vision qui est donnée de la sexualité que je trouve très tournée vers l’homme. Si tous les personnages impliqués paraissent trouver naturel que Watanabe ait besoin d’être « soulagé » par les mains ou la bouche d’une femme, il ne semble venir à l’idée de personne qu’il pourrait rendre la pareille.

 Il y a toutefois beaucoup de choses qui m’ont plu dans ce roman. L’histoire, qui parle d’amour et de mort sur fond de troubles mentaux, de passage à l’âge adulte et de solitude, est très sombre. On croise, au fil des pages, beaucoup de morts, de suicides, d’histoires d’amour malheureuses. Cependant, comme dans Au sud de la frontière, la narration reste factuelle et pleine de retenue. J’ai, cette fois encore, apprécié la délicatesse et l’élégance du récit.

 J’ai également aimé la façon dont Murakami s’attache aux petits détails et aux petits riens de la vie quotidienne. Il sait en retirer le sel et le tableau qu’il brosse est de ce fait très visuel et vivant. En dépit de la noirceur du récit, la façon dont il décrit l’univers qu’il met en scène m’attire et me donnerait presque envie de rentrer dans le livre pour le découvrir de mes propres yeux.

La musique occupe encore une place essentielle dans le récit mais, cette fois, il est également beaucoup question de livres. En effet, Watanabe lit beaucoup et certains livres l’accompagnent ou lui valent de faire des rencontres. Cet aspect n’a évidemment pas été pour me déplaire!

En dépit de mes difficultés au départ, je me suis néanmoins laissée cette fois encore emporter par la beauté de la plume de Murakami. Le bilan de cette lecture est donc pour moi largement positif. Je reste toutefois un peu déçue par rapport à Au sud de la frontière. Il me tarde maintenant de découvrir d’autres oeuvres de Murakami pour avoir plus d’éléments de comparaison!

Ce roman a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec AsphodèleMartial et Océane et constitue ma quatrième contribution au challenge Murakami.

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3 commentaires pour La ballade de l’impossible

  1. Asphodèle dit :

    Je n’ai pas ressenti les « bémols » dont tu parles car connaissant un peu la civilisation japonaise et chinoise, j’ai plutôt trouvé que les filles étaient bien délurées dans cette société où l’homme est roi par essence, atavisme et que sais-je ? J’ai été scotchée par l’ambiance, les « tableaux » quasiment qui se dégagent de sa plume avec des mots simples, pas ampoulés, bref une révélation. J’avais déjà beaucoup aimé Kafka sur le rivage il y a quelques années et j’en ai d’autres dans ma LAL, dès que je serais « à jour », je les emprunterais à la médiathèque!

    • Marie dit :

      Etant une grosse consommatrice de mangas, je connais aussi un peu la civilisation japonaise et je n’ai pas trouvé les filles plus délurées que ce que je peux lire d’ordinaire. En fait, je nuancerais, je dirais qu’elles étaient à la fois délurées et pudiques.
      Je te rejoins sur l’ambiance que j’ai beaucoup aimé aussi.

  2. Ping : Journal de lecture – février 2013 ( chroniques express) | Et puis…

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