Le Club des Cinq et le trésor de l’île

Après une longue hésitation, j’ai décidé de procéder logiquement et de commencer par la toute première aventure des cinq, publiée en 1942. Elle raconte comment François, Mick et Annie Gauthier ont fait la connaissance de leur cousine Claude Dorsel et de son chien Dagobert. Claude et sa famille vivent au bord de la mer, dans une baie imaginaire au nom à consonance bretonne. La mère de Claude a hérité des vestiges du patrimoine de sa famille, autrefois puissante dans la région, et notamment d’une petite île dont elle a fait don à sa fille. Cette île s’avère fascinante pour les enfants car les ruines d’un vieux château s’y dressent et, non loin du rivage, on peut apercevoir au fond de l’eau l’épave d’un vieux bateau. A la faveur d’une forte tempête, l’épave remonte à la surface, ce qui permet aux quatre cousins de l’explorer. Dans un coffret, ils découvrent une vieille carte, et les voilà partis, pour leur première aventure, à la chasse au trésor.

Ma plus grosse surprise à la relecture de ce roman, c’est que j’ai trouvé le texte beaucoup moins vieillot que ce à quoi je m’attendais. Mis à part quelques détails comme le fait qu’il ne me viendrait pas à l’idée de donner de la bière comme boisson à des enfants qui partent faire un pique-nique, je n’ai pas vraiment relevé d’éléments particulièrement datés susceptibles de laisser perplexes les enfants d’aujourd’hui. Peut-être y en a-t-il plus dans d’autres aventures? Le seul point qui m’a choquée, du fait que je l’ai lu cette fois non avec un regard d’enfant mais avec un regard de mère, c’est que des gosses de 10 ans puissent avoir le droit de partir seuls en mer pour aller explorer une île abandonnée.

La deuxième grosse surprise, c’est que je m’attendais à être déçue, à ne pas réussir à rentrer dans l’histoire et à porter dessus un regard narquois. Et en fait, pas du tout. Bien sûr, j’ai souri à quelques passages qui sont franchement tirés par les cheveux, mais j’ai été heureuse de retrouver les cinq, et en particulier Claude, qui avait ma préférence. Comme j’avais oublié la trame de l’intrigue, j’ai été bon public et ai suivi avec plaisir leurs recherches dans l’épave et les ruines du château. Etant sans doute plus fascinée par les ruines aujourd’hui que je ne l’étais il y a 30 ans, je me suis laissée embarquer dans l’histoire avec joie et un réel intérêt qui n’était pas uniquement dû à la nostalgie.

Ce qui m’y a aidé, je crois, c’est que j’ai apprécié l’écriture soignée et le langage recherché. Ce qui m’amène à parler de « l’adaptation » de la série qui a été faite et dont j’ai pu me rendre compte en feuilletant quelques livres en librairie. Je n’ai rien contre le fait de moderniser un récit (quoique… le côté désuet de la comtesse de Ségur, par exemple, ne m’a jamais gênée quand j’étais enfant) si certains éléments peuvent sembler incompréhensibles aux enfants. Ce qui me dérange, en revanche, c’est le fait que l’écriture ait été considérablement appauvrie : peu de vocabulaire et très basique, des phrases très simples, le passé simple systématiquement remplacé par le présent. Nos enfants sont-ils plus bêtes que nous ne l’étions à leur âge? Sont-ils incapables d’être sensibles à la beauté de la langue? Je ne le crois pas. Cette écriture très pauvre n’est pas l’apanage de cette série car je l’ai retrouvée dans d’autres collections de la Bibliothèque Rose (Esprits fantômes par exemple, série pour laquelle ni la bestiole ni moi n’avons eu envie de poursuivre après le premier tome) et même de la Bibliothèque Verte (l’écriture des livres de la série Gormiti me navrait, heureusement qu’ils sont passés de mode à la maison!). Ca me désole de voir que deux collections, qui ont tant compté pour moi dans mon enfance, m’apparaissent aujourd’hui comme de bien médiocre qualité par rapport à d’autres maisons d’éditions qui présentent des albums et romans pour les petits autrement plus intéressants et mieux écrits.

Je n’ai pas essayé de lire ce livre à la bestiole. Pour le moment, c’est trop long et trop descriptif pour lui. Mais qu’importe? Le Club des Cinq, Fantomette, Alice… m’ont accompagnée tout au long de l’école primaire et lui n’a que 6 ans. Je préfère lui laisser le temps de gagner doucement en maturité, et ressortir mes vieux livres dans 1 an, si je le sens plus prêt, plutôt que de lui en proposer aujourd’hui une version édulcorée.

Il y a encore un point qui fait que je suis attachée à mes vieux Club des Cinq : j’aimais beaucoup les illustrations de Jean Sidobre, et je les apprécie toujours autant, et je ne conçois pas les membres du Club des Cinq représentés autrement que par lui. J’ai été étonnée et intriguée d’apprendre, il y a quelques mois, que Jean Sidobre a également dessiné, sous le pseudonyme de Georges Lévis, des bandes dessinées à destination d’un public beaucoup plus adulte! Certains personnages féminins m’ont semblé être des Annie du Club des Cinq devenues femmes. J’ai bien envie d’aller y voir de plus près et j’en parlerai donc sans doute un jour ou l’autre dans la Lubriothèque. 

Pour l’heure, j’aurai encore le temps, en me pressant un peu, de lire un troisième livre pour le challenge de George. Je pensais initialement lire un autre Club des Cinq, mais maintenant que j’ai envie de les relire tous, idéalement avec la bestiole si un jour le coeur lui en dit, tous les billets tentants que j’ai pu lire me donnent envie d’exhumer plutôt un Fantomette. Je me déciderai la prochaine fois que j’irai chez mes parents, devant les rayons de ma bibliothèque!

 

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13 commentaires pour Le Club des Cinq et le trésor de l’île

  1. Alias dit :

    « le côté désuet de la comtesse de Ségur, par exemple, ne m’a jamais gênée quand j’étais enfant »

    Je crois que c’est l’occasion de justement avoir une dimension un peu plus imaginaire et surtout d’enrichir son vocabulaire et de se familiariser notamment avec le passé simple !!!!

    « Ce qui me dérange, en revanche, c’est le fait que l’écriture ait été considérablement appauvrie : peu de vocabulaire et très basique, des phrases très simples, le passé simple systématiquement remplacé par le présent. Nos enfants sont-ils plus bêtes que nous ne l’étions à leur âge? Sont-ils incapables d’être sensibles à la beauté de la langue? Je ne le crois pas.  »

    Je ne le crois pas non plus, mais c’est une tendance générale très malheureuse de céder à la facilité. Et là encore, tu n’as pas vu les programmes scolaires d’école élémentaire… Quelle différence en 30 ans !!!!

    Ma fille a pas mal accroché à fantomette et surtout au petit Nicolas. Je ne lui ai pas encore présenté de Club des Cinq. Elle a adoré les 2 séries des Spiderwick pour leur côté très fantastique. A 7 ans, elle a lu les 8 livres en 2 jours !!! Je crois qu’elle est déjà une sérial lectrice !!!!

    • Marie dit :

      Oh bah si, je me suis renseignée sur les programmes de l’école élémentaire et j’ai épluché soigneusement ceux de CP et CE1 quand je me demandais ce qu’on allait pouvoir faire du petit l’année prochaine et ça me navre!
      Fantomette, je n’essaierais même pas! Il me dirait que c’est pour les filles! Pour Le petit Nicolas, je pense qu’il n’est pas prêt, je vais attendre encore un peu. En revanche, j’ai testé en écoutant un audiolivre d’histoires du Petit Nicolas lues par Benoit Poelvorde et je me suis régalée!
      Lui aussi est très branché fantastique et fantasy. Mais il en est loin d’être au niveau de ta fille. Même s’il préfère de plus en plus les romans longs aux albums, dès qu’il n’y a pas d’action, il décroche. Et puis, pour le moment, on lui fait toujours la lecture. Je me demande ce que ça donnera le jour où on aura enfin réussi à le persuader que lire n’est pas trop compliqué pour lui et qu’il est parfaitement capable de le faire…

  2. Ping : Challenge Le Club des 5 «

  3. les Livres de George dit :

    Un billet très intéressant (comme toujours aurais-je tendance à dire) car tu montres la permanence du plaisir de lecture que j’ai ressenti aussi ! pour les nouvelles adaptations je ne sais pas d’où vient cette tendance à tirer vers le bas ! c’est assez désolant ! merci pour ta participation !

  4. Cora dit :

    bonjour, je découvre votre billet en me « baladant » sur le web.
    J’ai aussi replongé dans mes lectures d’enfance et j’ai été surprise de me prendre si bien au jeu que maintenant, je furète dans les vide greniers afin de compléter ma collection des Club des 5.
    Je redécouvre avec plaisir ce vocabulaire qui sent bon le « vrai » français, nourri et coloré ! J’ai acheté une version moderne ( qui s’appelle, les cinQ), déjà bien plus mince en pages et puis l’histoire se passe en… amazonie. Ouai, bof, on verra ce que ça donne !

    Bonne lecture à vous tous

    Amicalement,
    Cora

    • Marie dit :

      Tiens, je n’avais pas pensé aux vide-greniers. Ca me plairait aussi de compléter ma collection.
      N’hésitez pas à repasser pour me dire ce que vous aurez pensé de ce Club des Cinq nouvelle version!
      Bonne lecture!

  5. Man Ray dit :

    Bonsoir,
    j’ai aussi lu beaucoup de club des 5 dans ma jeunesse; moins de fantômette mais, je ne savais pas que Jean Sidobre en avait fait les illustrations de couvertures mais, je comprends mieux pourquoi j’adore sa série Liz et Beth… La bibliothèque verte ou rose n’avait plus de secret pour moi tellement j’en lisais. Une autre série que j’adorais et qui peut convenir à de jeunes enfants (8 ou 10 ans), c’est la série contes et légendes mais, je ne sais plus de quel éditeur.

    • Marie dit :

      Le thème de Liz et Beth ne me tente pas trop à la base mais j’ai envie de lire la série juste parce que j’adorais ses dessins quand j’étais petite. Je ne me souviens plus non plus de l’éditeur des Contes et légendes mais j’en avais plusieurs et j’aimais beaucoup.

      • Man Ray dit :

        Dernièrement et, par hasard, j’ai réussi à trouver en occase Les petites filles modèles que je n’avais pas et, il me manque encore les 2 histoires de Dodo que j’avais découvert dans l’écho des savanes dans les années 90.
        Et, contrairement au commentaire de S. sur son blog, j’adore son album : Les perles de l’amour ( découvert aussi dans l’écho des savanes); non pas pour l’histoire en elle même mais, plutôt pour ses dessins, qui sont superbes, tout en noir et blanc.

        • Marie dit :

          J’attache une grande importance à l’histoire, bien plus qu’au dessin en fait. C’est pour ça que j’aime bien suivre son blog, même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui, pour le peu que j’ai lu sur la masse de ce qu’il a chroniqué!
          Toi qui es un expert, il y a un autre auteur jeunesse dont je serais curieuse de découvrir la production érotique : Ungerer. Il y a moyen de trouver ce qu’il a fait autrement qu’en farfouillant chez les libraires d’occasion?

  6. cartonsdemma dit :

    Je viens de le finir avec le même ressenti que toi sur l’histoie, le vocabulaire, les illustrations, une chouette lecture

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