D’Artagnan – Journal d’un cadet

Après Milady de Winter, je poursuis ma découverte des adaptations en bande dessinée des Trois mousquetaires, dans le cadre du challenge Dumas d’Ankya.

Celle-ci est bien plus fidèle, tant dans la narration que dans le ton et la langue, au roman de Dumas, dont elle déroule l’intrigue chronologiquement (pour ceux qui n’auraient pas lu le roman, je vous renvoie paresseusement à mon billet pour la présentation de l’histoire). Et elle m’a beaucoup mieux plu.

Pas facile de résumer 700 pages de roman en 250 pages illustrées. Pourtant Nicolas Juncker s’en sort très bien. Alors que, dans Milady de Winter, il ne me semblait pas évident, pour quelqu’un qui ne connaissait pas l’histoire, de comprendre les tenants et aboutissants, la narration de D’Artagnan est claire et limpide. Il prend le temps de développer les passages importants et résume le reste, parfois dans un style graphique totalement différent (noir et blanc, texte plus important illustré de vignettes).

Le graphisme, simple, très « géométrique », m’a déroutée au départ et ne m’a pas trop plu. Mais, au fil de ma lecture, j’en suis venue à apprécier ce style, et ces visages qu’il arrive à rendre expressifs en quelques traits.

 Pour ce qui est du fond, cette adaptation, pour être fidèle, n’est pas pour autant dépourvue de personnalité. J’ai trouvé au contraire que Nicolas Juncker arrivait à s’exprimer sans trahir l’esprit du roman. Là encore, ça m’a semblé beaucoup plus réussi que dans Milady de Winter.

Il n’y a qu’un point sur lequel j’ai un peu tiqué. Il insiste pas mal sur les inégalités entre classes sociales, et la nécessité d’appartenir à la noblesse pour être quelque chose. C’est peut-être pour cette raison qu’il a fait de Porthos un roturier. Mais j’ai du mal à en saisir l’utilité?

En revanche, ce que j’ai apprécié, c’est que là où Dumas a peint des héros, des demi-dieux, lui nous montre des hommes. Bien que la conduite des personnages de Dumas soit loin d’être toujours irréprochable, leur courage, leur esprit, leur panache, font oublier leurs faiblesses et leur humanité. Nicolas Juncker nous montre leurs défauts, leurs doutes, les fissures dans leur amitié. Le personnage le plus intéressant est celui de D’Artagnan, jeune homme inexpérimenté qui ne sait pas se tenir en société et accumule les gaffes, est travaillé par sa libido mais ne sait comment plaire aux femmes et qui, surtout, loin de raffoler accumuler les combats, a peur de se battre et de devoir verser son sang, même s’il le fait avec bravoure lorsqu’il est au pied du mur. Là où Dumas a peint le siège de La Rochelle comme une joyeuse partie de campagne, Nicolas Juncker montre à ses lecteurs les horreurs de la guerre.

L’alternance de passages drôles et de passages plus graves ajoute une profondeur et une dimension intéressante au récit familier, que j’ai retrouvé avec plaisir. Pour la fan acharnée des Trois mousquetaires que je suis, cette adaptation est une réussite!

Mon exemplaire est édité par treize étrange mais une nouvelle édition va paraître chez Glénat le 26 octobre prochain.

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10 commentaires pour D’Artagnan – Journal d’un cadet

  1. les Livres de George dit :

    Une BD qui a l’air bien intéressante et parfaite pour le challenge DUmas ! je me suis prévue une nouvelle de Dumas pour ce mois-ci ;)

  2. Man Ray dit :

    J’ai découvert cet album, par hasard, à la bibliothèque jeunesse de ma ville et, après lecture, que j’ai bien appréciée, j’ai prévenu les bibliothécaires que cet album n’avait rien à faire en section jeunesse même si peu de jeunes enfants prendraient la peine de lire ces 250 pages; dans cet album, il y a des dessins qui ne sont pas à mettre entre toutes les mains.

    • Marie dit :

      Oui, je suis tout à fait d’accord. Ca m’a d’ailleurs un peu surprise car, avant de l’avoir lue, j’aurais spontanément plutôt mis les adaptations des Trois mousquetaires en BD en jeunesse. J’en ai repéré une autre adaptation en 4 tomes qui m’a l’air plus orientée jeunesse. Puisque je suis sur ma lancée, je la lirai aussi. Et, pour être exhaustive sur le sujet, je lirai également l’adaptation érotique sur laquelle je suis tombée par hasard.

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  4. Mo' dit :

    Je note donc… d’un autre côté, ce qui me plaisait dans Milady de Winter, c’est justement le fait qu’on se décale un peu des personnages habituels de Dumas. Le fait qu’Agnès Maupré s’attarde sur Milady change un peu des explorations habituelles dans l’univers de Dumas

    • Marie dit :

      L’approche est différente : Nicolas Juncker est beaucoup plus fidèle à Dumas sur la forme, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais il s’en affranchit sur le fond. Je trouve qu’il se réapproprie l’oeuvre avec succès pour en donner sa propre vision, et il a plus de choses à dire qu’Agnès Maupré et les dit d’une façon plus réfléchie. Je le trouve tout de même pas mal décalé par rapport à Dumas, du fait de ses personnages qui sont beaucoup moins lisses que dans le roman. Ce qui fait que, même s’il en malmène certains quasiment autant qu’Agnès Maupré, je trouve ça intéressant. D’Artagnan a une vraie épaisseur.

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