Les charmes discrets de la vie conjugale

Le roman se divise en deux parties. La première se déroule au début des années 70s et la seconde 30 ans plus tard, en 2003. Au début du récit, la narratrice, Hannah, est étudiante. C’est une jeune fille écrasée par les personnalités flamboyantes de ses parents. Son père, un universitaire, est célèbre et relativement médiatisé en raison de son opposition à l’intervention américaine au Vietnam. Sa mère, une artiste, se montre dure et cassante avec elle, et est affligée des aspirations conventionnelles d’Hannah. Celle-ci, en effet, rencontre à l’université un jeune médecin bien sous tous rapports et, plutôt que de profiter de sa jeunesse pour découvrir le monde (et, en particulier, la France) comme tout le monde l’y encourage, préfère épouser son amoureux et s’enterrer avec lui dans une petite ville de province. Le bonheur? Pas tant que ça. C’est pour cette raison que, telle Emma Bovary, elle se laisse tenter par l’imprévu quand celui-ci surgit dans sa vie.

Autant le dire tout de suite, cette découverte de Douglas Kennedy ne m’a pas vraiment convaincue. Il m’a fallu à peu près 250 pages pour rentrer dedans (le roman en compte un peu plus de 500). Mon souci, c’est que je n’ai pas éprouvé d’empathie pour la narratrice. Bien qu’elle fasse par endroits la preuve qu’elle est une femme forte, énergique et pratique, sa mollesse m’a énervée : elle ne choisit pas sa vie en fonction de ce qu’elle a envie de faire, mais en fonction de ce qui lui fait le moins peur, de ce qui est le moins aventureux. Et, au final, elle m’a donné l’impression d’être passée à côté de sa vie. Si bien que, dans la deuxième partie, où l’on voit son univers qui s’écroule, j’ai moins compati à ses malheurs que pensé qu’elle récoltait ce qu’elle avait semé. Ce sont en fait les personnages des parents qui m’ont semblé les plus intéressants, peut-être parce que les plus complexes ou, tout au moins, les plus ambivalents.

Bien plus que la description d’un cercle familial, ce roman est le récit d’une vie qui bascule. L’héroïne voit tout ce qu’elle a construit s’effondrer, alors que les malheurs lui tombent dessus, et elle doit essayer de faire face. J’ai trouvé que tout ce qui lui arrivait faisait un peu beaucoup et que la concomitance de certains événements était assez peu crédible. Je fais notamment allusion à ce qui touche à la fille d’Hannah, qui se déclenche alors que le passé de celle-ci ressurgit (vous noterez mes efforts pour ne pas spoiler!). Par ailleurs, les ficelles narratives sont parfois un peu grosses. Ainsi, l’auteur va donner une information au détour d’une phrase, mais Hannah n’y a pas prêté attention et ne s’attend pas au nouveau coup qui va s’abattre sur elle, tandis que le lecteur anticipe et peut compatir à l’avance… ça m’énerve, comme procédé! Les trucs d’un magicien ne doivent pas se voir, sinon le spectacle perd tout son charme! Je n’avais jamais lu de roman de Douglas Kennedy auparavant, mais j’avais vu au cinéma L’homme qui voulait vivre sa vie et j’ai eu l’impression de retrouver un peu la même trame : un héros qui ne mène pas la vie qu’il voulait mais qui pensait avoir construit une famille heureuse et stable voit son bel édifice s’écrouler d’un coup. Même la fin m’a semblé similaire, mais je ne sais pas si le film se termine de la même façon que le roman? Toujours est-il que ça m’a amenée à m’interroger sur la capacité de Douglas Kennedy à se renouveler.

 Au-delà de la chronique familiale, Les charmes discrets de la vie conjugale se veut une critique de la société américaine. Il y est question, entre autres, du consumérisme, du manque d’intérêt pour la culture, des médias, mais surtout de politique. En effet, le roman a été publié en 2005, au début du deuxième mandat de Bush, et l’auteur clame haut et fort son rejet de l’Amérique de celui-ci. Il évoque largement la bigoterie et la question de l’avortement, mais fait également allusion à pas mal d’autres choses, de l’intervention en Irak aux attaques contre l’enseignement des théories darwinistes dans les écoles. Si le fond m’a bien plu, j’ai regretté que ses personnages soient très binaires : les démocrates gentils, intelligents, cultivés, ouverts d’esprit… contre les républicains bêtes et méchants aux vues étriquées. Malheureusement ce n’est pas si simple que ça et je trouve que cette présentation caricaturale dessert son propos en lui enlevant beaucoup de sa force et de sa crédibilité.

 Au vu de tout ce que je viens de dire, on pourrait croire que le roman ne m’a pas du tout plu! Ce n’est pas le cas. Une fois que j’ai réussi à m’intéresser à l’histoire, je l’ai dévoré : c’est d’une lecture facile et pas désagréable. Comme je l’ai dit, les personnages des parents m’ont bien plu. Et j’ai apprécié qu’il termine son roman sur une fin ouverte plutôt que sur une happy end conforme à la morale. Mais je ne ressens pas l’envie pressante de courir en librairie me procurer un autre de ses romans.

Ce billet aurait dû paraître le 30 novembre, car il faisait l’objet d’une LC avec Mia, qui a été d’une ponctualité remarquable, et George, qui semble aussi dépassée par les événements que moi!

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13 commentaires pour Les charmes discrets de la vie conjugale

  1. Mia dit :

    Hello la belle !
    Tout comme moi, « Les charmes discrets » est le seul roman de Douglas Kennedy que j’ai lu.
    J’avais découvert ce roman il y a déjà quelques années et j’ai pris plaisir à m’y replonger.
    Alors effectivement, un avis plus positif que toi même si je trouve parfois Hannah un peu énervante et ses enfants caricaturés au possible donc peu crédibles …. Kennedy aurait pu se passer de cette histoire sur la fille d’Hannah qui finit par être un peu bancale !
    Mais dans l’ensemble j’ai apprécié cette lecture sur la vie, les sentiments et leur fragilité.
    Merci pour cette lecture co, bises !

  2. Aaliz dit :

    De Douglas Kennedy, je n’ai lu que son dernier roman « Cet instant-là ». J’avais dit que je ne poursuivrai pas ma découverte de cet auteur et je dois dire que ton billet me conforte dans ma décision. D’ailleurs je retrouve dans ta critique certaines des sensations que j’ai eues, une impression d’exagération, de personnages trop caricaturaux. C’est vrai que ça se lit bien mais je ne suis pas plus convaincue et enthousiasmée que ça …

  3. jerome dit :

    Jamais lu Douglas Kennedy. Pas sûr d’avoir envie de m’y mettre du coup…

  4. je suis à la bourre !!!!!! j’en suis à peu près à plus de la moitié…. cette semaine s’annonce plus calme !!! donc je devrais le finir cette semaine !!! pardon pour ce retard !

  5. Ping : “Les Charmes discrets de la vie conjugale” Douglas Kennedy « Les Livres de George

  6. ‘a y est !!!!! billet publié et beaucoup de points communs avec toi (ce qui ne m’étonne pas!), je l’ai lu sans déplaisir (je vois que nous usons toutes les deux de belles litotes ;) ) malgré quelques petites réserves, bon on est d’accord ce n’est pas le livre du siècle mais il n’est pas désagréable !

  7. Theoma dit :

    J’avais bcp aimé La poursuite du bonheur mais j’ai arrêté avec l’auteur après ma déconfiture à la lecture de la femme du Vème…

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