Voyage de Paris à Java

Ouf! Pour une fois je suis à l’heure pour une LC! Je n’ai cependant pas bien grand mérite car, alors que la collection Babel le propose accompagné d’autres textes, je me suis paresseusement contentée de lire uniquement le Voyage de Paris à Java, qui n’occupe que 25 pages de mon édition de la Pléiade du tome 2 des Oeuvres diverses de Balzac. Ce petit récit, pour être court, n’en est pas pour autant dépourvu d’intérêt!

Il doit son origine à un séjour d’une dizaine de jours effectué par Balzac en novembre-décembre 1831 chez son amie Zulma Carraud. Les Carraud reçoivent un soir un collègue du colonel (qui est inspecteur de la Poudrerie d’Angoulême), M. Grand-Besançon, qui a voyagé en Asie. Ses récits fascinent tellement Balzac qu’il décide de les mettre par écrit. C’est chose faite dès janvier 1832 :

« Il y a un exemplaire pour le bon M. Grand-Besançon, dont je n’ai pas voulu citer le nom sans savoir si mes fervens éloges ne blesseraient pas sa modestie. Mais le fait est que l’Upah, la Javane, le Bengali, le Prêtre des singes, tout cela est consigné dans la Revue des Deux Mondes ou le sera bientôt. J’espère que vous verrez bien que j’étais entre vous trois en écrivant chaque ligne. »

Malheureusement, le projet de publication dans la Revue des Deux Mondes tombe à l’eau et ce n’est que le 25 novembre 1832 que le Voyage de Paris à Java paraît dans la Revue de Paris. Cette publication a été négociée à la condition que Balzac doublerait la longueur de son texte, qui a, par ailleurs, été considérablement remanié et corrigé par son auteur.

Si je n’ai pas senti en lisant le récit que Balzac avait dû « rallonger la sauce », je n’en suis pas moins étonnée car je trouve le texte très court… d’autant plus court qu’il est encore raccourci par une longue introduction, une conclusion et de nombreuses digressions. De ce fait, il ne correspond pas du tout à l’idée que je me fais des récits de voyageurs et sa lecture m’a beaucoup surprise.

Par ailleurs, ce texte détonne à mes yeux par rapport aux romans et essais que j’ai pu lire de Balzac, en ce sens qu’il s’y met lui-même en scène et que j’ai pu y retrouver le Balzac que j’ai appris à connaître en lisant sa correspondance.

« La traversée des Indes est fort coûteuse ; mais s’il est facile d’en chiffrer les dépenses quand on la fait, il est impossible de les arrêter quand on ne la fait pas, et alors elles deviennent ruineuses. En effet, que d’heures en vain consumées!… […] Je possède, entre autres sujets de dépenses, deux vases mexicains que m’a vendus Schoelcher, et qui me coûtent journellement trois ou quatre heures… »

En l’espace d’une page, on retrouve déjà trois des principales préoccupations de Balzac : l’argent, qu’il cherche à gagner par tous les moyens pour rembourser ses dettes et satisfaire ses goûts coûteux, le temps, qui lui fait cruellement défaut, et les beaux objets, dont il raffole.

Le récit de Java qu’il rapporte n’est pas ordonné chronologiquement. Il a procédé par une approche thématique, ne retenant que les traits les plus pittoresques. Le premier thème abordé est les femmes, à la beauté sensuelle et dangereuse. Balzac s’est tellement laissé emporter dans sa description que quelques phrases ont été supprimées avec son accord avant la publication. Mais, parce que c’est Balzac, ces femmes si attirantes sont forcément riches et titrées.

 Il parle ensuite d’un oiseau, le bengali, que j’ai été amusée de trouver là, car c’est ce nom qu’il emploie pour désigner une certaine partie de son anatomie dans ses lettres les plus passionnées à Mme Hanska. De là il passe à la végétation et évoque d’abord une plante à fleurs, le volcameria. Là encore, le nom m’était familier, mais ce n’est qu’en lisant les notes que la mémoire m’est revenue : la note expliquait en effet que ce paragraphe était un clin d’oeil à Zulma Carraud. Je me suis alors souvenue que dans la correspondance échangée avec son amie, tous deux évoquent cette plante dont Zulma avait un spécimen chez elle et dont Balzac aimait beaucoup le parfum.

 Plus loin encore, Balzac évoque brièvement le thé, ce qui lui donne l’occasion d’une digression à propos du vin, du café et de l’opium. Ce passage m’a spontanément fait penser au Traité des excitants modernes, dont je ne garde qu’un souvenir trop flou et que je compte relire.

 Tout dans cette description de choses vues (ou supposée vues) à Java, qu’il s’agisse de gens, de plantes ou d’animaux, est bourré de clichés, quand ça ne relève pas purement et simplement du fantastique. On n’a pas affaire ici à un récit scientifique, mais à un orient rêvé et fantasmé, où la beauté et les dangers se côtoient, un orient de conte de fées qui fascine et attire. Et j’ai eu en lisant ce récit cette même impression que j’ai parfois eue en lisant la correspondance de Balzac mais qui ne ressort pas dans ses romans et essais, l’impression qu’il subsistait quelque part en lui un enfant rêveur et ébloui. Et ça m’a donné furieusement envie de me plonger dans le premier tome de sa Correspondance (toujours dans la Pléiade!) qui sommeille depuis belle lurette dans ma PAL.

Cette lecture faite avec Nathalie entre bien évidemment dans le cadre du challenge Balzac.

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12 commentaires pour Voyage de Paris à Java

  1. Ping : Petit aparté balzacien | La lubriothèque

  2. nathalie dit :

    C’est vrai que c’est un livre curieux, on a un peu de mal à le placer parmi la bibliographie balzacienne. Ça ne ressemble pas du tout à ses romans, une jolie découverte.

    • Marie dit :

      Il a fait plein de choses amusantes ou intéressantes à côté de ses romans, en fait. Il y a plein de choses à découvrir dans sa bibliographie! Faudra que je regarde ce qui est facilement trouvable en librairie pour proposer d’autres LC.

  3. grillon dit :

    Je dirais bien, comme chez Nathalie, que je suis intriguée. Le mot  » lubriothèque  » m’amuse !

    • Marie dit :

      Laisse-toi pousser par la curiosité! Ce petit texte est amusant et montre une autre facette de Balzac. Quant au mot « lubriothèque », malheureusement je ne l’ai pas trouvé, je n’ai fait que l’emprunter, mais c’est celui qui me semblait le plus approprié pour ce que je voulais faire sur mon deuxième blog.

  4. tu me donnes furieusement envie d’aller lire ce récit !!!!

  5. jerome dit :

    J’ai beaucoup de mal avec Balzac. Trop de disgressions, trop d’interminables descriptions… Je préfère largement Zola (d’ailleurs dans mes bonnes résolutions 2012 consistant à me plonger dans les classiques, je compte bien lire Le bonheur des dames. Par contre, pas de Balzac au programme !).

    • Marie dit :

      Je m’insurge! Pour les digressions, c’est vrai qu’il en fait beaucoup (moi, j’aime bien). Mais j’ai justement créé ce challenge pour montrer que Balzac ne se réduit pas à d’interminables descriptions (moi aussi j’avais gardé un souvenir douloureux de la description de Saumur dans Eugénie Grandet étudiée au collège) et qu’il a écrit des oeuvres très variées.
      Moi c’est avec Zola que j’ai du mal. J’ai beaucoup aimé Le bonheur des dames mais les quelques autres que j’ai lus étaient beaucoup trop sombres et déprimants pour moi!

  6. Ping : La fille aux yeux d’or | Et puis…

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