Le colonel Chabert

J’avais déjà lu Le colonel Chabert deux fois, quand j’étais au lycée et il y a une dizaine d’années, aussi je me souvenais bien du thème de ce court roman : le colonel Chabert, valeureux soldat de Napoléon, a été laissé pour mort sur un champ de bataille. Après un long périple, il parvient à revenir en France en mendiant. Une désagréable surprise l’y attend. Puisqu’il était considéré comme mort, ses biens ont été attribués à des oeuvres, conformément à son testament, et le reliquat a été donné par l’empereur à sa femme qui, se croyant veuve, s’est remariée. Le colonel Chabert s’adresse à l’avoué Derville pour récupérer sa femme et ses biens.

En revanche, je ne me souvenais plus du tout de la fin de l’histoire (toujours ma fichue mémoire de poisson rouge!). Celle-ci ne m’est revenue que lorsque j’ai attaqué les premières pages… et là, j’ai un peu regretté de m’être embarquée dans cette LCA (lecture commune approximative, ce concept prometteur a été inventé par Nathalie pour l’occasion) car Le colonel Chabert est loin d’être le roman de Balzac que je préfère. Maintenant que c’est fait, je trouve au contraire que cette LCA était une très bonne idée, car George et Nathalie ont eu des interprétations que je trouve très intéressantes et auxquelles je n’avais pas pensé.

Ainsi, George voit en Chabert le symbole des soldats napoléoniens qui ont perdu rang et fortune à la chute de Bonaparte. Le roman de Balzac se passe sous la Restauration. La société a changé et Chabert n’y a plus sa place.

Nathalie nous invite à l’indulgence vis à vis de la comtesse Ferraud, la femme de Chabert. Certes, c’est une garce, mais c’est grâce à sa fortune qu’elle a pu s’assurer une place dans le nouvel ordre social en concluant un mariage avantageux et, dans une société où les femmes n’avaient que peu de liberté, elle a peu de marge de manoeuvre et cherche naturellement à protéger ses enfants.

Je reconnais la justesse de leurs arguments et cela m’amène à tempérer un peu mon jugement. Néanmoins je ne peux m’empêcher de me sentir énervée face à ce personnage qui se sacrifie pour une garce. C’est sans doute un acte sublime, mais moi ça me paraît juste idiot. Je ne comprends pas qu’il ait pu se donner tant de peine pour survivre et revenir en France et baisser les bras si facilement. Pour moi, ça n’a pas de sens.

Mon sentiment n’est pas cependant pas complètement négatif, loin de là. C’est toujours un régal d’écriture et il y a toute une partie qui nous montre, avec un certain humour, la structure hiérarchique et le fonctionnement d’une étude d’avoué. C’est un univers que Balzac connaît bien puisqu’il a lui-même, dans sa jeunesse, travaillé trois ans comme clerc dans l’étude d’avoué de Maître Guillonnet-Merville. Les personnages qu’on croise dans cette étude sont, par ailleurs, des figures familières : Maître Derville est l’avoué de La comédie humaine. Il rencontre ici le notaire Alexandre Crottat, qui était l’un des personnages de César Birotteau. On peut suivre également, au fil des oeuvres de La comédie humaine, l’évolution des carrières de Godeschal et Desroches, qui ne sont encore que troisième et quatrième clercs de Derville. J’ai apprécié cette touche de légèreté dans un roman qui est, dans l’ensemble, sombre et cruel.

Cette LCA s’inscrit dans le cadre du challenge Balzac et également dans celui du Challenge Justice de Yuko.

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12 commentaires pour Le colonel Chabert

  1. Aaliz dit :

    Je ne connais pas ce titre de Balzac et ton avis m’intrigue. Je crois bien que je le lirai pour ton challenge ( il serait temps que je m’y mette !).
    PS: J’avance bien dans le Proust, je l’aurais peut-être terminé plus tôt que prévu. ( vraiment désolée, j’ai un mal fou à gérer mon planning lecture … :s )
    PS 2 : (et c’est mon dernier hors-sujet promis !) As-tu lu « A l’ombre des jeunes filles en fleur » ? Il me semble que oui ? C’est juste pour savoir si tu aurais aimé poursuivre La recherche …

    • Marie dit :

      Je ne pensais pas que mon billet inciterait à découvrir ce roman mais je suis enchantée que ce soit le cas!
      Pour le challenge, tu as encore plus d’un an!

      J’ai bien avancé aussi dans le Proust… mais j’ai freiné depuis car j’ai plein de billets en retard et pas le temps d’écrire! Mon planning de lecture est aussi très chaotique! On se tient au courant?

      J’ai toute la Recherche et je comptais bien tout relire, petit à petit. Je pensais proposer de poursuivre avec A l’ombre des jeunes filles en fleur pour quelque chose comme mai-juin. Si tu es motivée pour qu’on poursuivre ensemble, j’en serais ravie!

      • Aaliz dit :

        Ah mais je serais très contente de poursuivre La recherche avec toi ! Tu peux compter sur moi ;)
        Pas de soucis pour « Du côté de chez Swann », prends ton temps, je te préviendrai quand j’aurais terminé ou tu me préviendras quand tu auras terminé.
        Et pour Balzac, j’avais pourtant lu « L’auberge rouge », « L’élixir de longue vie » et « Un drame au bord de la mer » mais je n’ai pas écrit de chronique ( à force de repousser au lendemain …). Mais bon, c’est vrai qu’il reste du temps (ouf !). Si tu lances une LC avec jerome, je peux m’incruster ?

  2. Finalement c’est peut-être tout simplement parce qu’il est encore amoureux de sa femme qu’il abandonne, et que si elle ne l’aime plus, il n’a plus rien, donc autant renoncer ! c’est en tout cas comme cela que je le comprends !
    J’aime beaucoup ton billet qui met en perceptive nos lectures ! ce roman m’a redonné envie de me plonger dans l’oeuvre de ce cher Honoré !

    • Marie dit :

      Oui, tu as raison évidemment. Il est encore amoureux et c’est ce qui motive son renoncement… Mais quand même, ça me défrise! :-)
      Contente que ça te donne envie de le lire! Je vais réfléchir pour faire des propositions de LC sur des textes courts et, si je peux, un peu originaux, mais ce serait pour l’été, au plus tôt. Là c’est l’anarchie totale dans mes lectures en ce moment!

  3. nathalie dit :

    Bonjour,
    je ne suis pas certaine d’être aussi indulgente que ça avec la comtesse. Il se trouve que sur le plan historique son comportement se justifie. Et sur le plan narratif aussi : parce que si le personnage de la comtesse avait tout sacrifié à son devoir, on aurait eu un roman exemplaire et saint-sulpicien, ce qui ne correspond pas du tout à ce que Balzac veut faire comme portrait d’une société.
    En ce qui concerne le personnage du colonel, c’est vrai qu’on a envie de le secouer mais ce que dit George me semble juste. Il n’est pas simplement vertueux/naïf mais à un moment il renonce et décide que cette société n’est plus lui, il renonce à se battre. Triste mais touchant et humain !
    C’était bien cette LCA, on a toutes redécouvert un classique ! à bientôt !

    • Marie dit :

      Ton jugement en tout cas est plus nuancé. Ce que j’ai trouvé intéressant c’est que vous avez toutes les deux plus creusé que moi, qui ai réagi de façon purement épidermique et ça m’a ouvert des horizons.
      Néanmoins je suis contente que tu aies aussi eu envie de le secouer.

  4. jerome dit :

    Bon, à force de présenter du Balzac tu vas finir par me convaincre de ressortir de ma bibliothèque un des rares volume de cet auteur s’y trouvant. Je dois avoir La duchesse de Langeais, La fille aux yeux d’or et Le Chef d’œuvre inconnu (des lectures de lycée que j’ai gardé comme des reliques !). Tu me conseilles lequel ?

    • Marie dit :

      Non? C’est vrai? Tu veux réessayer Balzac? C’est cool!
      J’hésite entre La duchesse de Langeais et La fille aux yeux d’or…
      Je ne me suis pas encore trop penchée sur la question mais j’envisageais de proposer une LC autour de l’Histoire des Treize (Ferragus et/ou La duchesse de Langeais et/ou La fille aux yeux d’or) vers le mois de juin ou quelque chose d’approchant. Est-ce que ça pourrait te tenter?

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