La tante marquise

J’ai découvert Simonetta Agnello Hornby il y a déjà quelques années, grâce à son premier roman L’amandière, que m’avait offert ma meilleure amie. Ce roman, dont j’avais aimé tant le fond que la forme, m’avait marquée par son originalité. En effet, L’amandière débute au moment du décès de son héroïne dont le lecteur découvre peu à peu, au fil du livre, la vie et la personnalité, au travers des conversations des gens qui l’ont cotoyée.

Cette fois encore, le roman raconte la vie d’une femme, Costanza Safamita, née dans une famille de l’aristocratie sicilienne en 1859. Le mode de narration est, cependant, plus classique, et c’est de façon chronologique que l’on découvre le destin tragique de la jeune femme. Le récit est néanmoins régulièrement interrompu et complété par la nourrice de Costanza qui, de la grotte où elle s’est retirée avec la jeune nièce dont elle a la charge, égrène ses  souvenirs. Je précise que je ne spoile pas : dès les premières pages on comprend que, en 1898, date à laquelle la nourrice, Amalia, évoque sa vie chez les Safamita, Costanza est déjà morte.

Le parallèle entre les deux femmes est intéressant car, bien que l’une soit au sommet de l’échelle sociale et l’autre en bas, la vie ne les a pas plus épargnées l’une que l’autre et Amalia, bien qu’elle ait été séparée de force de son bébé par sa belle-mère pour devenir nourrice, et en dépit de sa pauvreté, a presque eu une vie plus douce que Costanza qui a passé l’essentiel de son existence à chercher à être aimée. On peut relever également d’autres similitudes : le peu de latitude des femmes dans ce monde d’hommes, quel que soit le rang qu’elles occupent dans la société, et l’importance de la famille.

Le monde dans lequel les deux femmes évoluent repose sur le respect des convenances et des traditions, mais c’est également un monde qui est en train de changer, et le contexte historique dans lequel s’inscrit ce récit domestique est très intéressant. La Sicile fut, en effet, envahie en 1860 par une petite armée dirigée par Giuseppe Garibaldi (l’expédition des Mille), qui chassa les Bourbon-Sicile de l’île, et annexa ainsi le royaume des Deux-Siciles au royaume d’Italie qui était en train de se constituer sous l’impulsion de Victor-Emmanuel II de Savoie. Cette unification du pays et ce changement de souverain sont mal vécus par la plupart des personnages, d’autant plus qu’ils donnent naissance à un vent de rébellion parmi les ouvriers employés par les Safamita et que les rapports de force changent. En parallèle, l’autorité des aristocrates commence à être peu à peu grignotée par la mafia qui nait précisément en Sicile, au cours des années 1860, et dont il est souvent question dans le livre.

Bien que le roman soit sombre et dur, et en dépit de mes envies actuelles de légèreté, je l’ai trouvé passionnant bien plus que déprimant. J’ai tourné les pages avec rapidité, constamment désireuse de savoir ce qui allait se passer ensuite. Si je devais émettre un regret, ce serait à propos de la tournure romantique que prennent les derniers chapitres, qui m’a semblé un peu moins intéressante que le reste du roman. J’aurais préféré que Costanza vive plus longtemps pour apprendre comment son monde allait continuer d’évoluer, mais sans doute les Safamita n’y avaient-ils plus leur place?

Tout autant que dans L’amandière, j’ai apprécié l’écriture que je trouve très agréable. Ce roman est donc un coup de coeur, qui m’a permis de renouer, après quelques semaines un peu difficiles, avec le plaisir de la lecture.

Il s’inscrit évidemment dans le challenge Il viaggio et me permet de le réussir, alors que je viens à peine de m’y inscrire!

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4 commentaires pour La tante marquise

  1. nathalie dit :

    Voilà un roman dont je n’avais pas du tout entendu parler et qui a l’air bien intéressant. On connaît mal en France l’histoire de l’Italie en général. Ton billet est bien noté ! merci.

    • Marie dit :

      D’où l’utilité de ce voyage auquel tu nous convies! C’est un auteur qui, je trouve, mérite vraiment d’être découvert.

  2. jerome dit :

    Jamais entendu parler de cet auteur. Il faut dire que je ne connais quasimment rien de la littérature italienne. Un nom de plus à noter dans mon petit carnet. Je vais bientôt manquer de pages !!!

    • Marie dit :

      Ah oui, il faut la noter! Je n’ai pas le même problème : ma LAL est sur informatique. Mais quand je vois que je dépasse les 700 titres et que ça ne va pas en diminuant, ça me fait peur!

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