Elégie en rouge

Voilà déjà plusieurs semaines que j’ai lu ce manga, mais j’ai traîné pour écrire ce billet car je ne voyais rien de pertinent à dire à son sujet. Les quelques paragraphes explicatifs qui figurent à l’intérieur de la couverture m’ont fourni quelques clés de compréhension bien utiles sans lesquelles j’aurais été encore plus perdue. J’ai néanmoins le sentiment que beaucoup d’éléments me manquent et qu’un appareil de notes ou un dossier n’auraient pas été du luxe pour que je puisse arriver à saisir ce que l’auteur a voulu exprimer.

 Elégie en rouge est paru en 1970-1971 dans la revue Garo, célèbre mensuel né dans les années 60s qui s’adressait à un public plutôt adulte et faisait la part belle aux oeuvres d’avant-garde.

 A propos du contexte du manga, l’éditeur explique :

« Le Japon connut à la fin des années 1960 une période extrêmement troublée, le soulèvement de la jeunesse y prenant des formes souvent plus radicales que ce qu’on observait en occident. Les attentes et la frustration de cette génération étaient immenses et le foisonnement artistique qui l’accompagna fut prodigieux. Mais la répression féroce que le pouvoir opposa à ce mouvement brisa les promesses et l’énergie qu’il dessinait, plongeant le pays dans la résignation.
Dans ce Japon post-1968, Ichiro et Sachiko, les deux héros d’Elégie en rouge, rêvent d’une vie meilleure. »

Et, à propos de la réception du manga :

« Le retentissement du livre est énorme, les jeunes citadins se retrouvant dans cette histoire qui reflète les états d’âme d’une génération en rupture avec la société traditionnelle. Leurs émois et leurs angoisses, leur désenchantement et leurs espoirs, ils les entendent dans cette chronique amoureuse qui ressemble si peu à ce qu’ont vécu leurs parents ; ce livre témoigne de ce qu’ils sont et le magnifie par une élégance formelle novatrice. »

Ce qui ressort pour moi essentiellement de ce manga, c’est le mal être, le mal de vivre des deux héros que je n’aurais pas compris sans les précisions sur le contexte historique que je viens de citer. Ce qui, je crois, a contribué également au succès du manga, c’est que l’époque à laquelle il est paru correspond aux débuts de l’amour libre, et que les deux héros vivent ensemble sans être mariés.

Ichiro veut devenir mangaka mais se heurte à des échecs. Il est également confronté à la mort de son père. Sachiko subit des pressions de la part de ses parents qui veulent qu’elle se marie et s’interroge. Entre eux deux, il y a beaucoup de tendresse et leur relation est touchante. Mais ils semblent très peu dialoguer et, quand ils parlent, c’est beaucoup plus pour échanger des banalités que pour parler de ce qui les touche et les fait souffrir. Ils me donnent l’impression de communiquer plus en faisant l’amour qu’en parlant. Au final, j’ai le sentiment qu’ils se soutiennent l’un l’autre dans leur solitude mais ne cherchent pas à être deux. Chacun reste muré dans sa solitude. Ils s’aiment mais ne semblent pas essayer de se comprendre.

Ce n’est cependant que mon ressenti, et c’est peut-être faux. Le manga ne comportant que peu de dialogues, j’en ai été réduite aux conjectures et j’ai le sentiment que beaucoup de choses m’ont échappé. Le dessin a contribué à renforcer cette impression.

La première chose qui m’a frappée, c’est que le dessin, au lieu d’être en noir et blanc, comporte une troisième couleur : le rouge. Ceci est un ajout pour l’édition française, et j’ai plutôt bien aimé. Ensuite, le style du mangaka m’a paru extrêmement déroutant, car il change constamment. La plupart du temps, les personnages ne sont pas très détaillés et le décor est sommaire, voire inexistant. Puis, à d’autres moments, les décors sont extrêmement travaillés ou l’auteur ne nous montre qu’un paysage. Le style change également constamment. Certains paysages m’ont fait penser à Hokusai. Le trait devient, par moments, très occidental, comme lorsqu’il reproduit un portrait de James Dean. Si le fond de certaines cases est blanc, d’autres regorgent de détails. J’y ai repéré King Kong, une évocation de personnage de Walt Disney et bien d’autres choses encore, et je suis persuadée qu’il y a une tonne d’autres références culturelles qui m’ont échappé. De plus, je ne sais même pas comment interpréter celles que j’ai repérées.

Si j’ai apprécié ce que j’ai pu deviner de la profondeur du manga et si j’ai été touchée par les personnages, j’ai surtout été déroutée et frustrée par ma lecture. Elégie en rouge s’inscrit dans un contexte historique et culturel dont je ne sais rien et qui m’échappe complètement. Si bien que j’ai l’impression de ne pas avoir les clés qui me permettraient de comprendre le manga. J’ai l’impression de n’en avoir fait qu’une lecture de surface et d’être passée complètement à côté de ce qui fait sa richesse. C’est une impression assez désagréable. Je vais le garder précieusement et je le ressortirai si je pense un jour être plus à même de le comprendre.

Rien à voir avec la choucroute : ce blog fêtait aujourd’hui ses deux ans. Je n’ai pas eu le courage ni l’inspiration pour préparer quelque chose à cet effet, mais je voudrais profiter de l’occasion pour remercier mes lecteurs, habituels ou de passage, et vous dire le plaisir que j’ai à échanger avec vous à propos de nos lectures respectives.

Elégie en rouge
Seiichi Hayashi
Editions Cornélius

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12 commentaires pour Elégie en rouge

  1. estellecalim dit :

    Bon blog anniversaire, alors :D

  2. Yuko dit :

    Ca me rappelle dans son thème le manga « Lorsque nous vivions ensemble »… qui retrace également la vie tantôt heureuse, tantôt tragique de deux jeunes gens qui vivent sous le même toit sans être mariés :) Tu connais ?

  3. jerome dit :

    Pas du certain d’accrocher. Je n’aime pas manquer des « clés » nécessaires à la compréhension d’un texte. Quand c’est le cas j’ai tendance à abandonner la lecture, tout simplement.

    • Marie dit :

      En fait, je l’avais commencé une première fois et je l’ai abandonné parce que j’avais l’impression de n’y rien comprendre. Puis je l’ai repris et, cette fois, j’ai accroché. Mais je n’aime pas non plus cette sensation.

  4. etangdekaeru dit :

    Tout d’abord très bon blog anniversaire :) C’est parfois difficile de rester régulier, mais tu ne lâches pas, tu nous fais toujours partager tes trouvaille. Pour « Elégie », ta critique ne me motive pas trop à la lecture. J’ai l’impression qu’il manque un travail de l’éditeur pour justement remettre l’ouvrage dans son contexte avec peut-être des notes ou une post-face. Surtout qu’en ce moment, je ne lis quasi-plus de manga !

    • Marie dit :

      Merci! Non seulement je ne lâche pas, mais je vais bientôt pouvoir être plus présente!
      Je me rends bien compte que ma critique n’est pas très motivante. C’est dommage parce qu’avec plus d’indications pour que le lecteur occidental puisse se repérer, la lecture en vaudrait vraiment la peine.
      Manque de motivation ou manque de temps pour les mangas?

      • etangdekaeru dit :

        J’ai piqué une grosse colère en apprenant la fin du manga « un drôle de père ». Comme je suis assez peu de série, m’être énervée à jouer sur mes envies de lectures. En ce moment, je lis plus de romans et surtout, j’écris :) Mais je vais quand même me relire les Mushishi, continuer Nastsume Yujinchou, Dorohedoro… ^_~

        • Marie dit :

          J’imagine sans peine pourquoi! Cette fin ne m’a pas choquée car elle m’a fait penser au Bossu, de Paul Féval, mais j’ai quand même été déçue car j’avais espéré que l’histoire se termine différemment.

  5. etangdekaeru dit :

    Je pense que je vais revendre ma série. C’est une perversion tellement rependue au Japon qu’ai trouvé cela vraiment nul. Et puis totalement incohérente avec tout le reste de la série. Ce n’est pas la fin en soit qui me choque mais le retournement qu’elle implique et sa totale absurdité avec la psychologie des personnages. Une fin pour faire parler, et faire des sous. Commerciale à fond.

    • Marie dit :

      Elle s’en sort tout de même avec une pirouette pour qu’il n’y ait pas de lien de parenté entre eux. Mais c’est vrai que ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Visiblement la fin a choqué/déçu beaucoup de lecteurs ici. J’aimerais bien savoir si elle a eu la même réception au Japon ou si elle a moins dérangé.

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