Ferragus

Je démarre ce mois de LCA (lecture commune approximative) consacré à l’Histoire des Treize avec le premier épisode de cette trilogie.

Le jeune Auguste de Maulincour brûle d’un amour sans espoir pour Mme Jules, une belle jeune femme qui présente cette caractéristique étonnante de former avec son mari un couple uni et très amoureux. Il l’aperçoit un soir pénétrer dans une maison d’une rue mal fâmée. Ne voyant qu’une explication possible à la présence de la jeune femme dans ce quartier à cette heure tardive, il fait tomber du piédestal où il l’avait placée son ancienne idole, qu’il juge désormais dépravée. Partagé entre la haine et l’envie de posséder celle qui lui parait maintenant accessible, Maulincour se lance à corps perdu dans une enquête, afin de découvrir à qui Mme Jules rend visite.

En lisant les premières pages de ce court roman, dans lesquels Balzac décrit les différents visages que montre Paris dans ces différents quartiers, j’ai repensé à César Birotteau, qui nous avait semblé, à Nathalie et moi, d’un accès facile et une bonne porte d’entrée pour accéder à l’oeuvre de Balzac. Ferragus n’a pas ce même accès facile, ce qui m’a surprise car j’avais le souvenir d’une histoire dans laquelle il y avait de l’action et je ne m’attendais pas à ce démarrage assez lent.

J’ai ensuite pensé à Madame Firmiani, car les deux récits ont pour héroïne une femme qui est soupçonnée sur des apparences. Cependant, dès que l’action démarre, Ferragus prend une tournure radicalement différente et s’apparente plutôt à un roman noir : enquêtes, espionnage, tentatives de meurtre.

Balzac, néanmoins, touche à tout. Son récit lui est également l’occasion, à plusieurs endroits, de se livrer à une analyse de la société parisienne en dressant divers portraits, tels qu’une typologie des passants qui viennent se réfugier sous les porches par temps de pluie (je n’ai pas pu m’empêcher, en apprenant dans les notes que ce passage avait été écrit à l’origine pour la Théorie de la démarche, de me demander, sachant que Ferragus avait originellement été publié dans une revue, si Balzac n’avait pas simplement cherché à allonger la sauce) ou un portrait de la grisette… cause de cette réflexion de Zulma Carraud, l’amie de Balzac :

« Ferragus est superbe, mais il a des tâches qu’il faut lui enlever, parce qu’elles dénotent de l’irréflexion et que ça ne vous va pas. La grisette est de trop, toujours. […] Hors la grisette, parfaite du reste en son genre, mais hors-d’oeuvre là, tout est admirable. »

Par ailleurs, cette histoire sombre n’est pas dépourvue d’humour. Le dialogue entre le mari de Mme Jules et la mère de la grisette touche à la farce du fait du personnage de la vieille femme, qui cherche en vain à cacher son penchant pour le jeu. Et le personnage de la grisette elle-même est aussi drôle, en raison de sa maîtrise du français très approximative, qu’émouvant du fait de la pureté de ses sentiments.

Car Ferragus est également un roman d’amour, celui que porte Ida, la grisette, à Ferragus, et celui qui unit Clémence (Mme Jules) à son mari, tous deux étant bien plus amants qu’époux. Les échanges de ce couple donnent lieu à des pages très belles et très émouvantes.

Histoire tragique aux multiples rebondissements, Ferragus est un récit dont les pages se tournent très vite… et qui ralentit par moments pour faire place à l’observation et à l’analyse d’éléments de la vie parisienne. De ce fait, je ne pense pas qu’il soit l’oeuvre idéale à recommander à quelqu’un qui est resté traumatisé depuis le collège/lycée par Balzac et qui voudrait lui redonner une chance. J’avais proposé cette LCA parce que le souvenir que j’avais gardé de l’Histoire des Treize était celui de contes tragiques, merveilleux et sensuels qui se lisaient tout seuls, et je m’aperçois que je me suis trompée, au moins pour Ferragus, et que j’en avais occulté tout un pan. J’ai néanmoins eu grand plaisir à le relire.

Je ne sais pas si j’aurai le temps de lire les trois épisodes d’ici la fin du mois (ça me semble plutôt mal parti!) mais un billet sur le deuxième épisode, La duchesse de Langeais, devrait tout au moins suivre d’ici une dizaine de jours.

 

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12 commentaires pour Ferragus

  1. jerome dit :

    De mon coté, il va être difficile de lire la Duchesse de Langeais en juin. Disons plutôt après le 14 juillet. J’ai pas mal de partenariats à cloturer, j’ai reçu un titre de la future rentrée littéraire à chroniquer pour le site Libfly et la cloture du prix des jeunes lecteurs me prend un temps fou. Vivement les vacances !

    • Marie dit :

      Il n’y a pas de souci, je pense moi-même déborder sur juillet pour le dernier des trois. Bon courage pour la dernière ligne droite!

  2. mazel dit :

    Je pense lire « La duchesse de Langeais » juste après « Caïn » de Saramago… soit fin de la semaine prochaine, bises

  3. oups j’avais plus ou moins oublié cette LCA, je vais tenter d’en lire un avant fin juin. Peut-être pas Ferragus car ce début un peu dont tu parles ne passera pas en ce moment, alors que j’ai envie de lire vite. Je vais peut-être tenter la Duchesse de Langeais… enfin on verra !

    • Marie dit :

      M’étonne pas avec tout ce que tu as à lire et tous tes challenges! Je pense déborder un peu sur juillet avec La fille aux yeux d’or et, au vu du commentaire de Jérôme, je ne serai pas la seule. Ce n’est donc pas dramatique si tu débordes aussi!

  4. Estellecalim dit :

    J’avais lu les trois textes au lycée pour le bac de français, et c’est définitivement la fille aux yeux d’or qui m’avait le plus marqué, mais tu me donnes envie de les relire tous.

  5. Ping : Un été de lecture – point au 15 juin | Et puis…

  6. nathalie dit :

    Je viens d’entamer La Fille aux yeux d’or aujourd’hui même ! Je compte lire les 2 autres dans l’été, un par mois serait pas mal pour moi. Du coup, je n’ai pas lu ton billet, je me le garde pour quand j’aurai lu à mon tour Ferragus.

    • Marie dit :

      Moi je suis dans La duchesse de Langeais. Je pense lire La fille aux yeux d’or fin juin-début juillet. Moi non plus je ne lis pas les billets dans ces cas là.

  7. Ping : La duchesse de Langeais | Et puis…

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