Petite bibliographie de base concernant les EIP

EIP (enfant intellectuellement précoce) est, de nos jours, le terme politiquement correct et le plus commun pour désigner un surdoué. Il n’est cependant pas totalement satisfaisant, car il peut laisser entendre que l’avance intellectuelle de l’enfant n’est que temporaire et qu’il sera rattrapé quand il sera plus grand, ce qui n’est pas le cas. On naît surdoué et on le reste toute sa vie. On parle de plus en plus d’enfant (ou d’adulte) à haut potentiel (ou HPI = à haut potentiel intellectuel), ce qui semble plus juste car, si le potentiel existe, la personne qui le détient n’arrive pas forcément à le réaliser. Certains auteurs, comme Arielle Adda, parlent d’enfants doués. Et on trouve également parfois le terme de HQI (à haut QI – la précocité intellectuelle étant définie comme étant caractérisée par un QI supérieur, selon les spécialistes, à 125 ou 130), voire même de THQI, pour ceux dont le QI dépasse les 145.

Les EIP sont, depuis quelques années, beaucoup plus médiatisés qu’ils ne l’étaient autrefois, et mieux repérés, mais l’image qu’on a d’eux est encore, bien trop souvent, caricaturale ou erronée. Selon qu’on place la barre à 125 ou à 130, cela représente 2 à 5% de la population, soit environ un gamin par classe de 30 élèves. Un EIP n’a pas forcément de profil de premier de la classe et, dans certains cas, ne présente aucune avance scolaire. Selon une étude célèbre, 1/3 d’entre eux serait même en échec scolaire. Il arrive également fréquemment qu’un EIP soit brillant sans effort dans le primaire, et s’écroule au collège ou au lycée parce qu’il ne sait pas travailler, n’ayant jamais eu besoin de le faire auparavant.

On a coutume de relever certains traits de caractères qui reviennent régulièrement chez les EIP : l’hypersensibilité, l’hyperesthésie (sens exacerbés), l’empathie, le sens de l’humour, la sensibilité à l’injustice, un souci de la précision qui peut les pousser à reprendre les adultes en toute innocence, un intérêt précoce pour les grandes questions : origines de l’homme et de la Terre, l’espace, la mort…, une tendance à tout négocier, le fait de rechercher la compagnie d’enfants plus âgés ou d’adultes, de gros besoins affectifs, une aversion pour les tâches répétitives, une fâcheuse tendance à n’écouter que quand ils sont intéressés, un goût pour les problèmes et jeux complexes, le perfectionnisme… Mais les surdoués sont tous tellement différents qu’il est impossible d’en dresser un portrait-robot. J’ai lu une fois que leur principal point commun est qu’ils sont déroutants. J’ai trouvé ça très juste.

Ce qui différencie un enfant éveillé d’un enfant précoce, ce n’est pas ce qu’il sait mais comment il le sait. Si on se demande régulièrement « mais d’où il sait ça? », on peut se poser des questions. Nombre d’EIP ont appris à lire simplement en voyant Des chiffres et des lettres. Un enfant qui connaît l’alphabet à 3 ans est sans aucun doute éveillé. Mais s’il comprend tout seul que b et a ça fait ba et commence à essayer de déchiffrer, parfois même en secret, il y a peut-être quelque chose de plus.

Les EIP sont souvent très à l’aise, très tôt, avec le langage, et se passionnent fréquemment pour des centres d’intérêts dans lesquels ils acquièrent des connaissances très pointues. Un EIP qui va bien, et qui n’est pas éteint ou ne cherche pas à rentrer dans le moule, a souvent une curiosité insatiable et un besoin quasi-physiologique de stimulation intellectuelle. Ce sont des enfants passionnants et très drôles mais souvent épuisants!

Après cette longue tentative pour cerner un peu le concept, j’en viens enfin au vif du sujet! Je précise tout de suite qu’il ne sera pas ici question de l’ouvrage sur les enfants de Jeanne Siaud-Facchin. En effet, je ne l’ai pas lu, parce que je n’ai pas aimé celui qu’elle a écrit sur les adultes, sur lequel je reviendrai ultérieurement plus longuement. Je n’aime pas son approche raccoleuse et larmoyante qui, je trouve, donne une vision fallacieuse de ce qu’est un surdoué. Même si, pour certains, elle peut être difficile à vivre, la douance est une chance et non un handicap. Je préfère donc plutôt parler des ouvrages des deux sommités dans le domaine de la précocité, et en ajouter un autre que j’ai trouvé utile.

– Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante et Guide pratique de l’enfant surdoué – Jean-Charles Terrassier

Jean-Charles Terrassier est l’un de ceux qui ont le plus oeuvré pour la précocité en France. Fondateur de l’ANPEIP (Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces), en 1971, ancien vice-président de Mensa (l’association qui regroupe les personnes ayant plus de 132 de QI), il a lancé un projet de classe pour EIP sous l’égide de l’Education Nationale à Nice dans les années 80s et a constamment essayé de sensibiliser les ministres, qui l’ont parfois écouté, à la question des EIP. Il exerce à Nice, où il a reçu des centaines d’EIP, certains venant de très loin.

J’ai mis ses deux livres ensemble car ils se recoupent beaucoup et sont relativement interchangeables. Lire l’un suffit, pas besoin des deux.

Ce sont des livres courts. Ils sont idéals pour avoir une première approche du sujet mais n’apprendront pas grand chose à qui le maîtrise déjà.

Il y est expliqué ce qu’est un EIP et à quels signes en reconnaître un, en quoi consistent les tests de QI, seul moyen fiable de valider l’hypothèse d’une précocité, et dispense quelques conseils sur la façon d’adapter l’éducation aux enfants. Il y explique également ce qu’est la dyssynchronie, phénomène qu’il a mis en évidence et nommé.

La dyssynchronie correspond au décalage entre le développement intellectuel de l’enfant et les autres aspects de son développement. En effet, si un EIP est en avance par rapport à son âge sur le plan intellectuel, son développement psychomoteur  et affectif est conforme à son âge. Le décalage entre développement intellectuel et développement psychomoteur est appelé dyssynchronie interne. C’est elle qui fait que, si les EIP sont souvent lecteurs très jeunes, ils ont en revanche beaucoup plus de mal avec l’écriture… ou que certains font encore du vélo avec les petites roues à 6 ans passés ou ne savent pas nouer de lacets avant un âge avancé! Le décalage entre développement intellectuel et développement affectif est appelée dyssynchronie sociale. Elle est souvent source d’angoisse pour les EIP, car ils ont conscience de dangers et de problématiques (comme la mort) qu’ils n’ont pas encore la maturité affective pour gérer. L’EIP va souvent sembler immature parce que son comportement, du fait de son niveau de maturité affective, ne correspond pas forcément à celui qu’on attendrait au vu de sa maturité intellectuelle, d’où des difficultés potentielles tant avec l’école qu’avec les parents qui ne savent pas forcément sur quel pied danser, et dans certains cas des difficultés à lier amitié avec les camarades de classe.

Le livre de l’enfant doué et L’enfant doué : l’intelligence réconciliée Arielle Adda

Ancienne psychologue de Mensa, Arielle Adda exerce à Paris. C’est l’autre sommité française en la matière.

Là encore j’ai regroupé les deux livres car ils sont assez proches. Le livre de l’enfant doué dresse un portrait des EIP, et s’intéresse à leur devenir en tant qu’adulte. Il va beaucoup plus loin et développe beaucoup plus sur ce thème que les livres de Jean-Charles Terrassier. Comme je le disais plus haut, tous les surdoués sont différents. Ce qu’elle décrit ne colle donc pas à tous. De plus, elle montre une vision que je trouve plutôt pessimiste… les gens heureux n’ont pas d’histoire, donc on n’en parle pas! Je lui reproche également de décrire mais de proposer peu de solutions. Mais il est vrai qu’il n’y a que peu de soucis qu’on peut résoudre par une solution miracle! Néanmoins, sa façon d’expliquer les surdoués est celle que j’ai préférée, et celle que j’ai trouvé la plus juste. Lorsqu’il m’est arrivé d’avoir des inquiétudes à propos du petit, j’ai trouvé la problématique parfaitement et très précisément décrite dans l’un ou l’autre de ses livres… c’est la raison pour laquelle le second a atterri dans la bibliothèque de mon ex, qui l’a gardé, ce qui fait que je vais être beaucoup plus brève à son sujet!

Ce qu’il y a d’après mes souvenirs, de différent dans L’enfant doué : l’intelligence réconciliée, co-écrit avec Hélène Cattroux, c’est qu’il y est proposé plus de solutions, notamment pour ce qui concerne l’éducation scolaire. Je crois me rappeler que j’ai dû m’accrocher pour comprendre certains passages, mais j’y ai néanmoins pioché quelques idées intéressantes. Ainsi, c’est dans cet ouvrage que j’ai pour la première fois entendu parler de la gestion mentale, sur laquelle j’espère revenir ultérieurement.

 

L’épanouissement de l’enfant doué – Sophie Côte et Ladislas Kiss

Sophie Côte est la fondatrice de l’AFEP (Association Française pour les Enfants Précoces), association concurrente de l’ANPEIP et issue de celle-ci. Elle a également été le principal du collège du Cèdre au Vésinet et occupait ce poste quand y a été créée la première classe de collège pour EIP.

Elle aussi décrit ce qu’est un EIP, les problèmes que ces enfants peuvent rencontrer, les façons d’adapter leur éducation, tant à la maison qu’à l’école et dit quelque mots de leur possible devenir. Elle a une approche très pragmatique que j’ai bien aimée. Peut-être du fait de son passé d’enseignante, c’est le livre dans lequel j’ai trouvé le plus d’indications et de conseils pratiques. Ce qui fait que j’en ai racheté deux exemplaires supplémentaires, que j’ai donnés à mes parents et à mon ex.

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2 commentaires pour Petite bibliographie de base concernant les EIP

  1. jerome dit :

    Parmi les autres titres intéressants sur le sujet, je citerais également « Scolariser l’élève intellectuellement précoce » de Jean Marc Louis et Fabienne Ramond (Dunod, 2007) et « Comment accompagner les enfants intellectuellement précoces : un nouveau regard sur les enfants surdoués », ouvrage collectif sous la direction d’André Giordan et Monique Bida (Delagrave, 2006) dont les droits d’auteurs sont intégralement versés à l’ANPEIP, l’association de Jean Charles Terrassier.

    • Marie dit :

      Je n’ai pas lu les deux que tu cites. Je suis évidemment très loin d’avoir fait le tour du sujet, et je procède désormais plus par impulsion (attirance positive ou négative) que de façon raisonnée pour le choix de mes lectures. De ce fait, le livre de Monique Binda fait partie de ceux qui me tentent, parce que j’ai eu l’occasion de me retrouver assise à côté d’elle lors d’un dîner informel de l’ANPEIP et qu’elle m’a laissé une forte impression.

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