Poulet aux prunes

L’histoire se passe en Iran en 1958. Nasser Ali est un musicien réputé. Au cours d’une dispute, sa femme a brisé son tar, un instrument à cordes, sorte de luth à long manche. Nasser Ali essaie de le remplacer mais, ne pouvant trouver d’autre tar dont la sonorité lui convient, il décide de mourir. Les quelques jours pendant lesquels il attend la mort sont l’occasion pour le lecteur de voir défiler sa famille et quelques-uns de ses souvenirs et de, peu à peu, mieux le comprendre et comprendre les malentendus qui ont jalonné sa vie. Marjane Satrapi s’y met elle-même brièvement en scène : elle est la petite-nièce de Nasser Ali. Je ne sais pas dans quelle mesure elle s’est inspirée de la réalité, mais ça ne m’a semblé avoir que peu d’importance.

Comme je l’expliquais lors de mon avant-dernier bilan hebdomadaire, cette BD m’a laissé des sentiments mêlés que j’ai eu du mal à démêler. Il y a, en effet, des choses qui m’ont déplu et d’autres qui m’ont plu. Je vais commencer par les premières.

Je n’avais jamais lu de BD de Marjane Satrapi. Aussi, mis à part avec le film Persepolis, c’était mon premier vrai contact avec ses dessins. Et je dois dire que je n’ai pas énormément apprécié son style. Par ailleurs, à deux moments elle évoque le devenir de descendants de Nasser Ali. Ces passages anecdotiques m’ont semblé détonner un peu avec le reste du récit et ne pas être indispensables. Enfin, et c’est le point qui m’a semblé le plus gênant, même s’il peut paraître bien futile : le héros ne me plaît pas. J’ai éprouvé de la compassion pour lui, car il est relativement passé à côté de son existence, mais je le trouve néanmoins antipathique.

En dépit de ces points qui m’ont gênée au cours de ma lecture, l’impression sur laquelle je reste est largement positive. Pourquoi?… Eh ben, ça, j’en sais trop rien! (Ca valait vachement la peine de prendre une dizaine de jours de réflexion pour pondre au final un billet aussi peu constructif!) J’ai aimé cette histoire et la façon dont elle la raconte, ainsi que l’humour dont est rempli ce récit au sujet à la base plutôt tragique. J’ai aimé la construction de l’intrigue : alors que l’on sait, à l’issue d’un court prologue, que Nasser Ali va mourir au bout de quelques jours, comme il l’a décidé, Marjane Satrapi maintient malgré tout un certain suspens : ce n’est que peu à peu qu’on comprend comme son grand-oncle a construit son couple, ce qui le liait à son tar et à la musique et comment il en est venu à cette décision extrême. Les personnages ne m’ont, dans l’ensemble, pas paru très sympathiques, mais je les ai trouvés très humains : presque tous sont victimes ou auteurs de malentendus, certains ont une meurtrissure. Enfin, si la bande dessinée est intéressante du point de vue psychologique, elle l’est aussi du point de vue historique, car la politique s’invite parfois brièvement dans le récit. Voilà tout ce que j’arrive à identifier dans ce sentiment de « c’était bien » sur lequel je reste.

Comme chaque fois qu’un auteur me déroute et que je suis partagée entre les « ‘j’aime ci » et « j’aime pas ça », j’ai envie de poursuivre ma découverte de sa bibliographie pour réussir à m’arrêter sur une opinion.

Et cette lecture aura eu le mérite de me procurer l’occasion de compter une participation de plus au challenge Roaarrr, du fait que l’album a obtenu le Fauve d’or en 2005. Il devrait normalement y avoir d’autres billets éligibles au challenge dans le courant de l’été.

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11 commentaires pour Poulet aux prunes

  1. Yuko dit :

    C’est drôle, je l’ai terminé hier et comme toi, impossible de m’attacher au personnage principal… ;) A bientôt !

  2. jerome dit :

    Bon, il va falloir que je découvre cette auteure même si pour l’instant j’éprouve vis à vis de son dessin quelques réticences assez inexplicables.

  3. Mo' dit :

    Je pense que mon sentiment, en sortant de la lecture, était similaire au tien. Cependant, je constate aujourd’hui qu’il ne me reste absolument aucun souvenir de cet album et je ne suis pas particulièrement dans l’idée de le relire ^^

  4. Ping : Roaarrr : Les Fauves d’Or « Bar à Bd

  5. blue dit :

    coucou Marie, Je n’ai fait que de voir le film., mais il m’a laissé la même impression que toi, de sentiments mêlés que tu as bien décrit. Il y a des scènes esthétiquement réussies, l’histoire est belle, et pourtant il y a une froideur qui a empêché une certaine magie d’opérer sur moi. J’ai l’impression que ce n’était pourtant pas loin d’être la cas. C’est dommage. J’ai par contre beaucoup aimé persépolis.

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