Toi qu’on dit « surdoué » – La précocité intellectuelle expliquée aux enfants

Les livres sur la précocité intellectuelle qui s’adressent aux enfants ne sont pas nombreux, c’est pourquoi celui-ci a attiré ma curiosité. Il me paraît plutôt à destination des 8-10 ans, tranche d’âge qui était jusque-là un peu délaissée. Très complet, compte tenu du public visé, il se décompose en 3 parties principales :
– qu’est-ce que la précocité intellectuelle et comment elle se manifeste
– les difficultés qu’elle peut susciter
– comment résoudre ces difficultés

Les notions abordées sont parfois un peu compliquées, mais les mots et concepts difficiles sont expliqués et illustrés d’exemples. Du fait de sa brièveté et de sa clarté, ce livre peut aussi être intéressant pour les parents comme première approche du sujet. Si je pense qu’un parent courageux trouvera profit à creuser davantage, pour un parent un peu réticent à se plonger dans un pavé sur la précocité, en revanche, ce petit livre synthétique peut être idéal pour se faire une première idée de la question sans risquer l’indigestion. Je lui ai toutefois trouvé quelques longueurs : par moments elle se répète un peu, alors qu’elle explique très bien que les EIP ont horreur du rabachage!… Et j’ai tiqué sur les « il faut mieux » tout au long du livre!

J’ai bien aimé l’esprit du livre, et le fait que l’auteur précise bien à plusieurs reprises que son ouvrage s’adresse surtout à ceux qui vont mal et que la précocité est souvent très bien vécue. Les descriptions qu’elle fait de la manière dont se manifestent les caractéristiques fréquentes des EIP m’ont semblé justes, sobres et remuantes à la fois. Et j’ai apprécié qu’elle s’efforce de booster l’estime de soi de ses lecteurs, qui est souvent fragile chez les EIP.

Il y a cependant quelques points qui m’ont gênée :
– L’auteur affirme avec aplomb que la précocité intellectuelle a une origine génétique. Si cela semble probable, il ne me semble pas que cette hypothèse ait été corroborrée par la science de façon certaine et définitive à ce jour. Il lui arrive de faire quelques autres affirmations hardies ou généralisation hâtives du même acabit au cour du livre.
– Elle relève très justement que le problème des EIP à l’école est souvent de trouver une motivation. Mais celle qu’elle propose (avoir de bons résultats à l’école permet d’éviter d’avoir des ennuis avec les instituteurs et les parents) me paraît franchement légère et pas particulièrement motivante.
– Je la sens réticente sur les sauts de classes, qui ne lui paraissent légitimes que dans un nombre restreint de cas. Je pense que c’est le métier de l’auteur – elle est psychologue scolaire – qui ressort ici.
– Elle aborde en détail la difficulté qu’ont certains EIP à se faire des amis et insiste sur l’importance qu’il y a à avoir des copains. Elle invite donc ses jeunes lecteurs à se forcer, à jouer un rôle et à faire semblant de s’intéresser aux mêmes choses que les autres pour s’intégrer. D’une part, je ne vois absolument pas quel intérêt il y aurait pour un enfant – ou pour un adulte – de jouer un rôle pour nouer des liens avec des personnes envers lesquels il ne se sent pas d’atomes crochus et qui l’ennuient. Et, d’autre part, ça me paraît totalement contre-productif : quelle image un enfant qui adopterait cette attitude se construirait-il de l’amitié et des rapports humains en général?

Au final, je dirais donc que c’est un livre intéressant mais, si je pense un jour qu’il peut être utile au petit de le lire, je ne le lâcherai pas seul avec le bouquin. C’est, à mon avis, une lecture qui doit être accompagnée par les parents, afin de rectifier le tir en cas de besoin, et qui peut et devrait servir de point de départ à des discussions en famille.

Toi qu’on dit « surdoué » – La précocité intellectuelle expliquée aux enfants
Claire Grand
Editions L’Harmattan

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15 commentaires pour Toi qu’on dit « surdoué » – La précocité intellectuelle expliquée aux enfants

  1. Par le même auteur « toi qu’on dit autiste, le syndrôme Asperger expliqué aux enfants » , meilleur à mon sens, et « Journal d’un jeune surdoué, Aide moi à comprendre » qui se veut le journal intime d’un EIP de 8 ans. Attention au style qui risque de choquer, même les enfants de 8 ans…

    Si cette littérature vous intéresse, vous pourrez trouver « Je suis surdoué et ce n’est pas plus facile », ou « Un génie ordinaire », ou encore « les parias d’Aubenas », « l’adolescent surdoué », « je suis précoce mes parents vont bien », etc etc…
    http://www.le-cheval-a-rayures.fr/?page_id=228

    Bonnes lectures :-)

    • Marie dit :

      C’est rigolo, j’ai repéré « Toi qu’on dit autiste » hier soir, en cherchant la photo du livre. Je note « Journal d’un jeune surdoué » que je ne connaissais pas. Pour le reste, effectivement il y en a plein et j’en connais un certain nombre dans le lot. J’ai encore quelques billets à poster et un petit stock de livres à livre mais je tiens à ce que ça ne reste pour moi qu’un sujet de lecture parmi beaucoup d’autres. En revanche, je découvre avec intérêt votre site qui m’a l’air d’être une mine d’infos.

  2. Ici aussi un stock à lire :-)
    Et je pique des idées chez vous :-))))
    Bonne fin de semaine!

  3. estellecalim dit :

    J’avais lu que les EIP avait un cerveau qui fonctionnait un peu différemment (des zones qui ne servent pas comme chez les autres enfants), pas que c’était génétique. Quand on écrit un livre, c’est vrai qu’il « faut » mieux se renseigner correctement ;)

    • Disons que dans une fratrie le « risque » qu’il y ait plusieurs EIP est important. Et en recherchant, il est très courant que l’un, l’autre ou les deux parents le soient; Le diagnostic de HP chez l’enfant est souvent l’occasion de découvrir celui des parents.

      Maintenant.. il n’y a pas de gène HP découvert que je sache :-)

      • Marie dit :

        Nous sommes d’accord!
        J’avais souvenir que, il y a longtemps, une étude avait été menée auprès de membres de Mensa et qu’ils avaient une probabilité plus grande que la moyenne d’avoir des enfants EIP. Mais je n’ai pas connaissance d’autres études sur le sujet, même s’il est souvent discuté. Je serais encline à croire à cette origine génétique : dans ma famille, par exemple, la douance a sauté une génération. Mais ça n’expliquerait pas l’apparition d’EIP dans des familles où personne ne l’est.

    • Marie dit :

      Apparemment il y a des facteurs neurologiques : tissus des machins qui relient les neurones de meilleure qualité, sommeil paradoxal plus important (il faudrait que je relise là-dessus, je n’y connais rien et mes souvenirs sont flous). Pour autant, dans le livre, j’imagine qu’elle a voulu simplifier mais il y a quelques généralités qui me gênent. Par exemple, elle sort de son chapeau que beaucoup d’EIP sont gauchers. Je ne vois pas du tout ce qui lui permet d’affirmer ça!

  4. Gwen dit :

    Très bel article, c’est vraiment important de faire connaître des livres sur des thèmes sensibles comme ceux-ci et j’apprécie ton esprit critique qui permet de remettre en contexte !

  5. Ping : Toi qu'on dit “surdoué” – La précocité intellectuelle expliquée aux ... | Haut Potentiel Intellectuel (HPI, EIP, surdoués, adultes à haut potentiel ..) | Scoop.it

  6. Mo' dit :

    Les propos concernant le paraitre que l’enfant devrait afficher pour se « socialiser » sont effectivement dérangeants. Mais ta critique incite à la lecture
    Je ne connaissais pas cet auteur mais sur ce sujet, j’avais découvert au début de l’été le travail de Monique de Kermadec sur les adultes surdoués.

  7. jerome dit :

    Je ne veux pas faire mon rabat-joie mais je suis en général très sceptique sur les ouvrages publiés par les éditions l’Harmattan. Il faut savoir que c’est l’éditeur qui publie le plus d’ouvrages chaque année en France. Pour une raison simple, il n’y a aucun suivi éditorial et les auteurs sont sollicités pour financer en grande partie l’impression de leur ouvrage. En gros c’est de l’édition à compte d’auteur qui ne dit pas son nom.
    En soi, ce n’est pas un problème mais j’ai vu dans le domaine pédagogique certaines de leurs publications qui sont absolument effarantes. Du coup, je ne suis pas étonné que tu relèves dans ce livre quelques aberrations. Le boulot de l’éditeur doit être d’accompagner, de relire, de corriger et de valider avec sérieux le contenu des ouvrages qu’il publie. Ce n’est mlaheureusement pas toujours le cas.

    • Marie dit :

      Merci pour cette information que j’ignorais. Cette négligence est d’autant plus déplorable quand il s’agit d’ouvrages à but pédagogique. Raison de plus, s’il en était besoin, pour garder un oeil critique quand on lit!

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