Femme en costume de bataille

Ce roman raconte une histoire vraie, celle d’Henriette Faber qui a mené une vie assez extraordinaire. Mariée très jeune à un soldat de Napoléon, elle a suivi son époux au cours de ses campagnes. Devenue veuve, elle s’est habillée en homme pour étudier la médecine à Paris, puis pour l’exercer au sein de l’armée de l’empereur. Elle vécut ensuite à Cuba, y exerçant toujours la médecine en prétendant être un homme, ce qui lui valut d’être arrêtée et jugée. C’est grâce à son procès que, alors qu’elle est inconnue en France, elle est connue à Cuba, où elle a inspiré plusieurs livres, dont celui-ci.

J’étais très attirée par le sujet et j’avais hâte de lire ce livre. Ceux qui me suivent régulièrement savent que j’ai vite déchanté et qu’il m’a fallu 5 mois pour venir à bout des 500 pages qu’il compte.

J’ai éprouvé en le lisant une sensation très étrange. Ca me paraissait long, j’avais le sentiment de m’ennuyer. Je comptais les pages qui me séparaient de la fin de chaque chapitre, pensant ne jamais en voir le bout. Et pourtant je me disais en même temps que j’étais injuste : chaque fois que j’arrivais à m’astreindre à m’y remettre, les pages se tournaient très vite. Le récit est enlevé, animé, et pas ennuyeux du tout. C’est comme si le manque d’envie de le lire me faisait lui trouver des défauts qu’il n’a pas.

J’ai ressenti les mêmes sensations ambivalentes à l’égard du style. J’ai trouvé le livre joliment écrit et la plume de l’auteur plutôt élégante. Et pourtant, j’ai eu beaucoup de mal avec certains passages, comme celui dans lequel la narratrice – l’héroïne – s’adresse à elle-même et rédige à la deuxième personne du singulier. Régulièrement, à la fin des différentes parties notamment, la narratrice faisait un point et se lançait dans des considérations philosophiques et introspectives qui me semblaient lourdes et m’ont, pour le coup, profondément ennuyée.

Il me semble que le principal souci est que le livre et moi sommes partis sur un gros malentendu. Je m’attendais à ce qu’il soit question de médecine, de vocation, de ce que peut faire un médecin pour adoucir les horreurs de la guerre, de ses réactions face à l’ampleur décourageante de la tâche, de féminisme avant la lettre, aussi, bref à suivre une héroïne qui est dans l’action. L’auteur évoque un peu la Révolution, le contexte politique, les campagnes napoléniennes, d’une façon qui n’est pas inintéressante. Il dresse un portrait de Cuba qui n’est pas non plus dénué d’intérêt. En revanche, il s’attarde peu sur la médecine et ne sort pas des lieux communs : visiblement, ça ne l’a pas intéressé de faire des recherches de ce côté-là. Il a plutôt eu envie de combler les trous de la vie d’Henriette Faber en lui inventant des aventures sentimentales qu’il développe longuement. Et il a entouré son héroïne de quelques personnages qui ont eu tous les malheurs de la terre, ce qui fait qu’il verse à l’occasion dans le tire-mouchoir, qui n’est pas du tout ma tasse de thé. Tout ça ne m’intéresse pas et je ne m’attendais pas à ce que le roman soit essentiellement centré sur la vie amoureuse et les fantasmes d’Henriette Faber. Je pense que la déception de ne pas trouver le roman que j’attendais a gâché ma lecture et m’a empêché d’apprécier ce livre, que je n’aurais par ailleurs pas acheté si j’avais eu une idée juste de son contenu. Je suis bien contente en tout cas d’en avoir terminé avec lui.

Femme en costume de bataille
Antonio Benitez-Rojo
Editions Le Cherche-midi

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6 commentaires pour Femme en costume de bataille

  1. Aaliz dit :

    C’est vraiment pénible ces auteurs qui ont un sujet en or mais qui ne le traite pas à sa juste valeur. Dommage car celui-ci aurait vraiment pu être intéressant, il y avait de quoi faire. Pourquoi choisir un tel personnage si c’est pour se contenter d’en conter les amourettes (imaginaires en plus à ce que j’ai compris ) ? C’est triste et je comprends très bien ta déception.

    • Marie dit :

      Pas à sa juste valeur, je ne sais pas, mais pas comme je l’aurais voulu, ça c’est sûr.
      Et oui, les amourettes sont imaginaires, faute d’éléments pour raconter les vraies. Quel intérêt de prendre un personnage réel pour faire ça?

  2. jerome dit :

    Le titre fait penser à un tableau. Pour le reste, ce sera sans moi^^

  3. Euterpe dit :

    Je trouve cette manière d’appréhender un destin féminin bien…masculin. Comme si l’intérêt premier d’une femme était sa vie sentimentale.
    Dommage. Le titre m’a attiré dans ces parages-ci où je n’étais plus venue depuis l’affaire Charly 9 :)
    Il ne reste plus qu’à une femme d’écrire un autre roman sur cet intéressant personnage !

    • Marie dit :

      Moi aussi c’est le titre du livre qui m’a attirée à la base.
      Je n’ai pas du tout perçu le roman comme sexiste. Les personnages féminins sont des femmes fortes, qui bravent les conventions pour tracer leur route. J’y ai plutôt vu une dénonciation de l’absurdité des lois qui cantonnaient les femmes dans des positions subalternes. J’ai plutôt vu dans la façon dont la vie de l’héroïne est traitée de la facilité ou la volonté de faire dans le romanesque plus que dans le documentaire.

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