Les Rendez-vous de l’Histoire – jeudi 18 octobre 2012

J’ai effectué ces derniers jours mon pélerinage annuel à Blois, pour les Rendez-vous de l’Histoire. Le thème de cette année était les paysans. C’est un sujet qui m’inspire peu et je garde un souvenir traumatisé de ma prof d’histoire-géo de 5ème-4ème, qui était insipide, disait tout le temps scrogneugneu, et nous a fait passer 2 ans sur les paysans au Moyen Age, son thème de prédilection visiblement. Ce thème annuel des paysans a néanmoins permis d’aborder des sujets connexes qui m’ont beaucoup plus intéressée, l’agriculture et la gastronomie. Pour ce dernier, un nouvel espace de conférences a été créé : un chapiteau rococo assez rigolo avait été installé sur la place du château. Contrairement à ce que j’espérais, il n’a pas permis d’alléger les autres lieux de conférences, si bien que ma moisson cette année a été maigre. Il y en a, en effet, un certain nombre auquel je n’ai pas pu assister, les salles étant déjà complètes. J’ai ainsi raté les conférences et débats relatifs aux révolutions arabes. Très vite, j’ai réalisé qu’il fallait que je change de stratégie, et que j’allège mon programme pour me laisser le temps de faire la queue… ce qui m’a frustrée mais m’a permis d’avancer un peu dans mon Anthony Trollope (The way we live now). Je reviens donc enchantée de ce que j’ai vu, avec plein d’envies de livres dans la tête… et le regret de ne pas avoir pu entendre plus d’intervenants.

Arrivée jeudi en fin d’après-midi, j’ai couru, à peine installée, à la Maison de la magie où, après une demi-heure de queue, j’ai pu avoir une place in extremis pour :

Faut-il avoir peur de ce qu’on mange?
Ce débat, qui n’en était pas vraiment un, a réuni deux invités. Le premier était Madeleine Ferrières, une historienne spécialiste de l’alimentation, auteur notamment d’une Histoire des peurs alimentaires qui me tente depuis bien longtemps.

Elle nous a expliqué que la notion de risque alimentaire était récente. Ce dont les gens avaient peur autrefois était de ne pas avoir assez à manger. Cette peur était tellement prégnante qu’il ne restait pas de place pour une autre.

Elle a également évoqué la conception de la médecine sous l’ancien régime (le corps régi par des humeurs). On pensait que les gens qui effectuaient des travaux pénibles avaient un fort feu vital, qui leur conférait la capacité de manger des choses coriaces, alors que ceux qui ne travaillaient pas avaient besoin de mets plus délicats. Le 19ème siècle rendit tous les hommes égaux devant les microbes.

Enfin, elle nous a expliqué qu’on pratiquait une gestion du risque. Pour illustrer ses propos, elle a pris un exemple local. En Sologne, on consommait principalement du pain de seigle. Or il existait un champignon nommé l’ergot du seigle. La consommation de seigle qui en était atteint pouvait avoir de graves conséquences, telles que des nécroses pouvant entraîner la mort. Mais ne pas le consommer, quand toute une récolte était atteinte, aurait provoqué une disette. Les paysans faisaient donc sécher les grains pour diminuer leur toxicité et avaient appris à composer : ils en incluaient dans leur pain, dans une proportion de 1/16e à 1/12e maximum qui n’occasionnait que des symptômes légers, de façon à ne pas manquer de céréales.

Le deuxième invité était Gilles Luneau, journaliste spécialiste des questions agro-alimentaires. Abordant la période contemporaine, il a confirmé que notre perception du risque a changé et que notre société ne l’accepte plus.

Il a ajouté un élément que je trouve intéressant, et qui peut être facteur d’inquiétude : il y a une perte de savoir. D’une part, nous ne savons plus reconnaître les bons produits (faire la différence entre un bon ou un mauvais légume, par exemple) et d’autre part nous ne savons pas ce que nous achetons (d’où vient notre légume, qu’est-ce qu’on a mis dessus, etc).

Pour lui, les consommateurs inquiets doivent réapprendre ce savoir perdu, être exigeants avec les informations mentionnées sur les étiquettes et voter avec leur porte-monnaie en exprimant leurs opinions à travers leurs achats. Favorable à un retour vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement, il pense que celui-ci nécessite un changement d’orientation politique afin d’accompagner les agriculteurs (d’où le livre qu’il a récemment publié avec José Bové).

La fin du débat a été intéressante car il y avait beaucoup d’agriculteurs ou d’anciens agriculteurs dans la salle qui ont soulevé des points importants : les consommateurs ne veulent plus acheter de fruits et légumes moches et plein de vers, peut-on parler d’agriculture bio quand les sols sont pollués, manger bio coûte cher, quid de l’eau? J’ai bien aimé la façon dont il a répondu, respectueuse mais cohérente et en accord avec les idées qu’il avait exprimées auparavant.

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7 commentaires pour Les Rendez-vous de l’Histoire – jeudi 18 octobre 2012

  1. irreguliere dit :

    Je vois qu’on était plusieurs à y être, à ces RDV !

    • Marie dit :

      Oui, j’ai l’impression! Tes photos sont très belles. C’est dommage que tu sois allée jusqu’à Blois et que tu n’aies pas pris le temps d’assister à l’une ou l’autre des conférences.

  2. jerome dit :

    Je n’étais pas à Blois mais j’ai écouté samedi matin l’émission Concordance des temps (France Culture) consacrée aux paysans dans la Grèce antique et diffusée en direct depuis l’auditorium de la BM de Blois. Super intéressant, j’ai appris plein de choses ;)

    • Marie dit :

      En même temps que ton émission s’est déroulée une conférence sur le thème Quand l’antiquité s’empare de la BD mais je n’ai pas réussi à me tirer de mon lit pour y assister…

  3. Ping : Les Rendez-vous de l’Histoire – samedi 20 octobre 2012 | Et puis…

  4. keisha dit :

    J’ai un peu la paresse de me rendre à ces RV, surtout que j’ai l’impression que les sites sont un peu éloignés les uns des autres (service de bus? et se garer?), cela risque d’être frustrant. Mais pourquoi pas une autre année?

    • Marie dit :

      Oui, les sites sont éloignés mais, comme il y a vraiment beaucoup de conférences et animations proposées, il y a largement de quoi occuper une journée en se concentrant sur un seul quartier. Je dirais même que, vu la foule qu’il y a maintenant, il vaut mieux limiter les déplacements pour ne pas perdre trop de temps.
      Je ne me suis pas posé la question des services de bus, comme j’y vais toujours en voiture. Pour se garer, ça peut effectivement être folklorique mais, à ma grande surprise, le parking de la Halle aux grains qui était complet le vendredi comptait des places libres le week-end et, jusqu’à présent, j’ai toujours trouvé des places au parking du château… et les tarifs sont dérisoires par rapport à ceux des parkings parisiens!

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