Les Rendez-vous de l’Histoire – vendredi 19 octobre

Le mystère de la tête d’Henri IV
N’ayant pas la télé, je n’avais jamais vu Philippe Charlier et ne le connaissais qu’à travers des articles lus à propos de ses recherches. Je suis tombée sous le charme comme, je crois, l’immense majorité de la salle. Il s’exprime simplement et clairement, avec beaucoup d’humour, et est passionnant. Il faut dire que le sujet me passionne, aussi!

Bien que la conférence ait porté sur Henri IV, il a évoqué rapidement certains de ses autres « patients », ce qui m’a ravie. Il a parlé de la composition de l’équipe qui travaille avec lui : archéologues, toxicologues, spécialiste des masques funèbres, gendarmes (pour reconstituer virtuellement le visage du propriétaire du crâne) mais également des nez. Il a raconté l’histoire rocambolesque de ce crâne, les techniques d’embaumement pratiquées à la Renaissance, les examens qu’il lui a fait subir et, avec force anecdotes, les comparaisons qu’il a essayé de faire avec les supposés restes d’Henri IV (cheveux, dents), conservés au musée de Pontoise.

Nous avons appris que Henri IV, qui était âgé de 57 ans lorsqu’il a été assassiné, avait un gros grain de beauté sur une aile du nez, portait une boucle à l’unique oreille qui nous est parvenue, avait été roux mais avait les cheveux blancs au moment de sa mort, souffrait d’arthrose et avait la bouche dans un état épouvantable : à sa mort, il ne lui restait que 5 dents et il avait des abcès énormes!

Est-il utile de préciser que les livres de Philippe Charlier figuraient déjà dans ma LAL et que, maintenant, j’ai une énorme envie de les lire tous?

5 octobre 1571, Lépante : signification d’une bataille
Je tenais à voir Alessandro Barbero, car j’avais pu lire dans Books un extrait de son livre qui m’avait beaucoup tentée. Cet historien est, comme son nom l’indique, italien, mais il s’exprime dans un français impeccable, avec dynamisme et un enthousiasme contagieux. Comme Philippe Charlier, il explique très simplement et est passionnant.

La bataille de Lépante est une bataille navale qui a opposé les ottomans aux espagnols et aux vénitiens, alliés pour l’occasion grâce à l’intervention du pape. Elle s’est soldée par une victoire écrasante pour l’alliance chrétienne. L’armée ottomane étant plus ou moins réputée invicible, cette victoire fut porteuse de beaucoup d’espoir. Elle eut donc un gros impact psychologique, d’où son importance, alors que son impact militaire fut beaucoup plus limité : ce furent finalement les ottomans qui gagnèrent cette guerre dont l’enjeu était Chypre. J’en profite pour rappeler, à toutes fins utiles, que cette victoire n’a pas été particulièrement réjouissante pour Charles IX et Catherine de Médicis puisque, d’une part, la France était traditionnellement l’alliée de l’empire ottoman depuis Soliman le Magnifique et François Ier et que les relations de la France avec la très catholique Espagne n’étaient pas particulièrement au beau fixe en ces temps agités de guerres de religion!

Alessandro Barbero ne raconte pas l’histoire de façon sèche. Il voit dans la description des préparatifs financiers et matériels d’une guerre l’occasion de faire revivre tout ceux qui y ont participé, c’est à dire, directement ou indirectement, tout une société. Il s’est également intéressé à la récolte des informations, cruciale, qui était assurée par des espions mais aussi par les ambassadeurs. La façon dont il en a parlé, aussi bien dans l’extrait que j’avais pu lire, mais aussi de vive voix ce vendredi, était tout aussi instructive qu’amusante.

Pour autant que je puisse en juger, le livre d’Alessandro Barbero réussit à allier la rigueur historique et la facilité d’accès. Il me tarde (enfin, vu mon rythme habituel, ça risque de me prendre quelques années!) de m’en assurer en le lisant.

Nourrir le monde hier, aujourd’hui et demain : pour une agriculture durable
Cette conférence inaugurale a été prononcée par Sylvie Brunel, géographe, que j’avais apprécié entendre lors de précédentes éditions des Rendez-vous. Si on a parlé d’elle il y a quelques années, à l’occasion de la sortie de son Manuel de guérilla à l’usage des femmes, publié suite à sa séparation d’avec Eric Besson, elle est également professeur de géographie à la Sorbonne, a travaillé de nombreuses années dans l’humanitaire et s’est spécialisée dans les questions de développement durable et de famine.

J’ai regretté que sa présentation, trop courte (il aurait fallu 1h30 au moins alors qu’elle a duré 1h!), reste relativement générale et que le public n’ait pas eu le loisir de poser des questions, qui auraient sans doute donné lieu à des approfondissements sur des sujets sensibles à propos desquels j’ai un peu tiqué et sur lesquels j’aurais aimé qu’elle développe ses positions.

Elle a tout d’abord retracé les grandes étapes de l’évolution de l’agriculture, depuis son apparition au néolithique, avant d’en venir à la période actuelle.

Le monde compte encore 850 millions de personnes qui souffrent de malnutrition, et on s’attend à ce que ce chiffre augmente au cours des prochaines années. Parmi ces 850 millions de personnes, 80% vivent en Afrique et en Asie (l’Inde en compte, à elle-seule, 250 millions) et 2/3 sont des ruraux pauvres.

Les problèmes sont nombreux : terres mal draînées, polluées, puits qui doivent être creusés de plus en plus profondément, volatilité des prix des matières premières alimentaires qui doivent, selon elle, faire l’objet d’une gouvernance mondiale, incertitudes climatiques (elle a évoqué la sécheresse de cet été qui a impacté les récoltes aux Etats-Unis, en Ukraine et en Russie, si bien qu’il y a des craintes relatives à une possible crise alimentaire cet hiver).

Sylvie Brunel semble malgré tout relativement optimiste : si l’on s’attend à ce que la population mondiale atteigne les 9 milliards en 2050, sa croissance se ralentit. Par ailleurs, elle pense que la Terre a les capacités de nourrir tout ce monde. Il reste des réserves de terres exploitables considérables et de grosses marges de progression, en matière d’irrigation ou de perte des récoltes, par exemple.

Les problèmes sont néanmoins nombreux : impact de l’activité humaine sur le climat, préservation de la biodiversité…

Comme je le disais plus haut, j’ai un peu tiqué sur sa façon d’aborder les questions qui font polémique et j’aurais aimé qu’elle développe son point de vue. A propos de l’utilisation controversée des pesticides et de leur impact possible sur la santé, elle s’est bornée à rappeler l’allongement de l’espérance de vie depuis 1945. Est-ce à dire que nous devons nous en contenter? Elle a défendu les agrocarburants et l’élevage, disant que s’ils diminuaient, les céréales n’iraient pas à ceux qui ont faim mais que leur production baisserait et que de nombreux paysans abandonneraient leurs terres pour aller grossir les villes. Elle a ajouté que les prairies laissées à disposition du bétail sont pratiquement plus utiles pour absorber le CO2 que les forêts? Elle a également dit que les OGM pouvaient être une opportunité. Mais, indépendamment des polémiques sur leur impact possible pour l’homme, je vois mal quel bénéfice les agriculteurs pauvres peuvent en retirer s’ils ne peuvent utiliser les semences et doivent racheter chaque fois de nouvelles graines?

Elle a néanmoins insisté sur la nécessité d’une nouvelle révolution agricole : l’enjeu pour demain sera de « produire plus avec moins et mieux ».

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