L’âge d’or des cartes marines – Quand l’Europe découvrait le monde

cartes_marines_bnf_expoAu mépris de toute logique, alors que les livres à chroniquer s’entassent de façon déprimante sur mon bureau, faute de temps, c’est d’une exposition que je souhaite vous parler aujourd’hui. La raison en est qu’elle se termine le 27 janvier et que je trouve qu’il serait très dommage de passer à côté, pour peu que son thème vous inspire un peu.

En bonne frileuse, je ne sors ces jours-ci que lorsque j’y suis obligée mais, devant déjeuner à Paris avant-hier, je me suis dit qu’il serait judicieux d’en profiter pour faire quelque chose de constructif, comme voir une expo. Ma première intention a été de parer au plus pressé en allant voir L’impressionnisme et la mode, qui se termine à la fin de la semaine. Mais il s’est rapidement avéré que L’âge d’or des cartes marines m’inspirait beaucoup plus. J’ai toujours été fascinée et attirée, d’une part, par les cartes et, d’autre part, par les livres anciens… infiniment plus que par les fringues! Et je pourrai toujours un peu me rattraper avec l’exposition Fashioning fashion qui se tient au Musée des arts décoratifs jusqu’au mois d’avril, et qui présente la mode de 1700 à 1915. L’autre élément qui a pesé dans la balance, c’est que je craignais que beaucoup de monde se presse aux derniers jours de L’impressionnisme et la mode et qu’il faille faire longuement la queue dans le froid… alors qu’il n’y a aucune attente à la BNF et, que mis à part quelques groupes scolaires un peu bruyants, il y avait assez peu de visiteurs dans l’expo. Et c’est bien dommage, car c’est une expo magnifique et très complète.

Je me plains régulièrement du peu d’explications fournies par les petits panneaux disposés à côté des oeuvres (j’oublie toujours comment on les appelle) dans les expositions. Je m’étais ainsi sentie complètement larguée à l’exposition Le thé à Guimet. Ca n’a pas été du tout le cas cette fois. Les explications sont claires, détaillées et instructives.

Cet âge d’or des cartes marines couvre une période qui s’étend du XIVe au XVIIIe siècle. C’est évidemment durant ce laps de temps qu’a été découvert l’Amérique. Mais les expéditions d’exploration avaient commencé dès le XIVe siècle, avec les navires envoyés longer les côtes de l’Afrique par l’infant de Portugal Henri le navigateur. Ensuite il y a eu aussi le contournement du cap de Bonne Espérance, le tour du monde de Magellan, l’exploration de l’océan Indien et de l’océan Pacifique. Mais j’ai également appris au cours de ma visite que les hollandais et les anglais avaient tenté, en vain, de trouver d’autres routes vers les Indes, en contournant l’Europe par le nord-est et le nord-ouest. Les glaces les ont arrêtés. L’exposition permet aux visiteurs de suivre ces découvertes : ainsi, par exemple, sur certaines cartes seuls des petits bouts de l’Amérique sont représentés. On pressentait que le continent était beaucoup plus vaste, mais sa forme était encore inconnue. Et, peu à peu, sa forme s’est précisée et affinée.

Les cartes présentées sont des portulans. Il s’agit de cartes qui indiquent – je cite le petit dépliant disponible à l’entrée de l’exposition – « sur un trait de côtes, la succession des ports ». Elles sont destinées à aider les marins dans leur navigation. Mais certaines cartes de l’exposition étaient destinées aux bibliothèques de propriétaires sédentaires. Même si ces siècles lointains me semblent beaucoup plus durs à vivre et moins favorables aux femmes que notre époque, je me dis que ce devait être fascinant, pour qui avait le loisir d’être un tant soit peu curieux, de suivre ces découvertes, d’apprendre peu à peu l’existence de nouvelles terres et ce que cachaient des territoires auparavant inconnus, et de rêver devant ces noms exotiques et ces tracés de terres lointaines. C’est quelque chose que j’aurais bien aimé connaître et dont j’ai eu l’impression d’avoir un furtif aperçu lors de la découverte des premières exoplanètes en 1995. Je m’égare… mais c’est que, même après des siècles et alors que notre planète ne recèle plus que peu de mystères, ces cartes ont encore réussi à me faire rêver pendant quelques heures. Certaines sont étranges ou déconcertantes (le nord est en bas, ou à droite), d’autres sont un peu effacées ou abimées, mais beaucoup sont très belles et certaines sont richement illustrées d’animaux, de personnages, de représentations de villes, de drapeaux.

L’exposition ne fait pas seulement rêver, elle enseigne également beaucoup de choses. Déjà, puisqu’il s’agit principalement de cartes destinées aux marins, il y est expliqué comment ceux-ci parvenaient à se repérer et à s’orienter. Des vitrines présentent des instruments de marine et des vidéos très claires expliquent comment on les utilisait.

Les influences auxquelles ont pu avoir accès les cartographes sont également présentées. Les géographes antiques étaient toujours lus et les cartes de Ptolémée étaient encore fréquemment utilisées, au moins pour combler les blancs des terres non explorées. On peut voir également des cartes arabes, très déconcertantes, et quelques documents chinois.

L’exposition fait également la part belle aux motivations des explorations. Est évoquée la volonté de faire le commerce de produits exotiques. Un espace est, par exemple, consacré aux épices, et l’on peut même y sentir certaines d’entre elles. Une autre motivation essentielle était celle de conquérir et accroître la puissance du pays commanditaire. Les différentes puissances coloniales sont tour à tour évoquées et les intentions politiques contenues dans les cartes (endroits où sont indiqués des drapeaux, par exemple) et rivalités entre nations sont signalées et expliquées aux visiteurs.

Les territoires découverts ont apporté bien plus que ce que les explorateurs n’en attendaient au départ : découverte de peuples et de leurs moeurs, introduction en Europe de nouvelles cultures, exploitation des richesses, étude de la faune et de la flore… Cet aspect est également évoqué à travers quelques oeuvres et objets.

C’est donc une exposition très riche, à la fois fascinante, passionnante et instructive. Je vous encourage vivement à braver les éléments pour vous y précipiter tant qu’il en est encore temps… ou, tout du moins, à jeter un oeil à l’exposition virtuelle… même si regarder les cartes sur un écran d’ordinateur n’est en rien comparable avec les voir en vrai.

L’âge d’or des cartes marines – Quand l’Europe découvrait le monde
jusqu’au 27 janvier 2013
BNF – Site François Mitterrand
Quai François Mauriac
75013 Paris
10h à 19h du mardi au samedi – 13h à 19h le dimanche

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4 commentaires pour L’âge d’or des cartes marines – Quand l’Europe découvrait le monde

  1. Marilyne dit :

    Fascinant, elle dure trop peu cette exposition ( je ne sais pas si tu as pu la voir, l’expo sur l’art du livre au musée des lettres et des manuscrits était aussi de toute beauté )

    • Marie dit :

      Elle aura duré 3 mois, je me suis réveillée un peu au dernier moment, comme j’en ai la facheuse habitude. Et j’ai malheureusement raté l’autre exposition qui m’aurait bien tentée.

  2. Camille dit :

    J’avoue que de prime abord je n’aurais pas retenu cette expo, mais la manière dont tu la racontes me donne envie d’y aller…Il faut que je m’organise sérieusement…

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