Prodigieuses créatures

41ME8J5hoiL__SL500_AA300_La famille Philpot se compose de trois soeurs et d’un frère, avocat. Lorsque celui-ci se marie, n’ayant pas les moyens de donner une dot à ses soeurs et ne voulant pas les imposer à son épouse, il les invite à trouver une station balnéaire qui les tente, et les y exile, la vie en province étant moins onéreuse qu’à Londres. Nous sommes au début du XIXe siècle et, bien que la plus jeune conserve encore de l’espoir, les soeurs Philpot sont condamnées à finir vieilles filles, dans ce trou perdu qu’est Lyme Regis hors saison. Pour passer le temps, chacune se trouve des centres d’intérêts et la cadette, Elizabeth, se découvre une passion pour les fossiles, qu’on peut trouver en masse sur les plages des alentours.

C’est ainsi que la jeune femme fait la connaissance de Mary Anning, qui n’est encore qu’une petite fille. Bien que très jeune, celle-ci est déjà une experte en matière de fossiles et toutes deux prennent l’habitude de fouiller la plage ensemble.

Quelques années plus tard, Mary et son frère découvrent le squelette très bien conservé de la tête d’un animal. Bien qu’aussitôt qualifiée de crocodile, la bête ne ressemble à aucune espèce de crocodile connue.

MaryanningComme je vous l’avais raconté il y a quelques semaines, j’ai éprouvé un besoin urgent de sortir ce livre de ma PAL lorsque je suis tombée sur une plaque dédiée à Mary Anning, au Natural history museum de Londres. On doit en effet à celle-ci la découverte de nombreux fossiles, et en particulier d’ichtyosaures et d’élasmosaures. J’ignorais, en revanche, l’existence d’Elizabeth Philpot, qui a donné son nom à un musée sis à Lyme Regis, à l’emplacement de la maison de Mary Anning. Elizabeth Philpot s’était spécialisée dans les poissons préhistoriques.

Ce roman dans lequel Tracy Chevalier met en scène les deux femmes est intéressant dans la mesure où il montre les enjeux de leurs découvertes et les barrières morales auxquelles elles ont pu se heurter. Dieu étant parfait, il n’a pu créer que des choses parfaites. Comment et pourquoi aurait-il laissé s’éteindre des espèces? Par ailleurs, l’existence d’espèces désormais éteintes remettrait en cause l’âge de la Terre (6 000 ans) calculé d’après la Bible. Ce qui impliquerait que la Genèse ne puisse pas être interprétée littéralement… ce qui ouvrirait la porte à beaucoup de bouleversements.

Par ailleurs, au-delà de l’aspect scientifique, l’auteur s’intéresse beaucoup à la société anglaise de ce temps et, en particulier, au sort des femmes. J’ai un peu évoqué le destin d’Elizabeth Philpot et de ses soeurs. Celui de Mary Anning est encore plus triste : femme et fille d’ouvriers, de par son sexe et sa condition sociale, elle n’est rien aux yeux des savants londoniens. De plus, alors que ses connaissances scientifiques l’élèvent au-dessus de sa condition sociale et la poussent à aspirer à plus que ce à quoi elle peut prétendre, ses origines ouvrières constituent une barrière infranchissable entre les hommes susceptibles de l’attirer et elle. Elizabeth et Mary sont dans un carcan : elles n’ont que bien peu de libertés et le peu de transgression qu’elles s’autorisent leur vaut une mauvaise réputation.

Si le roman m’a, dans l’ensemble, beaucoup plu, ce n’est cependant pas un coup de coeur, car j’aurais aimé que l’aspect scientifique soit plus développé : par exemple, le crocodile est soudain rebaptisé ichtyosaure, mais on ignore comment les savants sont parvenus à cette conclusion et même comment la nouvelle a été reçue des deux héroïnes. L’auteur a préféré imaginer des aspirations sentimentales aux deux femmes et broder sur leurs relations. De ce fait, je me serais bien passée de certains passages, qui m’ont paru mièvres et peu originaux. Néanmoins, je pense que c’est un très bon roman pour qui n’est pas particulièrement intéressé par la paléontologie et n’y connait pas grand-chose, du fait qu’il est très digeste, et à la fois instructif et divertissant.

Prodigieuses créatures
Tracy Chevalier
Editions Quai Voltaire
et, en poche, chez Folio

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14 commentaires pour Prodigieuses créatures

  1. Tel que tu en parles, ce livre parait effectivement intéressant. Néanmoins, je pense que la fin m’énerverait (les aspirations sentimentales des deux héroïnes.. genre elles se marièrent et eurent beaucoup d’enfants?) et c’est vrai que je n’ai plus trop l’habitude de lire des romans, en fait. Ha, et pendant que j’y suis, par rapport à ton article sur « Life of Pi »: quand tu as écris « on dirait du Paulo Coelho » j’ai compris tout de suite! (mon dieu, quelle horreur! je compatis)
    Merci pour ce partage.

    • Marie dit :

      Il n’y a pas de « elles se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », puisque ça ne s’est pas produit dans la réalité, mais dans le roman, il leur arrive d’éprouver des sentiments romantiques. Ce qui m’a le plus gênée, ce sont les hauts et les bas de la relation entre les deux héroïnes, qui m’a donné l’impression d’être dans un de ces films populaires américains avec le happy end bien pensant à la fin.
      J’en déduis que tu apprécies aussi peu Coelho que moi. :-)

  2. je suis fan de cette auteure qui mêle souvent art et littérature… Elle m’a rendue curieuse aussi avec la paléontologie dans ce roman ci, plein de poésie.

    • Marie dit :

      C’est le premier roman d’elle que je lis, même si j’avais vu et bien aimé La jeune fille à la perle au cinéma. Si jamais on m’offrait un autre livre d’elle, je le lirais sans déplaisir, mais je pense pas que j’irais me précipiter de moi-même sur ses autres romans.

  3. jerome dit :

    Je retiens les mots « digeste », « instructif » et « divertissant ». Comme il vient de rejoindre ma pal depuis peu, je sais au moins à quoi m’attendre.

  4. Eliza dit :

    Ce livre prend la poussière dans ma PAL, mais je me souviens maintenant pourquoi je l’avais acheté ;-) merci pour ce joli billet !

  5. Aaliz dit :

    C’était mon 2ème Tracy Chevalier. J’avais aimé aussi « La jeune fille à la perle » que j’avais trouvé très beau et très doux. J’ai aussi « La dame à la licorne » dans ma PAL où l’auteur aborde cette fois le monde des lissiers et des miniaturistes du Moyen-Age. Il serait temps que je le lise.

    • Marie dit :

      Si je devais en lire un autre d’elle, mon choix se porterait sur La dame à la licorne, du fait de son thème. Je suis cependant un peu réticente, en raison des réserves que j’ai émises dans mon billet. Donc il faut que tu le sortes de ta PAL et que tu fasses un billet dessus pour me donner des éléments susceptibles de m’aider à me décider ou pas!

  6. Kroustik dit :

    Ton article me donne envie de le lire. Cette rencontre est intrigante, et s’il s’agit de vie de personnes réelles, qui plus est de femmes, ça m’intéresse. Je note :)

  7. lilly dit :

    Contrairement à toi, j’ai aimé sans réserve. Le sujet est loin de faire partie de mes thèmes de prédilection, donc le fait que ce soit traité de façon soft était un avantage pour moi.

    • Marie dit :

      Je pense en effet que mon souci est que j’avais envie de lire quelque chose de plus pointu, mais pour quelqu’un qui n’est pas versé dans le thème il me semble en effet très bien conçu.

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