La fausse maîtresse

les-braises-de-la-liberte-angele-jacqUn couple de jeunes mariés file le parfait amour depuis deux ans lorsque l’épouse apprend que son mari a un ami qui veille sur leur maison et leur fortune, tenant à la fois de l’intendant et de l’ange gardien. Ayant demandé à lui être présentée, elle donne rapidement l’impression d’être susceptible d’éprouver des sentiments pour cet ami. Ce dernier, ne voulant pas nuire au mari, et bien qu’éperdument amoureux de l’épouse, décide de s’inventer une liaison.

Balzac a encore mis un peu de lui-même dans cette nouvelle. Il y adresse quelques piques au régime de Louis-Philippe, trop bourgeois à son goût, et le choix de la nationalité du mari et de l’ami, qui sont des réfugiés polonais, ne me semble pas innocent. En effet, Mme Hanska, avec qui il entretient une correspondance épistolaire depuis, alors, près de 10 ans, est polonaise. Bien qu’il se défende de prendre parti, il ne manque pas de laisser entendre son opinion à propos de la situation de la Pologne, contrôlée en majeure partie par la Russie depuis la chute de Bonaparte, et régulièrement en révolte contre l’occupant. Et je me suis amusée, en lisant les nobles généalogies des époux, Clémentine du Rouvre et le comte Laginski, à me demander si, en les inventant, Balzac, qui était très snob, ne donnait pas libre cours à ses propres rêves d’alliances prestigieuses : La fausse maîtresse est daté de janvier 1842, soit quelques mois après le décès du comte Hanski, et notre auteur nourissait alors des projets de mariage avec sa veuve. Ce n’est sans doute pas un hasard si Balzac apparente son personnage aux Rzewuski, Evelyne Hanska étant née Rzewuska.

Passée l’introduction, qui m’a fait sourire, pour les raisons que je viens d’évoquer, cette courte nouvelle a plutôt suscité en moi de l’émotion. J’ai trouvé que c’était une très belle histoire d’amour et d’amitié à la fois, et j’ai admiré les nobles sentiments de l’ami amoureux, le comte Paz. Il est, à mes yeux, la figure marquante de la nouvelle. Le comte Laginski, homme faible, et la comtesse, qui m’a fait l’effet d’être égoïste et superficielle, bien que Balzac la pare de nombreuses qualités, m’ont semblé écrasés par la profondeur et la grandeur d’âme de Paz.

La nouvelle n’est pas dépourvue d’un certain humour, qui transparaît par exemple dans une lettre écrite par la fausse maîtresse à Paz. Et j’ai apprécié la fin ouverte qui laisse la porte ouverte à différentes conclusions possibles.

Comme à chaque fois que je me replonge dans une oeuvre de Balzac, je me suis régalée. Et, pour une fois, j’apprécie ma mémoire de poisson qui me permet de découvrir nouvelles et romans comme si je les lisais pour la première fois.

Cette lecture a été faite dans le cadre d’une LC avec Céline et Aaliz

CB

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11 commentaires pour La fausse maîtresse

  1. Très belles analyses qui donnent envie de lire cette nouvelle. Bien amicalement et très heureuse de découvrir ce blog

    • Marie dit :

      Je n’ai fait que partager les remarques et suppositions que mes lectures à propos de Balzac m’ont inspirées. Je serais bien incapable de me lancer dans une analyse littéraire de ses oeuvres et je ne m’y risquerais pas. Mais je suis bien contente si j’ai réussi à donner envie de le lire.

  2. Effectivement tu donnes très envie de lire cette nouvelle, que je connaissais de nom. Je trouve l’intrigue sensible et si en plus il y a un peu d’humour…

  3. Jérôme dit :

    Je viens de le commander dans la collection Folio à 2€. Ce sera mon Balzac de l’année (pas très ambitieux tout ça, je te l’accorde mais si j’ai le courage j’enchaînerais avec le colonel Chabert).

  4. Aaliz dit :

    Je viens de terminer ma lecture. J’écris mon billet et le publie dès que possible. J’ai moi aussi été très touchée par le capitaine Paz, un grand homme au grand coeur et qui nous fait une belle démonstration d’amitié.

    • Marie dit :

      OK. Je vais guetter ça. Et ensuite, quel est le programme? Tu te sens d’attaque pour reprendre Proust ou tu préfères attendre encore un peu? Sachant que je ne peux pas commencer La recherche de l’absolu tout de suite, car il faut que je récupère le livre chez mes parents, et que Jérôme, qui s’est joint à nous pour L’ensorcelée, préférerait prévoir une date de publication des billets vers la fin mars.

      • Aaliz dit :

        ça y est ! Billet publié. Pour Proust, je vais m’y remettre juste après ma lecture actuelle. Pas de problème pour L’ensorcelée, la fin mars ça me va très bien et pour La recherche de l’absolu je ne suis pas pressée, je vais pouvoir m’avancer dans quelques lectures et surtout récupérer le retard que j’ai dans d’autres.

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