La déchéance d’un homme

Quand je me suis inscrite au challenge Ecrivains japonais d’Adalana, le nom d’Osamu Dazaï, auteur qu’elle a choisi pour ce mois d’avril, ne m’évoquait rien. Ce n’est que lorsque je me suis penchée sur la bibliographie de celui-ci, pour déterminer si je participerais ce mois-ci ou non, que j’ai eu un flash : je me suis souvenu d’un article que j’avais lu à propos d’une série d’adaptations en anime de classiques de la littérature japonaise, dans lequel l’une de ses oeuvres, La déchéance d’un homme, était longuement évoquée. J’ai alors eu envie de saisir cette occasion pour regarder l’anime et lire le roman, afin de pouvoir faire une comparaison entre les deux. J’ai commencé par la version animée, du fait que je suis toujours déçue quand je vois une adapatation d’une oeuvre que j’ai aimé lire, l’interprétation du réalisateur étant nécessairement différente de la représentation que je m’en étais fait dans ma tête.

41SN3K7XCSL__SL500_AA300_Au vu du peu que j’ai pu lire à propos d’Osamu Dazaï, La déchéance d’un homme me semble largement autobiographique. Le héros, Yôzô, est né dans une famille riche et nombreuse. Il a grandi dans la crainte de son père et une incapacité à comprendre son entourage. Ayant peur des autres et désireux d’être aimé, il s’est composé dans son enfance un masque de clown. Sa vie est dominée par une sensation de honte et d’inadéquation. Aspirant à devenir peintre, aimé des femmes dont plusieurs lui viennent en aide, Yôzô suit son mauvais génie, vivote en dessinant des caricatures et ne parvient pas à se sortir de son alcoolisme.

J’ai été agréablement surprise par l’anime. Il lui manque évidemment la profondeur et la subtilité de la description des pensées du narrateur, mais je l’ai trouvé très beau, tant en raison de son esthétisme visuel très soigné que de la façon dont l’histoire est racontée. Quelques libertés sont prises avec le roman qui donnent plus d’impact au film, mais la trame et l’esprit du livre sont dans l’ensemble bien respectés. La différence la plus notable entre les deux tient à l’interprétation : dans la version animée, Yôzô est fou et poursuivi par un monstre qui n’est autre que lui-même. Avec le recul, je trouve que c’est une bonne idée, car ça fournit une explication à son comportement et ça le rend attachant.

Ce qui m’a étonnée, et déçue, c’est que j’ai éprouvé beaucoup plus d’empathie pour le héros du dessin animé que pour celui du roman. Le narrateur du roman ne m’a jamais donné l’impression d’être fou, ce qu’il rapporte étant toujours rationnel et cohérent. Pour autant, ses propos me sont incompréhensibles. Je vois en lui un homme faible (au sens de dépourvu de volonté) et profondément malheureux, mais je n’ai pas réussi à comprendre ce qui le faisait se sentir si inadéquat et si malheureux, ni pourquoi il se sentait incapable de comprendre son entourage… qu’il analyse au final plutôt bien. Je suis restée face à une énigme et, de ce fait, j’ai eu du mal à m’intéresser à lui.

J’avoue que j’étais partie pleine de préjugés. J’aime beaucoup l’animation japonaise et j’ai eu l’occasion de voir plusieurs dessins animés qui m’ont semblé riches, intéressants et dotés d’une réelle profondeur. Mais je pensais qu’une adaptation en manga d’une oeuvre littéraire ne pouvait que simplifier et dénaturer celle-ci. Si, après cette expérience, je pense toujours qu’une adaptation en manga, ou en bande dessinée, ne peut rendre une oeuvre littéraire que de façon imparfaite et superficielle, et ne peut constituer qu’un premier pas dans la découverte de l’oeuvre et pas se substituer à la lecture de celle-ci, il me faut bien conclure, à ma grande surprise, que, dans le cas présent, j’ai préféré sans hésitation l’anime, que j’ai trouvé très beau et très intéressant à sa façon, au roman.

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10 commentaires pour La déchéance d’un homme

  1. Adalana dit :

    Merci pour cette contribution :) J’avais l’intention de voir le film mais je vais aussi me pencher sur l’anime !

  2. jerome dit :

    Intéressant cette comparaison livre/anime. Pour autant je ne suis pas certain de m’intéresser à l’un ou à l’autre. La littérature classique japonaise ne me tente pas du tout en fait même si je ne sais pas vraiment pourquoi elle ne m’attire pas le moins du monde. Peut-être parce que j’ai peur de m’ennuyer ferme…

    • Marie dit :

      C’st mon premier contact avec la littérature japonaise classique, donc je ne me prononcerai pas pour le moment sur le sujet. Ce premier essai n’a pas été franchement concluant mais je ne me suis pas ennuyée pour autant. Il faut dire aussi que le roman est très court (moins de 200 pages avec une grosse police). Il faudrait que je fasse d’autres essais.

  3. Yuko dit :

    Un anime qui mérite d’être connu alors :) je le préférerai peut-être à l’oeuvre originale ^^

  4. Julie Soupir dit :

    Il existe également une adaptation en manga de ce livre : « Je ne suis pas un homme » de Usumaru Furuya (en deux tomes). Pour avoir lu le manga, il est fascinant, dérangeant, cruel, mais d’une incroyable beauté.

    • Marie dit :

      Ce manga est, depuis déjà un bon moment, dans ma LAL, mais je ne savais pas du tout que c’était une adaptation de ce livre. Merci beaucoup pour cette info.

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