Deux ans de vacances

deux-ans-de-vacances-jules-verne-9782253005377Une quinzaine d’élèves du pensionnat Chairman, à Auckland, en Nouvelle-Zélande, devaient mettre à profit les grandes vacances pour effectuer une croisière à bord d’un bateau appartenant au père de l’un d’eux. Les enfants ont embarqué la veille du départ, tandis que l’équipage du bateau prenait quelques dernières heures de détente à terre. C’est ainsi que, durant la nuit, l’amarre s’étant trouvée détachée, le bateau se mit à dériver vers le large, sans adulte à bord. Trois semaines plus tard, une tempête le fit s’écraser sur une île. Les jeunes naufragés, âgés de 8 à 14 ans, s’organisèrent alors pour reconnaître si cette île, rapidement baptisée île Chairman, était habitée ou non, si elle se trouvait à proximité d’un continent qu’il serait possible de rejoindre ou au milieu de l’océan, et pour assurer leur subsistance. J’ai du mal à comprendre pourquoi Jules Verne a choisi pour son roman un titre qui est un énorme spoiler… Toujours est-il que vous pouvez sans peine deviner que leur séjour sur l’île Chairman s’est quelque peu prolongé.

Après être restée plus de 20 ans sans rien lire de Jules Verne, je l’ai redécouvert récemment avec Les tribulations d’un chinois en Chine et Le château des Carpathes. J’ai retrouvé dans Deux ans de vacances un certain nombre de points communs avec ceux-ci, relativement caractéristiques de l’auteur : l’objectif visible d’instruire en divertissant et l’attrait pour ce qui touche à la technique et pour les découvertes récentes. Si je n’avais pas été totalement séduite par les deux précédents, ayant trouvé le côté didactique un peu trop visible et les ficelles un peu grosses, j’ai, en revanche, beaucoup apprécié ce roman d’aventures qui me motive pour lire les classiques de Jules Verne. Ce que j’ai aimé surtout, c’est l’orientation que Jules Verne a donnée à son récit.

Dès les premiers chapitres, nous avons connaissance d’une rivalité entre deux des « grands » du groupe, Doniphan et le français Briant. Je m’attendais donc à trouver en Deux ans de vacances une histoire dans l’esprit de Sa majesté des mouches ou de La guerre des boutons, perspective qui ne me réjouissait pas particulièrement. Or, il n’en est rien. Jules Verne indique dans sa préface avoir

« entrepris de montrer ce que peuvent la bravoure et l’intelligence d’un enfant aux prises avec les périls et les difficultés d’une responsabilité au-dessus de son âge. »

Aussi, en dépit des tensions, les enfants s’organisent, les talents et compétences de chacun étant exploités. J’ai un peu de mal à croire que des enfants puissent être aussi disciplinés et raisonnables et je me suis émerveillée devant leur côté pratique : les enfants chassent, fabriquent des engins de fortune pour transporter ce qu’ils ont pu sauver du naufrage, mais aussi veillent à faire tous les jours de l’exercice physique et mettent à profit les mois d’hiver pour que les grands fassent la classe aux petits et se livrent à des joutes intellectuelles, afin de ne pas perdre les connaissances acquises. Si cette belle organisation m’a laissée un poil sceptique, elle m’a en revanche beaucoup intéressée. Voir ces enfants exploiter toutes les ressources à leur disposition pour s’assurer le nécessaire et améliorer leurs conditions de vie, imaginer des projets, les trier par priorité et planifier leur exécution m’a plu. J’ai toujours beaucoup aimé ce genre de récits. Sans doute font-ils vibrer ma fibre comptable!

Par ailleurs, moi qui adore les cartes, j’ai été ravie que l’une des illustrations soit une représentation de l’île. J’y avais mis un marque-page et j’étais toute contente de pouvoir m’y reporter à chaque expédition des enfants. Je sais, il m’en faut peu pour être contente!

De plus, la vie des jeunes naufragés n’est pas touhours paisible et dangers, mystères et découvertes viennent régulièrement agréablement pimenter le récit, qui m’a passionnée.

Le point qui m’a un peu étonnée, même s’il s’explique peut-être par le fait que le public visé était autant les jeunes que les adultes, c’est que les enfants se sont contentés de reproduire l’ordre social qu’ils connaissaient sans jamais sembler être tentés, ni même imaginer, de s’en écarter. Comme dans leur collège, les petits sont soumis à l’autorité des grands. Et, surtout, le jeune mousse noir, Moko, qui s’est trouvé sur le bateau avec eux, n’est jamais considéré autrement que comme un serviteur, même si ses compétences en navigation ont rendu de grands services, et même si l’un des élèves l’assiste dans ses fonctions de cuisinier. Lui-même semble n’aspirer à rien d’autre, et se montre constamment dévoué à ses compagnons d’infortune.

J’ai été également frappée par le fait que, en dépit des dangers courus par les enfants, le cadre conserve toujours quelque chose de rassurant. Sans doute est-ce également dû au fait que le roman était pensé pour être lu par des jeunes. De ce fait, je me serais attendue à ce qu’il soit moins long (500 pages) et moins technique. Tel qu’il est, je ne me serais pas vu le lire avant l’adolescence. Mais peut-être l’histoire m’aurait-elle moins plu si elle avait été moins enfantine.

Si le roman est clairement daté dans les valeurs qu’il véhicule, il n’en demeure pas moins captivant. C’est donc avec plaisir que j’ai partagé avec Jérôme cette lecture, qui me permet également d’enregistrer une deuxième participation au challenge Cartable et tableau noir de George.

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19 commentaires pour Deux ans de vacances

  1. je n’ai lu jusqu’à présent que deux livres de Jules Verne, « De la terre à la lune », et « La journée d’un journaliste américain en 2889 », que j’avais beaucoup aimé (j’étais en CM2) suis pas sûr de le reprendre aujourd’hui, par contre.

  2. jerome dit :

    J’ai lu la version abrégée et c’est tant mieux car je crois que j’aurais eu beaucoup de mal avec l’empilement des termes techniques. Sinon notre ressenti se retrouve sur bien des points : un vrai plaisir de lecture et le constat que tout cela est daté et véhicule des valeurs auxquelles les jeunes lecteurs d’aujourd’hui auraient bien du mal à croire.
    Bon, et à part ça, c’est quoi notre prochaine lecture commune ?

    • Marie dit :

      Si les termes techniques m’ont semblé contribuer à rendre l’oeuvre difficile d’accès pour des enfants, j’ai tout de même survécu et je pense que tu en aurais fait autant! J’ai juste regretté à quelques reprises d’être trop flemmarde pour aller chercher un dictionnaire.
      Bah, on avait parlé de la saga Malaussène et des Diaboliques pour le deuxième semestre, non?

  3. Ping : "Challenge Cartable et Tableau Noir" By George |

  4. George dit :

    ça fait des lustres aussi que je n’ai plus lu Jules Verne, et tu me donnes bien envie de m’y remettre d’autant que plusieurs de ses romans sont dans ma vieille PAL ancestrale !
    Merci pour ta participation au challenge !

    • Marie dit :

      Je suis allée jeter un oeil à ta PAL pour voir ce que tu avais en stock. Je n’ai rien trouvé dans la PAL noire et seulement 20000 lieues sous les mers dans les autres. Est-ce bien normal? Le chiffre faramineux qui apparaît sur ton blog serait-il encore sous-estimé? :-P
      En tout cas, s’il te prend un jour l’envie de dépiler Jules Verne de ta PAL, je serai volontiers partante pour t’accompagner!

      • George dit :

        J’ai deux romans de Jules Verne absent de ma PAL (qui ne sera jamais totalement à jour, je le crains) : Le rayon vert et le château des Carpathes et il me semble que je m’étais acheté « les indes noires » aussi, mais je ne sais plus où il est :( !

  5. missycornish dit :

    Sympa cette lecture voilà un roman qui me plairait de lire. Je n’ai pas lu encore Jules Verne mais j’adore les récits d’aventure et en particulier les robinsonnades.
    Dis-moi tu ne serais pas intéressée par hasard par une lecture commune autour de Belle du seigneur (le film vient de sortir et à cette occasion je voulais le lire mais je cherche d’abord des interessés), je pense qu’un livre aussi entraînerait une discussion passionnante! Tu ne trouves pas? A très bientôt

    • Marie dit :

      Oui! Ca fait longtemps que j’ai envie de découvrir ce livre… même si je ne sais pas de quoi il parle. Tout dépend quelle serait l’échéance.

  6. Je n’ai jamais lu de Jules Verne, en fait, si j’ai déjà dévoré quelques classiques anglais, je n’ai pas encore touché aux classiques français (Proust me fait pourtant de l’œil depuis des années)… Il serait quand même temps que je m’y mette et le récit de Deux Ans de Vacances m’a l’air vraiment sympathique. Le thème des difficultés et la responsabilité chez des enfants peut être réellement intéressant et Jules Verne semble maîtriser son sujet.
    Pour la débrouillardise des enfants, l’époque joue peut-être (et en Nouvelle-Zélande, on y élève de vrais hommes *sort* C’était vraiment la blague à part) tout comme les fonctionnements sociaux, mais ça peut donner un autre attrait en fait !

    À mon âge, je pense pouvoir me lancer dans la version intégrale avec les termes techniques. Et puis, aujourd’hui, Internet peut servir de dictionnaire gigantesque et ambulant, donc je suis armée~

    Merci pour cette chronique, je vais pouvoir faire une vraie entrée dans la littérature du XIX siècle français (et je pense à Proust et son malheureux Swann bien sûr)

    • Marie dit :

      C’est vaaachement bien, Proust!!!
      Oui, je pense aussi que l’époque et le contexte jouent pour la débrouillardise des enfants. Et le côté un peu pédagogique du roman ne gache pas du tout le plaisir de la lecture.
      (Faut lire aussi Balzac, Dumas, Barbey d’Aurevilly, Maupassant…)

  7. Ping : Journal de lecture – juin 2013 et chroniques express (ça devient une habitude…) | Et puis…

  8. Ping : Challenge Cartable et tableau noir : Bilan saison 1 ! |

  9. Chloé dit :

    Je dois lire ce livre pour l’école et franchement je le trouve top ! Je dois faire un abécédaire sur celui-ci et c’est simple pour quelques lettre ensuite d’autres c’est plus dur mais je vais y arriver =)

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