Je sauve le monde dès que je m’ennuie

Je n’aurai pas été très présente cet été. Entre les vacances, des soucis de virus informatique et le temps consacré à la bestiole que j’ai eu quasiment non stop depuis six semaines, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de bloguer. Et puis, si j’ai plusieurs billets en cours de rédaction, je me suis sentie trop flemmarde, ces derniers jours, pour les continuer lorsque je peux enfin me poser à loisir devant mon écran, tard le soir. Pour remettre le pied à l’étrier en douceur, je vais donc commencer par une chronique facile, celle d’un petit roman jeunesse qu’on a dévoré en quelques dizaines de minutes au mois de juin. Je voudrais essayer, si j’en trouve le temps et le courage, d’alterner pendant quelques semaines les billets sur des romans jeunesse et sur mes lectures. En effet, depuis 2 mois et demi que je n’ai pas fait le point sur les lectures de la bestiole, celles-ci ont été fort nombreuses!

51EkN7N9DiL__SY445_Eugène, le petit narrateur de ce roman, est doté d’une imagination débordante. Il invente perpétuellement des histoires dans lesquelles il accomplit des exploits incroyables, avec l’aide de Jack Sparrow ou de Naruto. Parfois, il défie et bat à plates coutures les plus grands joueurs de foot, mais, plus souvent, il est aux prises avec des monstres marins, des savants fous ou des extra-terrestres, dont le nom est généralement inspiré de celui de sa maîtresse.

Le problème, c’est qu’Eugène est perpétuellement dans son monde et n’arrive pas à rester les pieds sur terre. Il s’attire évidemment les foudres de sa maîtresse, car il n’écoute pas en classe et a de mauvaises notes. Mais il excède aussi ses parents par ses absences continuelles, et un peu ses copains, parce que, pendant qu’il s’invente des exploits, il joue de travers.

Exceptionnellement, je vais spoiler , car j’ai eu un problème avec le dénouement de l’histoire. Je vous invite donc à sauter les deux paragraphes suivants si vous ne voulez pas savoir comment ça se termine.

Les parents d’Eugène, soucieux, emmènent leur fils chez un pédopsychiatre. Mais celui-ci conclut qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, que nous avons tous besoin de nous évader, et qu’Eugène a la capacité de le faire. Le petit garçon se sent donc pourvu d’une sorte de super pouvoir.

D’ordinaire, je ronchonne contre les livres pour enfants qui se veulent moralisants. Mais, comme je suis pétrie de contradictions et, sans doute, parce que je me suis sentie très concernée par ce que vit cette famille, j’aurais aimé, pour une fois, que ce livre soit un tant soit peu moralisateur. En effet, je suis bien d’accord avec les parents d’Eugène et je trouve que le gamin prend le chemin de foutre sa scolarité en l’air. Et j’aurais bien aimé que le pédopsy dise un truc du genre : « Tu as un pouvoir formidable mais, comme pour les pouvoirs des super-héros, il peut s’avérer dangereux et néfaste, si tu n’apprends pas à le maîtriser. »

J’ai l’impression que la bestiole est assez d’accord avec moi sur ce point, car il a traité à plusieurs reprises Eugène de « fou » et de « tête en l’air », mots qui, dans sa bouche, signifient que le comportement du héros lui paraît inadéquat.

Abstraction faite de cette réserve, ce qu’il faut retenir de ce roman, c’est qu’il est drôle et formidablement bien raconté, avec allant et dynamisme. Et puis on a tous été, à un moment ou à un autre, je pense, des Eugène.

Le livre a visiblement beaucoup parlé à la bestiole, qui a littéralement vécu sa lecture. Alors que, depuis quelques mois, il est relativement attentif et silencieux quand je lui lis quelque chose, j’ai eu l’impression d’être revenue, pour quelques minutes, aux pires moments d’avant le début de sa rééducation pour son TDA/H et d’avoir un Eugène en face de moi : il a passé son temps à gigoter et m’interrompre, et s’est même levé à plusieurs reprises pour inventer et mimer des suites des aventures que rêve Eugène, encore plus abracadabrantes que celles du livre.

Une fois la dernière page refermée, il s’est exclamé : « Super! Il y a un tome 2? » . Et c’est bien là l’essentiel!… Comme il n’y a pas de tome 2, je vais voir ce que je peux trouver d’autre de l’auteur à lui proposer dans sa tranche d’âge.

Je sauve le monde dès que je m’ennuie
Guillaume Guéraud
Editions du Rouergue
Collection Zig Zag

Cet article, publié dans Littérature jeunesse, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Je sauve le monde dès que je m’ennuie

  1. Ha tiens, ça me fait penser à un autre livre pour enfants que j’avais beaucoup aimé, « Les journées très douces de Thimotée le rêveur » (pour enfants plus grands, j’avais 10 ans et quelques) Thimotée, c’est un gosse qui prend prétexte de n’importe quelle situation vécue pour imaginer, broder une histoire dessus. Donc il est très distrait et dans la lune, mais par contre, il y a toujours une cohérence entre la situation qu’il imagine et celle qu’il vit réellement (il est en retard à l’école: il imagine qu’il fait une course de formule 1. Il doit faire un exercice de maths: il est dans une fusée qui va se crasher s’il ne résoud pas le problème en question) du coup, ça lui permet d’être quand même relativement adapté selon les situations, et de pas aller voir le pédopsy :) le problème étant simplement le lien entre réalité et imaginaire, qui permet aussi de distinguer les deux finalement

    • Marie dit :

      Je ne connais pas ce livre, mais il y a effectivement des similitudes. La différence, ici, c’est que si Timothée peut aussi partir d’un problème de maths pour se mettre à rêver, il part à des années lumières, dans des histoires qui n’ont aucun rapport avec les maths, d’où son souci.

  2. derynnaythas dit :

    au pire, il deviendra rôliste!

  3. jerome dit :

    J’avais bien aimé ce roman. Maintenant il ne faut pas attendre de cet auteur la moindre leçon de moral, il est plutôt connu pour ses titres sulfureux comme le très célèbre et très controversé « Je ne mourrai pas gibier. »

    • Marie dit :

      Je n’avais pas regardé ses titres chez Doado, comme on n’en n’est pas encore là et n’avais pas vu Je mourrai pas gibier. Le contraste entre les deux titille ma curiosité. Je le lirai peut-être dans quelques années.
      Pour en revenir à celui-ci, j’ai exprimé mon ressenti de parent, très concerné par un problème similaire, qui plus est. Le petit, même s’il a fait preuve d’esprit critique vis à vis d’Eugène, ce qui me ravit, ne s’est pas arrêté sur cette question-là et a eu un ressenti entièrement positif. Je pense que c’est le principal.

  4. Mo' dit :

    Je l’avais repéré chez Jérôme mais je n’ai pas fait la démarche de concrétiser pour que nous puissions le découvrir à la maison. Ce que tu me dis me plait, malgré tes bémols. J’aime quand une lecture crée de mini-débats entre mon fils et moi. Et le fait que ce récit soit un peu excentrique n’a rien pour me déplaire ^^

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s