Le yark

516gu6ihe0L__SY445_Etant donné que je bloque depuis 2 semaines sur un billet à propos de La librairie Tanabe, non pas parce qu’il ne m’a pas plu, mais parce que je l’ai lu début juillet et que, je ne sais pas pourquoi, j’ai du mal à trouver le courage nécessaire pour me remémorer et mettre en forme ce que je voulais en dire, je poursuis sur de la littérature jeunesse, sujet plus facile et, donc, plus motivant.

Pourtant, je ne vais pas écrire à propos du Yark le billet que j’aurais voulu. J’avais noté ce livre depuis déjà bien longtemps, alléchée par les propos élogieux unanimes lus sur la blogosphère. L’avis enthousiaste de Jérôme cet hiver m’avait porté le coup de grâce : il nous le fallait, et vite! J’étais persuadée qu’il m’inspirerait le même enthousiasme, et je me réjouissais d’avance de cette lecture qui, forcément, serait un coup de coeur. Malheureusement, si j’ai beaucoup aimé la forme, j’ai été relativement déçue par le fond. En raison de mes goûts personnels et, sans doute, de ce que j’en attendais trop, plutôt que de défauts du livre, qui, au contraire, a de gros atouts.

Je rappelle le contexte en deux mots pour ceux qui ne connaîtraient pas encore : le yark est un monstre qui se nourrit d’enfants. Cependant, il a l’estomac délicat et a du mal à digérer les garnements. Il lui faut donc des enfants sages, mais ceux-ci sont devenus bien rares de nos jours.

J’ai d’abord lu le livre seule, pressée que j’étais de le découvrir, et j’ai été étonnée de trouver, là où je m’attendais à être séduite et charmée, une histoire somme toute assez conventionnelle. Ce qui fait son originalité, c’est l’audace d’avoir choisi un tel héros, de faire partager au lecteur les déboires rencontrés par celui-ci dans sa quête de nourriture et d’avoir peint les enfants sous un jour si noir. Le principal intéressé a d’ailleurs éprouvé un véritable dilemme lorsque je le lui ai lu, et ça je trouve que c’est intéressant. En revanche, l’âme sensible que je suis aurait aimé que le livre soit moins sombre. Et, en parfaite casse-pieds, j’aurais souhaité que cette noirceur ne soit pas compensée par une fin si morale, classique et mièvre.

Comme je le disais plus haut, si le fond m’a déçue, j’ai, en revanche, grandement apprécié la forme. La langue est pour moi le principal point fort de ce petit roman. Le ton est mordant, c’est drôle et joliment écrit, avec un vocabulaire plutôt soutenu. Mais, si je m’étais régalée sur ce point lors de ma lecture en solitaire, j’ai trouvé que le roman prenait toute sa dimension lorsque j’en ai fait la lecture à voix haute à la bestiole. C’est seulement là que j’ai pris totalement conscience du travail d’écriture, des rimes et de la musicalité du texte. Alors qu’il m’arrive, lorsque je lui fais ainsi la lecture, de me mettre en roue libre et m’évader dans mes pensées, je suis cette fois restée pleinement attentive et j’ai savouré.

Lui, disais-je, a été pris dans un dilemme : il s’est tout de suite attaché au personnage du yark et à sa bonne bouille, mais n’avait pas envie qu’il mange d’enfants. Au début, il a bien accroché, car il a trouvé certains passages très drôles. Mais le livre est trop sombre à son goût. Son verdict, une fois le livre refermé, fut que c’était une histoire triste. Auprès de lui plus encore qu’auprès de moi, Le yark a relativement fait un flop. Je ne regrette cependant pas que nous ayons fait cette lecture, du fait de ces sentiments mêlés qu’il a éprouvés, que je trouve intéressants pour lui, et qui lui auront peut-être inspiré matière à réflexion. Par ailleurs, il a été complètement séduit et fasciné par les magnifiques illustrations de Laurent Gapaillard (qui a collaboré, entre autres, au superbe film d’animation Renaissance, sorti il y a déjà quelques années), s’arrêtant longuement sur chacune d’elle.

Je reste donc sur une impression relativement mitigée, dont je suis bien désolée. Je ne regrette néanmoins pas notre lecture, et je recommanderais volontiers le livre, du fait des points positifs que j’ai évoqué : son antihéros, son ton original et surtout sa belle écriture, qui me donne envie de ne pas en rester là avec son auteur.

Il est à noter qu’une adaptation en film est en cours.

Le yark
Bertrand Santini
Grasset Jeunesse

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10 commentaires pour Le yark

  1. Mo' dit :

    Je vous aime mes cobayes adorés. Je voulais l’acheter cet ouvrage. Je l’ai feuilleté avec mon bambino, lui présentant le livre comme une petite pétpite (lu la chronique de Jérome, Noukette et Marilyne). Lui était assez dubitatif, a lu quelques passages et a reposé gentiment le Yark en disant que je pouvais le lire mais que lui avait d’autres idées qui lui plairaient plus ^^ On en est resté là. Vu la moue de ton fils (et leurs gouts souvent proches)… on va passer je crois

    • Marie dit :

      Je suis ravie si on peut t’être utile. :-) C’est vrai que leurs goûts semblent assez proches, ce qui fait que je suis contente quand je peux piocher chez toi des trucs que ton grand a testés et approuvés. C’est cool que le tien ait des idées et le fasse savoir. Je pensais que le mien s’émanciperait avec l’âge mais il semble de plus en plus se reposer sur moi pour dénicher des trouvailles et ne se diriger, en librairie, que vers les séries qu’il connaît déjà. J’espère que ce n’est que temporaire.

      • Mo' dit :

        Une petite précision s’impose du coup : mon petit bonhomme se tourne majoritairement vers des séries qu’il connait (ou des séries déjà commencées que je lui avais fait découvrir ou des univers qu’il a vu en dessin animé et qu’il souhaite prolonger en BD/manga/comics). Mais parfois quand je lui propose une nouveauté, il accroche avec la présentation ou ce qu’il voit en feuilletant lui plait. La dernière fois en revanche, il m’a surprise en sollicitant de lui-même notre libraire ! :D « Pas mal » je me suis dit ^^

  2. nathalie dit :

    Moi j’adore les dessins… ils ont l’air superbes ! C’est dommage que ce soit mièvre comme ça.

    • Marie dit :

      Les dessins sont effectivement superbes. C’est surtout la fin qui est mièvre. Le livre, dans son ensemble, a un ton irrévérencieux, et j’aurais bien aimé que l’auteur le pousse jusqu’au bout. Cependant, le livre étant assez sombre, ça aurait sans doute fait trop pour des enfants si la fin n’avait pas été si rose pour compenser?

  3. jerome dit :

    Le problème majeur c’est que c’est sous son aspect très enfantin, c’est un titre qui s’adresse à des enfants de 9-10 ans, pas avant. On va le faire lire à des 6èmes cette année et je crois que c’est le public idéal.
    Après je te rejoints sur la fin qui a été pour moi une grosse déception et qui aurait dû rester dans le même ton un peu « acide » pour clôturer le récit en beauté. Et je te rejoints aussi sur la qualité de l’écriture et des illustrations. On est d’accord finalement, non ? Ah oui, et c’est aussi un très bel objet livre, c’est un aspect qui compte beaucoup pour moi. Je ne suis pas déçu de lire ton avis mitigé, je m’en doutais un peu (je commence connaître tes goûts^^).
    Pour la peine, je te donne en exclusivité le titre de la dernière pépite jeunesse que je viens de dénicher. C’est un album qui s’intitule « La petite fille en rouge » et c’est d’une richesse incroyable (même si là encore je ne suis pas certain qu’il vous convienne à toi et à ta bestiole…).

    • Marie dit :

      Effectivement, le livre s’adresse à des enfants déjà un peu grands, et c’est pourquoi je ne l’avais pas acheté avant. En revanche, connaissant mon bestiau, je pense que, quand il sera en 6ème, il jugera ce genre de titre trop enfantin pour lui, et que ça ne passera pas si bien que maintenant, même si le contenu a une certaine profondeur. (Le souvenir que je garde des cours de français en 6ème, c’est d’avoir découvert avec bonheur Molière avec Le malade imaginaire. Imaginer Le yark étudié en parallèle me fait tout drôle!). Après, je pense que, comme pour tout les livres, c’est avant tout une question de goûts et de sensibilité : lui et moi, les histoires tristes, on a du mal.
      J’imagine bien que tu te doutais du contenu de mon avis, étant donné qu’on en a discuté un peu il y a quelques temps. Et, oui, on se rejoint assez, finalement.
      Merci pour l’exclusivité! Je peux me tromper, mais il me semble avoir entendu une chronique sur La petite fille en rouge il y a quelques mois sur France Inter dans L’as-tu lu mon petit loup. Effectivement, si la couverture semble superbe, ce que j’ai entendu du contenu ne m’a pas fait envie plus que ça. Mais je te lirai avec plaisir sur cet album.

  4. Theoma dit :

    Mince alors ! Moi, je l’ai adoré ce Yark.

    • Marie dit :

      Je ne crois pas avoir lu d’avis aussi peu positif que le mien à propos de ce Yark qui a emballé tout le monde. Le livre est plein de qualités, mais mon fils et moi sommes assez hermétiques aux histoires tristes.

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