Le pavillon d’or

51N7fq09K3L__SY445_Fils d’un bonze, destiné à le devenir lui-même, le narrateur relate son parcours de l’adolescence à l’université, à partir des dernières années de la deuxième guerre mondiale. Le Pavillon d’Or du temple de Rokuonji à Kyoto joue un rôle central dans sa vie depuis sa plus tendre enfance. Son père le lui a, en effet, décrit depuis toujours comme ce qu’il y a de plus beau au monde. Mizoguchi grandit donc en rêvant du Pavillon d’Or, jusqu’à ce que son père, malade, l’y emmène pour la première fois. Après la mort de celui-ci, le garçon est accueilli comme novice au Pavillon d’Or et, bien qu’il le cotoie désormais tous les jours, sa fascination demeure intacte.

Ce roman, publié en 1956, est inspiré d’un fait divers qui s’est produit en 1950 : un jeune bonze de 21 ans a détruit par le feu le Pavillon d’Or, vieux de six siècles. Jugé mentalement déséquilibré, le jeune homme, qui menait une vie dissolue et risquait d’être renvoyé, a d’abord déclaré avoir agi par haine de la beauté, puis, dans un deuxième temps, a expliqué que son geste avait été motivé par la vengeance, puisque ses espoirs de succéder au prieur du temple s’étaient évanouis. Mishima, dont le personnage est très fidèle à son modèle, s’est cependant tenu à la première raison alléguée par le coupable. Ainsi, il ne s’est pas limité à décrire le cheminement tumultueux d’un jeune homme jusqu’à son acte final, mais a élaboré toute une réflexion autour de la beauté, symbolisée pour le narrateur du roman par le Pavillon d’or, qui lui inspire des sentiments contradictoires et complexes, et, dans une moindre mesure, de la vie, la première pouvant s’opposer à la seconde.

Le traducteur de mon édition cite un extrait du journal de Mishima :

Mon Kinkakuji est une étude approfondie des mobiles d’un crime. Une conception superficielle et baroque de quelque chose comme, par exemple, la Beauté, peut suffire à provoquer l’acte criminel d’incendier un trésor national. Si l’on se place d’un autre point de vue, il suffit, pour échapper à sa condition présente, de croire à cette idée folle et superficielle, et de l’hypertrophier jusqu’à en faire une fondamentale raison d’être. C’était le cas de Hitler…

J’ai été un peu étonnée, du fait que les deux ouvrages n’ont a priori pas grand-chose en commun, que certains passages relatifs à la beauté dans le roman m’évoquent L’imaginaire érotique au Japon d’Agnès Giard. Celle-ci, dans les chapitres relatifs au goût de certains japonais pour les jeunes filles en train de devenir femmes, ou pour les fantasmes d’humiliation et de SM, affirme que ce qui est considéré comme beau, dans la culture japonaise, est éphémère. La destruction est un moyen conférer ce caractère éphémère à quelque chose d’intrinsèquement durable comme un bâtiment et, en ce sens, n’est pas antinomique de la beauté, au contraire. Il ne s’agit donc pas simplement d’un simple sentiment de haine mais de quelque chose de beaucoup complexe.

Le Pavillon d'Or - reconstruit à l'identique en 1955 et classé depuis sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO

Le Pavillon d’Or – reconstruit à l’identique en 1955 et classé depuis sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO

Voilà des années que je voulais découvrir Mishima qui fait, à mes yeux, partie des auteurs incontournables que l’on se doit d’avoir lu. Je ne l’avais pas fait, jusqu’à présent, parce que l’on ne peut pas tout lire, et parce que c’est un auteur qui m’intimidait un peu, du fait qu’il n’est pas réputé d’un abord facile et que je n’étais pas certaine de parvenir à comprendre et apprécier son univers. Une fois de plus, le challenge Ecrivains japonais d’Adalana m’a permis de combler une lacune. Après une longue hésitation, mon choix s’est porté sur Le pavillon d’or, parce que j’ai lu qu’il était d’un abord facile et que ce pouvait être une bonne façon de se lancer dans l’oeuvre de Mishima.

Malheureusement, cela a été pour moi un rendez-vous raté. Un peu comme pour La jeune fille suppliciée sur une étagère, le mois dernier, j’ai admiré et apprécié l’écriture, mais je n’ai pas accroché au fond, qui a suscité en moi un sentiment de malaise. Pour être tout à fait honnête, j’avoue que j’ai lu le livre en une après-midi : je ne pensais pas trouver le courage de reprendre le livre suffisamment rapidement pour poster mon billet si j’interrompais ma lecture. J’ai été touchée par le style poétique et par certaines formules qui m’ont parlé. Mais la répugnance que m’ont inspiré Mizoguchi et quelques autres personnages qui sont un peu développés dans le roman, ainsi que leurs idées, m’ont empêchée de m’intéresser au narrateur et à son cheminement. Je n’éprouvais aucune envie de découvrir ce qui allait lui arriver… et peut-être d’autant moins que je savais comment le livre allait se conclure. C’est complètement idiot et j’en suis totalement désolée, car il est clair à mes yeux que Mishima est un grand auteur. J’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose, je suis restée en dehors du livre.

Je suis néanmoins preneuse de suggestions pour une nouvelle tentative!

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9 commentaires pour Le pavillon d’or

  1. cleanthe dit :

    Le malaise est partie prenante de la plupart des romans de Mishima, me semble-t-il. Personnellement, j’ai beaucoup aimé Le pavillon d’or. Mais il ne me semble pas l’entrée la plus facile dans l’oeuvre de Mishima. Tu pourrais essayer ‘Le tumulte flots’, l’histoire d’un jeune homme amoureux d’une jeune fille sur une île japonaise vivant en quasi autarcie, un roman sensible, qui développe l’image d’un Japon candide et innocent (par le biais de son personnage principal), en voie d’être balayé par l’histoire.

    • Marie dit :

      J’avais effectivement cru le comprendre, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je n’osais pas trop lire Mishima. Parfois la sensation de malaise ne m’empêche pas d’apprécier un livre, et d’autre fois je bloque, sans que je sache trop expliquer ce qui fait que dans certains cas ça passe et dans d’autres pas. Pourtant, un auteur qui bouscule ses lecteurs peut être plus intéressant qu’un autre qui caresse ses lecteurs dans le sens du poil, qu’on adhère à ses idées ou pas. De ce fait, je me sens assez frustrée par ma lecture. Du coup je note le roman que tu m’indiques. Merci du conseil.

  2. jerome dit :

    Un auteur qu’il faut avoir lu, je crois que tu as raison. Malheureusement ce n’est pas encore mon cas. Il faudrait juste que je trouve le bon livre.

  3. mrspepys dit :

    Ce fut une déception pour moi aussi, et pour des raisons assez proches des tiennes. Mais l’expérience valait la peine cependant, et le challenge d’Adalana permet de les multiplier.

  4. Adalana dit :

    J’ai eu à peu près le même sentiment que toi vis à vis de ce roman. Le personnage de Mizoguchi m’avait dégoutée et je n’avais pas relu Mishima jusqu’à ce mois-ci à cause de ça. J’espère que ça ne t’empêchera pas de découvrir d’autres textes qui te plairont peut-être plus !

  5. Ping : Challenge Écrivains japonais : Récap’ de septembre | Adalana's Imaginary World

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