Journal de lecture – été 2013 2/2

Fatalement, disais-je dans mon précédent billet, j’ai fini par retomber dans les polars historiques. Cette rechute s’est produite début août, et depuis j’enchaîne les romans!

J’entretiens des relations compliquées avec les romans historiques. Je les recherche parce qu’ils me font rêver, parce que j’ai envie d’y retrouver les époques et lieux qui m’attirent, ou de me dépayser avec d’autres que je ne connais pas. Mais, en même temps, je suis très exigeante et m’agace très vite si le roman n’est pas comme je le voudrais ce qui, forcément, se produit souvent.

A mes yeux, le contexte historique est un point essentiel. Je trouve ça légitime qu’un auteur veuille s’affranchir de la réalité historique dans une oeuvre de fiction et créer son propre univers, mais j’aimerais que, dans ce cas, ce soit clairement compréhensible pour le lecteur. Si, en revanche, l’auteur se veut fidèle à la réalité, j’attends qu’il se soit documenté de façon pointue.

Mon second critère d’appréciation des romans historiques porte sur l’intrigue. Celle-ci, loin d’être un prétexte pour asséner au lecteur un cours d’histoire, doit être habilement construite et le tenir en haleine.

Allier ces deux aspects est bien évidemment chose difficile. D’où mes déceptions régulières, qui ne m’empêchent pas de revenir inlassablement au genre, à la recherche de l’auteur qui saura me séduire.

En matière de polars historiques, ma préférence va inconstestablement de très loin aux romans de Jean-François Parot, qui allie avec bonheur rigueur historique et intrigues policières bien ficelées et passionnantes. Il restait de lui quelques romans parus en poche que je n’avais pas encore lus. Je les ai enchaînés avec avidité.

Parot

Et là, j’ai eu une mauvaise idée. J’étais décidée à attendre la sortie en poche de L’année du volcan, mais je n’avais pas envie d’en rester là avec Nicolas Le Floch. Je me suis donc pris le coffret des quatre premières saisons de la série télé. Aie…

La série n’est pas mauvaise en soi. Elle est divertissante et plutôt de qualité. Mais la regarder juste après avoir lu les romans était une grave erreur. Je pense que, tant qu’à choisir, il vaut mieux commencer par voir les films et se laisser tenter par eux de découvrir les romans. En faisant abstraction du problème récurrent dans ce type de situation qui est que j’avais déjà développé tout un imaginaire autour des romans, avec lequel la série ne pouvait fatalement pas coller, celle-ci est, objectivement, très en-dessous des livres dont elle est inspirée, selon mes deux critères de jugement, que j’ai exposés plus haut.

Tandis que, dans les ouvrages de Jean-François Parot, le contexte historique est, de la bouche même d’historiens, impeccable, la série ne s’embarrasse pas d’autant de scrupules. J’ai repéré des erreurs qui m’ont fait grincer des dents,  alors que c’est une époque que je ne connais que très peu, le pompon étant la transformation subie par le personnage de La Satin, qui est totalement délirant dans la série. Mais ce qui m’a surtout gênée, c’est que ses auteurs jouent à fond sur les clichés relatifs à cette époque et, donc, sur des extrêmes.

Evidemment, un film n’a pas les mêmes impératifs et objectifs qu’un livre, ce qui explique que chaque épisode a son combat à l’épée alors qu’on n’en trouve aucun dans les romans. Néanmoins, je regrette que les auteurs de la série aient fait du règne de Louis XV une époque barbare où, tandis que le peuple crève de faim, les privilégiés s’adonnent au libertinage et à la satisfaction de leurs penchants cruels. Bien évidemment, il serait idiot et de mauvaise foi de dire que c’était une époque paisible et idyllique, mais il semble que, pour avoir du succès aujourd’hui, il faut du sexe et du sang, et ça m’agace, d’autant plus lorsque la série va à contre-courant de l’esprit des romans.

Pour donner un exemple, Jean-François Parot prend soin de rappeler que la torture n’a pas été supprimée par la Révolution, comme on pourrait le croire, mais par Louis XVI dès 1680, et son personnage s’enorgueillit de n’y avoir jamais eu recours dans ses enquêtes, jugeant les aveux ainsi obtenus d’une valeur nulle. J’ai donc un peu de mal quand je vois Nicolas Le Floch arpenter sereinement les couloirs du sous-sol du Châtelet tandis que des hurlements y résonnent en permanence. De même, alors que, dans L’énigme des Blancs-Manteaux, deux victimes sont « simplement » assassinées, elles sont abominablement torturées dans l’adaptation télévisuelle, sans que ça n’apporte rien à l’intrigue, au contraire, la synthèse subie par celle-ci pour rentrer dans le format imposé la rendant beaucoup moins crédible que dans le roman. Quel intérêt alors?

Je ne suis pas plus convaincue par l’aspect enquêtes policières. Si les adaptations de romans tirent à peu près leur épingle du jeu, quoique les histoires soient parfois un peu malmenées, les épisodes inventés de toutes pièces m’ont paru plutôt mauvais. Seul Le dîner de gueux m’a plu, parce que certains passages m’ont fait sourire, mais il m’a fortement rappelé Arsène Lupin et tous les bandits célèbres de l’Ancien régime. Les intrigues des deux autres épisodes inventés que j’ai vus étaient à dormir debout.

Il me reste le dernier épisode de la quatrième saison à voir. Je le regarderai pour avoir le sentiment d’amortir un peu l’argent que j’ai dépensé, mais je ne déborde pas franchement de motivation!

Je me suis consolée en me plongeant dans la suite des enquêtes que mènent Victor Legris, libraire, et son commis Joseph Pignot, à Paris, dans les dernières années du XIXe siècle, et fort heureusement, il m’en restait beaucoup à lire.

Izner

51sKSDisvjL__SY445_

La série des Victor Legris est pour moi l’exception, pour ce qui concerne mes critères d’appréciation d’un roman historique. D’une part, je n’y prête que peu d’attention au contexte historique, même si j’apprécie le « résumé » des événements ayant marqué l’année durant laquelle se déroule chaque tome, à la fin de chacun des livres. En effet, c’est une époque que je ne connais pas et qui, à la fois, m’est familière parce que proche de la nôtre et faisant revivre des souvenirs familiaux. D’autre part, si les deux soeurs savent à merveille accumuler les morts et m’entraîner dans les hésitations et découvertes de leurs héros, les dénouements sont quasiment toujours pour moi une déception : le mobile de l’assassin me paraît abracadabrant ou, au contraire, bien léger pour justifier autant de cadavres. Et, à la longue, leurs ficelles sont un peu grosses : à force qu’elles présentent au début un individu suspect, on finit par deviner tout de suite que ce n’est pas l’assassin et trouver le procédé un peu répétitif.

En dépit de ces défauts, j’ai lu chacun des tomes avec beaucoup de plaisir. J’aime suivre l’évolution des personnages et de leur clan familial, ma préférence allant à Joseph Pignot, ce jeune homme qui passe ses loisirs à découper les faits divers repérés dans les journaux et qui rêve d’écrire des feuilletons. Et, tout simplement, j’aime le ton et l’atmosphère de ces romans.

51x172dzmsL__SY445_Malheureusement, le filon va se tarir puisque j’ai entamé le dernier tome paru… J’anticipe déjà la sensation de vide que je vais ressentir quand je l’aurai fini et la question, terrible dans ces cas-là, du « et maintenant, qu’est-ce que je lis? »… Partirai-je sur un tout autre genre, ou entamerai-je une nouvelle série?

Car si je suis régulièrement prise d’une envie de fiction historique, je m’arrête en général à un livre ou deux, tandis que j’ai été prise cette fois d’une véritable frénésie. J’ai, en effet, eu l’envie de faire le point sur les séries que j’avais entamées depuis longtemps afin de les reprendre. J’ai voulu ainsi rapatrier tous les premiers tomes lus auparavant, et relire ceux que j’avais bien aimés, pour avoir le contexte en tête afin de poursuivre les séries, et relire aussi ceux dont je n’ai pas trop de souvenir, pour voir si j’ai envie de continuer avec les tomes suivants ou pas. Je pensais avoir à peu près en tête tous les romans que j’avais lus, à défaut de me souvenir de l’impression qu’ils m’avaient laissée. Le meilleur moyen de me débarrasser d’une lubie virant à l’obsession étant d’y aller à fond, jusqu’à ce que j’en aie fait le tour et que j’éprouve l’envie de passer à autre chose, je suis donc allée inventorier le rayon « 10/18 » de ma bibliothèque, chez mes parents.

Quelle ne fut pas ma surprise d’y découvrir des livres dont j’avais totalement oublié qu’ils étaient passés entre mes mains, notamment de séries dans lesquelles j’avais envie de me lancer! Mais là où j’ai fait le plus fort, c’est que j’ai écrit dans mon billet à propos du Sabre du calife de Marc Paillet, il y a deux ans, que j’avais dû me tromper et acheter ce livre en croyant que c’était le deuxième tome de la série, alors qu’il s’agit en fait du quatrième, et que j’étais ennuyée d’avoir manqué les épisodes précédents… alors que lesdits épisodes précédents étaient sagement rangés sur mes étagères, ce qui veut dire que je les ai forcément lus. C’est triste d’avoir une mémoire de poisson rouge!

Je suis donc revenue chez moi avec une énorme pile de bouquins… des fois que ma PAL ne soit pas assez grosse… et, ma fringale de polars historiques n’étant toujours pas rassasiée et ma pile de livres à chroniquer étant toujours aussi haute, il est possible que je continue encore quelques semaines sur ma lancée… ou pas?…

Cet article, publié dans Lectures, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

20 commentaires pour Journal de lecture – été 2013 2/2

  1. tu partages cette passion des romans historiques avec ma mère :)))
    Tu as déjà lu Peter Tremayne? c’est un historien de formation, qui a étudié L’irlande du 7e siècle, et a été tellement fasciné qu’il a écrit des romans policiers se passant durant cette période, et dans ce pays. Il faut savoir qu’en Irlande à cette époque, les lois étaient bien avancées, juges plutôt: »Ces lois irlandaises garantissaient aux femmes plus de droits et de protections qu’elles n’en ont jamais eu jusqu’à aujourd’hui en occident. Elles pouvaient aspirer à toutes les fonctions à égalité avec les hommes. Dirigeants politiques, guerriers à la tête des troupes dans les batailles, elles exerçaient aussi les professions de médecin, de magistrat, de juriste, de poète et d’artisan. Les femmes étaient protégées contre le harcèlement sexuel, la discrimination et le viol. Concernant le divorce, elles jouissaient des mêmes droits que les hommes et pouvaient exiger une part des biens de leur mari. Elles héritaient en leur nom propre des propriétés leur venant de leur famille et avaient droit à des compensations si elles tombaient malades »
    Son héroïne récurrente est soeur Fidelma, qui est religieuse mais également avocate.
    A part ça, je viens de finir « La vie de laboratoire. La production des faits scientifiques », un livre de Bruno Latour, un sociologue des sciences très intéressant, qui a étudié pendant un an un laboratoire de recherche en biologie, pour en déduire le mode de fonctionnement du raisonnement scientifique. Il en arrive à une conception relativiste, ou plutôt constructiviste de la science (il rapproche le travail scientifique de l’exégèse biblique, point de vue qui est avéré sur le plan historique, il donne en bibliographie un bouquin qui étaye ce raisonnement. Il montre notamment que la réalité n’est pas le point de départ (la cause) du travail scientifique, mais bien plutôt son point d’arrivée (sa conséquence) Manière de dire que les scientifiques ne s’occupent pas tant de la réalité elle-même, mais des énoncés portant sur la réalité. Mais il y a une inversion du rapport cause/conséquence, pour les scientifiques les énoncés produits ne sont plus une suite de mots, mais la réalité brute. En fait ils n’ont pas la réalité pour cause première d’existence, c’est bien la réalité qui découle des énoncés) à l’époque où c’est sorti, il y a des scientifique qui ont dû péter les plombs, surtout qu’il est plutôt brillant ce type :)

    • Marie dit :

      Je n’ai pas lu la série de Peter Tremayne mais je la connais et elle fait partie de mes envies de lecture.
      Le livre de Bruno Latour a l’air intéressant mais compliqué.

      • effectivement, certains passages demandent une lecture vraiment approfondie. Mais ce qui est bien, c’est que ça m’a pas empêché de finir le bouquin. Là, je suis en train de finir « L’oeil vivant » de Jean Starobinski, un essai de critique littéraire sur différents auteurs: Corneille, Racine, La Bruyère, Rousseau, Stendhal. Je pourrais pas t’en faire un résumé synthétique car c’est assez divers, mais c’est remarquablement écrit. L’essai sur l’oeuvre de Rousseau en particulier, est époustouflant de maîtrise (sachant que je n’ai jamais particulièrement accroché à Rousseau comme écrivain) Bon, Starobinski fait partie de mes auteurs fétiches :)

  2. J’ai lu le premier livre de Claude Izner, qui précédait Victor Legris, eh ben je n’ai pas aimé du tout ! :/

    • Marie dit :

      Je vais faire l’impasse sur celui-là. Les critiques que j’ai pu lire l’ont jugé unanimement mauvais et s’accordaient à trouver que les deux soeurs se sont bien améloriées depuis. Peut-être pourras-tu leur redonner une chance?

  3. Parot et Izner sont deux auteurs (enfin 3) que j’ai très envie de découvrir, j’ai les premiers tomes de ces deux séries, donc je n’ai plus qu’à et ton billet est terriblement tentant, donnant envie de tout abandonner pour m’y mettre !

    • Marie dit :

      Oui, c’est dommage de les laisser croupir dans ta PAL! Et c’est vachement mieux qu’Anne Perry! (opinion totalement subjective! :-D)

  4. nathalie dit :

    Bizarrement je ne suis pas fan de Parot. En fait il y a deux choses qui me déplaisent. D’abord j’aime bien les intrigues policières classiques, un peu planplan. Et là on part tout de suite dans des secrets d’État qui font trembler la monarchie, avec services secrets et autres. Je comprends bien l’intérêt : cela fait évoluer le personnage dans différents milieux mais d’un point de vue de littérature policière ça me déplaît. Et quant à la documentation, rien à redire, tout est juste (et je connais un peu le XVIIIe) mais je lui reproche de vouloir montrer qu’il s’est documenté et que tout est juste : quand le héros se déplace on a les noms de rue, quand il mange on a le nom des plats et leur inventeur, etc. « Regardez comme je me suis bien documenté » D’un point de vue littéraire, ça me déplaît totalement.
    Bref… Je me suis achetée deux romans policiers historiques, je verrai comment ils sont !

    • Marie dit :

      C’est vrai que, de plus en plus, ses enquêtes touchent à des affaires d’Etat. Pour ma part, ça ne me dérange pas.
      C’est vrai aussi qu’il semble parfois vouloir accumuler les informations et que, dans certains cas, comme la déclamation systématique de la recette de chaque plat évoqué, ça peut sembler artificiel. J’aime bien cette masse d’informations et les longues discussions autour de l’actualité artistique ou politique, parce que j’aime bien l’ambiance de ces moments-là, mais j’imagine sans peine qu’on puisse trouver Parot bavard.
      J’espère que tu liras bientôt les romans que tu as achetés, des fois que je puisse piocher encore des idées supplémentaires de lecture!

  5. jerome dit :

    Je ne suis pas du tout fan de polar historique, je crois que je pourrais compter sur les doigts d’une mains ceux que j’ai lus au cours de ma vie de lecteur. Le dernier dont je me souvienne est « La valse des gueules cassées » de Guillaume Prévost…

    • Marie dit :

      Je sais bien que c’est un genre que tu n’aimes pas trop et je ne pensais pas que tu lirais ce billet. De Guillaume Prévost j’ai lu seulement Les sept crimes de Rome, il y a bien longtemps.

  6. mrspepys dit :

    Les deux séries de romans policiers historiques que tu cites sont aussi mes favorites. Dans les deux cas, je m’efforce de beaucoup espacer mes lectures, pour créer une forme de manque et ainsi bien profiter de chacune des intrigues. Ma préférence va aussi à Parot, que j’ai découvert après avoir visionné la première saison de l’adaptation. J’ai été agréablement surprise par la qualité des romans, bien supérieur à la série, en particulier pour les intrigues inédites.
    Quant à Guillaume Prévost, dont parle Jérôme, je confirme la qualité de la série débutée avec « La valse des gueules cassées » : tu devrais essayer…

    • Marie dit :

      Je me suis rendu compte, en regardant la bibliographie de Guillaume Prévost quand Jérôme l’a évoqué, que je lui attribuais à tort un roman que j’ai détesté… et dont j’ignore maintenant finalement et le titre et l’auteur. Comme je n’ai plus de raison d’éviter Guillaume Prévost, je risque en effet d’essayer dans le futur. :-)

  7. eimelle dit :

    J’aime bcp les romans historiques aussi, et je me rends compte que je ne connais pas la série Victor Legris, il faudrait que j’y remédie!

  8. Shelbylee dit :

    Comme tu aimes comme moi le Japon, l’histoire, les policiers historiques et les 10/18, je te conseille la série d’IJ Parker qui se passe au Japon au XIe siècle qui fait partie de mes séries préférées de la collection.

  9. Theoma dit :

    pas fan du genre non plus mais pourquoi pas !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s