Le tableau de Giacomo

41Sed61HysL__SY445_Fidèle à moi-même, j’ai acheté au Salon du Livre, il y a déjà plus de 6 mois, donc, ce roman en vue du challenge A la découverte des éditions Luce Wilquin de Mina, mais je l’ai seulement attaqué la semaine dernière et je viens juste de le terminer (c’est un ouvrage qui nécessite qu’on prenne son temps pour le lire) alors que le challenge se termine… demain… J’ai toujours fonctionné en gérant les urgences, mais je crois que je suis en train de devenir un cas désespéré…

Le roman, donc… Il a pour cadre Messine, en l’an 1654, et est centré autour de la collection de peintures rassemblée par don Antonio Ruffo. Celle-ci, alors l’une des plus belles et des plus célèbres d’Italie, a été principalement rassemblée par le courtier d’Antonio Ruffo, Giacomo di Battista, qui aimait passionnément ces tableaux, a travaillé extrêmement dur pour constituer la collection et était doté d’un goût très sûr. Au moment où se déroule le roman, Giacomo est un vieil homme, affaibli et malade, qui ne quitte quasiment plus sa maison, située dans la campagne voisine de Messine. Mais l’arrivée du tableau qu’il a commandé à un peintre flamand, il y a déjà quelques années, est enfin annoncée. Personne ne possède encore de tableau de ce peintre en Italie et cette commande a été considérée comme une folie, mais Giacomo était sûr de son choix et du génie de l’homme.

Je tiens d’abord à signaler que l’auteur a pris soin de déclarer, à la fin du premier chapitre :

Don Antonio Ruffo, donna Antonia, sa mère, donna Alfonsina, sa femme, et son courtier, Giacomo di Battista, sont des personnages réels. L’événement est réel, lui aussi, mais seulement pour la part la plus minimale du déroulement des faits : une commande précise a été honorée. Tout le reste est broderie. Giulia, Rossana et Costanza sont inventées de toutes pièces, comme d’autres personnes de leur entourage, plus nombreuses qu’on ne croit au premier abord, et plus intéressées surtout.

Voilà un auteur selon mon coeur! J’aimerais pouvoir trouver un paragraphe semblable en introduction ou en conclusion de tous les romans historiques. Ca éviterait tellement de confusions!

Si j’ai continué, avec ce livre, dans ma veine des romans historiques, on est ici bien loin des polars que j’ai enchaînés tout l’été. Déjà parce qu’il ne s’y passe quasiment rien. Et surtout parce que j’ai eu l’impression d’être tombée sur un OVNI littéraire dès les premières pages. En effet, l’auteur, en plantant le décor, prend à partie son lecteur, s’interroge avec lui, fait des allers et retours entre le XVIIe siècle et le présent, joue les guides touristiques. J’ai déjà eu l’occasion de lire des romans dans lesquels l’auteur s’invitait dans son récit et donnait son opinion, mais je ne l’avais jamais vu faire de cette manière. C’était un peu déroutant mais très agréable.

Aussi la question se pose : que peut-on faire de ce matériel, deux ou trois personnages déjà vieux et malades qu’il serait malséant de jeter sur les rails à grande vitesse d’une prose un peu léchée? Rien, semble-t-il, on ne peut presque rien en faire. L’itinéraire qu’on suivra en leur compagnie rencontrera vraisemblablement peu d’obstacles. Pas de précipice ni de désert éreintant.

Dès le départ, nous sommes ainsi prévenus : comme je l’écrivais plus haut, il ne se passe pas grand-chose dans le roman. Après le premier chapitre, l’auteur s’efface et laisse parler ses personnages, les narrateurs alternant au fil des chapitres. Je n’en ai pas moins continuée à être déroutée. J’errais ainsi constamment de « Mais enfin, il va lui falloir combien de pages pour révéler quelle est la nouvelle que Giulia (la femme de Giacomo) a apprise? » en « Qu’est-ce que c’est joliment dit! C’est bien agréable à lire. » Puis, plus loin : « Elle exagère! Faire traîner le suspense sur plus d’une centaine de pages pour une révélation aussi anodine, c’est abuser! Et, en plus, elle fait encore durer les choses en racontant le même micro-événement à travers plusieurs narrateurs différents! » et, en même temps « Oui, mais c’est quand même bien chouette à lire. »

Au final, entre ces ressentis contradictoires, je ne sais pas trop quoi dire du livre. Je me suis même demandé, en le refermant, si je l’avais apprécié ou pas. Je crois bien, après réflexion, que la balance penche indiscutablement du côté positif, parce qu’il m’a laissé tout sauf indifférente, et que, alors que le dénouement est un peu sombre, j’ai terminé le livre le sourire aux lèvres, en raison de la passion que la peinture suscite chez certains personnages et de la façon dont ils en parlent.

Le tableau de Giacomo est loin d’être un roman d’action. C’est plutôt un roman « contemplatif », ce qui n’est pas particulièrement mon style, à la base, d’où ces moments où je me demandais quand il allait enfin se passer quelque chose et quand l’auteur allait se décider à cracher le morceau. C’est également un roman d’introspection, les narrateurs, surtout pour les plus âgés, revenant sur leurs propres vies, s’attardant sur l’évolution de leurs émotions et de leurs sentiments, suivant le fil de leurs pensées, qui les entraîne parfois assez loin du point initial. Je ne me suis pas ennuyée pour autant, et j’ai beaucoup apprécié la façon dont l’auteur faisait parler ses personnages et les interrogations qu’elle leur prêtait. Il y est beaucoup question de la vieillesse, de ce que l’on perd avec l’âge. Certains personnages y font leur bilan. Mais on y trouve également des projets, des vies qui démarrent. C’est aussi un roman sur la peinture, sur l’amour de la peinture, sur la beauté.

Je serais curieuse de savoir quelle impression je garderai de ce roman dans 6 mois, et même de voir si je m’en souviens encore – quoique, si je l’oublie, je ne me poserai pas la question – mais j’aimerais bien lire quelque chose d’autre de Geneviève Bergé, pour voir si je suis encore déroutée.

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8 commentaires pour Le tableau de Giacomo

  1. Mina dit :

    Ce roman me tentait depuis pas mal de temps, et ton avis m’intrigue… Je me demande si je passerais moi aussi de remarques en remarques comme tu l’as fait. Puisque tu restes tout de même si une impression positive, je tenterai sans doute à mon tour ma chance un de ces jours.
    Merci pour ton article juste dans les temps. ;)

    • Marie dit :

      J’aimerais bien lire ton opinion à ton sujet. Veux-tu que je te l’envoie?
      Je suis contente d’avoir pu découvrir cet éditeur en tout cas. J’en tenterai sans doute d’autres.

      • Mina dit :

        Si tu acceptes de me le prêter, je ne dis pas non : je t’envoie un mail avec mon adresse ? (merci, merci, merci si oui :)) Je suis contente que tu aies finalement découvert cet éditeur et espère que tu continueras à être séduite. Si tu es intéressée par un de mes livres, je peux aussi t’en prêter (et il y aura un concours lundi ;))

        • Marie dit :

          Oui, j’attends ton mail. Je te remercie de ta proposition, mais j’ai une PAL assez énorme et bien du mal à suivre le rythme de lecture que je voudrais en ce moment. Je ne manquerai pas d’aller voir ton concours.

          • Mina dit :

            Mail envoyé (sur l’adresse de ton autre blog, celle où je t’ai écrit jusque-là) Encore merci et courage avec ta PAL (je suis séparée de la mienne pour le moment, elle m’inquiète moins de cette façon)

          • Marie dit :

            De rien. Ma PAL est sous mon nez et je la vois bien prendre de l’ampleur! Mon problème, c’est surtout que j’ai plein de billets en retard, beaucoup trop de livres en cours, et aucune envie en ce moment de m’imposer des contraintes, autres que celles qui me motivent vraiment beaucoup! Mais, pour ça, je crois que tu es un peu dans le même cas que moi en ce moment.

  2. jerome dit :

    Bon, pas sûr du tout que ce genre de texte me convienne. C’est assez frustrant de sortir d’une lecture en se demandant si on l’a appréciée ou pas mais ça m’arrive aussi régulièrement.

    • Marie dit :

      Curieusement, je n’ai pas été frustrée. Avec un peu plus de recul, je dirais même plutôt amusée.
      Après, c’est une question de sensibilité. Ca m’a fait un peu penser dans le ton, peut-être à tort, à certaines lectures communes que tu fais avec Marilyne. Peut-être te conviendrait-il mieux qu’à moi en fin de compte?

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