Les Rendez-vous de l’Histoire – vendredi 11 octobre 2013

Tandis que certaines étaient en plein RAT d’Halloween, j’ai effectué mon pélerinage annuel aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Cette année a été particulière, puisque Camille et une amie commune m’y ont accompagnée. C’est la première fois que j’assiste à aussi peu de conférences, du fait que je suis partie un jour plus tard, que nous avons adopté un rythme tranquille et que nous avons joué de malchance, mais c’était infiniment plus chouette que d’y aller toute seule.

J’ai hésité à rédiger des billets sur cette édition, dont le thème était la guerre, du fait qu’ils risquaient d’être moins interminables que d’ordinaire et que, vu mon rythme d’écriture actuel, ça fait vraiment réchauffé, mais je vais tout de même le faire pour moi, parce que j’aime bien ce rituel qui me permet de garder chaque année une trace de mon voyage.

Nous sommes donc arrivées cette année le vendredi, à l’heure du déjeuner, et non le jeudi. Après avoir pris notre temps pour nous restaurer, nous avons pu obtenir sans souci une place pour la conférence que devait donner à 15h Alain Corbin à propos de son dernier ouvrage sur les arbres, La douceur de l’ombre. Mais, peu après 15h, quelqu’un est venu annoncer qu’Alain Corbin, souffrant, ne viendrait pas cette année. C’est la troisième fois que je le rate lors de ces Rendez-vous de l’Histoire, je vais commencer à croire que je suis maudite!

Nous sommes allées prendre possession de notre gite, puis nous nous sommes hâtées vers le château de Blois, où nous avons pu prendre place pour une conférence qui démarrait et à laquelle j’avais très envie d’assister. Celle-ci était donnée par Pierre Benoist, un spécialiste des relations entre le politique et le religieux à l’époque moderne.

Les cardinaux-ministres et la guerre de Georges d’Amboise à Fleury (fin XVe-XVIIIe)

51rXoUPAe7L__SY445_Une monarchie ecclésiale s’appuie et se construit sur l’Eglise. L’Eglise est présente lors des grandes cérémonies du royaume, qui se pose en défenseur de l’Eglise. Les ecclésiastiques de Cour, et notamment les cardinaux-ministres, incarnent et représentent l’Eglise dans leur charge d’Etat.

L’Eglise de Cour a traversé plusieurs fractures. La période 1500-1560 a été faste : de 30 à 40% des diplomates étaient des prélats. Au siècle suivant, une centaine d’ecclésiastiques travaillaient avec Richelieu et Mazarin. Puis le Régent et Louis XV firent appel à de nombreux cardinaux : Dubois, Fleury, Polignac, Bernis…

Les cardinaux-ministres ont un rôle très important dans la justification de la guerre. Ils ont pour tâche de démontrer que celle-ci est juste. Pour qu’une guerre soit juste, elle doit être motivée par des principes moraux : légitime défense, défense de l’opprimé. Les cardinaux-ministres doivent avoir pour objectif le bien commun. La guerre est nécessaire pour obtenir la paix.

Pierre Benoist a abordé ensuite la question du rôle militaire actif des prélats. Il a cité différents exemples d’ecclésiastiques ayant été lieutenant généraux ou gouverneurs. Même si une dispense autorisait les prélats à porter les armes et à en faire usage en cas de légitime défense, il semble que peu d’entre eux l’aient fait et que ceux qui aient réellement participé à des combats soient encore plus rares. Il n’a cité comme exemple de prélats combattants que ceux du cardinal de la Valette, qui a chargé à la tête d’un régiment de cavalerie et Sourdis qui était lieutenant général des armées navales.

Les ecclésiastiques étaient en revanche très actifs dans les négociations de paix et pour faire avancer l’Eglise, une fois la paix conclue. Après la guerre, les soldats laissaient la place aux missionnaires. Par les conversions et le développement d’églises et de monastères, ceux-ci christianisaient et opéraient la conquête culturelle des territoires où ils s’implantaient.

Les rois faisaient appel aux cardinaux-ministres pour deux raisons :
– ils n’ont pas de descendance et, de ce fait, ne sont pas susceptible de représenter une menace en raison de leur ambition familiale – ce n’est qu’à demi vrai, puisque les cardinaux ont souvent des neveux!
– Ils apparaissent comme des hommes de Dieu et ont ainsi une fonction de moralisation des troupes en tentant d’introduire dans l’armée les vertus chrétiennes de justice, courage, tempérance.

J’étais bien contente que cette conférence me ramène, de façon plaisante, en terrain connu, et j’ai bien envie de lire ce monsieur, qui a su se montrer clair et intéressant.

La conférence que nous souhaitions voir ensuite affichant complet, nous nous sommes rabattues sur le salon du livre. Fidèle à mes habitudes, même si énormément de livres me faisaient envie, j’ai été très raisonnable pour moi, achetant seulement Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles que je voulais prendre depuis que j’ai, par erreur, acquis le deuxième tome de la série, croyant que c’était le premier. Je n’ai effectué aucun achat au stand BD, que j’ai eu beaucoup de mal à localiser et qui m’a paru décevant cette année. En revanche, fidèle à mes habitudes, j’ai effectué un long arrêt au stand jeunesse, où, comme vous allez pouvoir en juger, j’ai été un peu moins raisonnable!

519APQeOHKL__Ce livre, qui date déjà d’il y a quelques années mais que je n’avais jamais vu, a tout de suite attiré mon regard : une époque un peu originale et susceptible d’intéresser ma bestiole (fin des invasions barbares et débuts des raids vikings, deux thèmes qui l’attirent) et une couverture qui promettait de l’action. Il a pour héros un jeune prince, Charles (le futur empereur Charles le Chauve), et un chien. J’étais donc en train de le feuilleter, très tentée, lorsque j’ai entendu : « C’est un livre très bien. C’est moi qui l’ai écrit! ». J’ai donc eu la chance que Margot Bruyère m’explique que l’idée de ce livre lui était venue d’une chanson de geste, dans un livre obtenu par son grand-père pour un prix scolaire, et qu’elle avait lue enfant. Bien qu’elle ait écrit d’autres romans historiques pour la jeunesse, et en particulier une série sur les brigands célèbres, thème que je trouve bien alléchant, elle a dit très simplement n’être pas une spécialiste du Moyen Age. Néanmoins, elle s’est posé beaucoup de questions lors de l’écriture du livre et a effectué beaucoup de vérifications, afin de ne pas dire de bêtises. Par exemple, à un moment elle s’apprêtait à écrire qu’un personnage sautait en selle, lorsqu’elle s’est demandé s’il y avait des selles à l’époque de son roman. C’est une démarche que j’aime beaucoup.

Elle a gentiment rédigé pour mon loustic une jolie dédicace, si bien que celui-ci a tout de suite voulu attaquer la lecture du roman. Néanmoins, il s’est arrêté à peine au bout de deux pages. L’auteur m’avait dit que son roman s’adressait plutôt à des CM2-6ème-5ème. Je pense que le mien n’était pas prêt et qu’on réessaiera à ce moment-là (j’ai de l’espoir, il avait trouvé Beast Quest ennuyeux lors d’une première tentative!). Pour ma part, j’en ai lu à peu près la moitié et j’aime beaucoup. Le livre est bien rythmé, il y a de l’action, du suspense, et on y retrouve l’ambiance épique et un peu fantastique des chansons de geste.

51ATaL3Z5HL__SY445_J’avais repéré celui-ci il y a déjà longtemps chez mon libraire préféré, mais la bestiole était alors trop jeune et le livre trop touffu. Comme il arrive maintenant à l’âge adéquat (le livre est indiqué comme étant pour enfants à partir de 9 ans), je n’ai pas pu résister en tombant dessus par hasard, une fois encore. J’espère que le sujet est encore susceptible de l’intéresser!

41u2sKKKhzL__SY445_Je crois avoir déjà évoqué cette collection il y a quelques temps. Je ne sais pas trop ce que mon loustic retire de ces petits ouvrages, étant donné qu’il ne fait pas de commentaires après leur lecture, mais il semble beaucoup les apprécier puisqu’il se jette dessus. Je lui en prends donc un de temps en temps et il m’a semblé que le thème de celui-ci pourrait lui parler.

51JgGWpQexL__SY445_J’ai repéré celui-ci sur un (des?) blog. J’aimerais bien lui faire découvrir la science fiction – j’entends la science fiction pure, pas la fantasy – et, de ce fait, cette collection et ce titre en particulier m’ont attirée. J’ai l’impression cependant que pas mal de titres de cette collection racontent des histoires un peu tristes, je vais donc le lire d’abord pour voir si ça pourrait lui plaire ou pas.

51C-1NzRv3L__SY300_Il a pas mal été question ces derniers mois sur la blogosphère de Viviane Koenig et de son approche visant à distraire tout en restant fidèle à la réalité historique. Forcément, c’est une démarche qui me plaît, et j’avais envie de voir ses livres de plus près. Ses biographies me semblent encore un peu touffues pour mon loustic. La série d’aventures autour du Louvre est alléchante, mais j’ai peur qu’il se lasse de l’Egypte et de la mythologie grecque, thèmes qui reviennent constamment dans les ouvrages pour enfants. Néanmoins j’ai craqué sur celui-ci, qui traitait d’une période plus originale. Il faut donc que je lise aussi pour voir s’il peut convenir. Quant à son auteur, j’y reviendrai dans mon billet relatif à la journée du dimanche.

51aztM5azFL__Celui-ci m’a été collé entre les mains par notre amie, qui a tout lu et est une tentatrice redoutable. Ce récit farfelu de l’invention du langage et de la grammaire par un homme préhistorique était, m’a-t-elle dit, plus pour moi que pour la bestiole, et était très drôle. Je l’ai donc pris sans discuter. Je l’ai sorti de mes piles et posé sur mon bureau lorsque j’ai entamé la rédaction de ce billet, la semaine dernière (non, je ne suis vraiment pas efficace en ce moment) et, de quelques pages pour voir comment c’était en quelques pages en attendant qu’un truc ou un autre veuille bien se charger sur mon ordinateur, j’en suis déjà aux trois quart!

Mais, si j’ai trouvé dans ce stand jeunesse beaucoup de choses que je ne cherchais pas, je n’ai en revanche pas réussi à y trouver ce que j’y cherchais. J’avais, en effet, repéré chez Lire pour le plaisir et chez Les riches heures de Fantasia (pour une fois que je me souviens de mes sources!) des titres de la collection Il était une fois des Editions Belize, que j’aurais bien aimé pouvoir feuilleter pour savoir si ça pouvait lui l’intéresser, s’il n’était pas trop grand… Impossible de les trouver. Peut-être ai-je mal cherché. J’ai pourtant retourné tout le stand deux fois. Je le regrette, alors que le rayon pullulait de best-sellers du genre Harry Potter ou Le seigneur des anneaux qui, en dépit des qualités qu’ils peuvent avoir, n’avaient pas grand-chose à faire là. C’est dommage.

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10 commentaires pour Les Rendez-vous de l’Histoire – vendredi 11 octobre 2013

  1. Shelbylee dit :

    Merci pour ce compte-rendu qui m’a grandement intéressée. Il va quand même falloir qu’un jour je tente les rendez-vous de l’histoire, je tourne autour depuis un certain temps déjà, mais ce n’est pas la porte à côté de chez moi. Je ne savais pas qu’il y avait en plus un salon du livre (le rêve, sauf pour Harry Potter et le SDA). L’épée de Charlemagne et le Viviane Koenig me tentent bien.
    Personnellement, je me suis régalée avec la série des Oscar Wilde de Gyles Brandreth !

    • Marie dit :

      Il y a plein de choses… bien trop pour tout faire! Il y a aussi des visites et conférences dans les châteaux des alentours, une programmation particulière au cinéma de la ville, des cafés historiques et certains restaus proposent des repas de différentes époques. Le tout c’est de s’y prendre à l’avance. Je me suis réveillée moins d’un mois avant cette année et tout était déjà quasiment complet sur Blois et dans les environs.
      Maintenant que j’ai le premier de la série des Oscar Wilde, je vais pouvoir m’y mettre. :-)

  2. jerome dit :

    C’est bien tu vas nous parler de littérature jeunesse d’ici peu, non ? La collection SF de Syros est très bien et pas forcément tristoune. L’avantage c’est que ça se lit très vite. J’en ai lu une tripotée mais ça commence à dater, il faudrait que je retrouve les titres que j’avais le plus appréciés. Sinon je viens de lire Zita et c’est très sympa pour découvrir la SF et le space opera en BD. Un univers à la star wars, à lire dès 8 ans je dirais (pour de bons lecteurs quand même).

    • Marie dit :

      Oui, dans mon prochain billet normalement, ou au pire le second. J’ai 6 mois de lectures jeunesse en retard, alors…
      La collection SF de Syros m’attire bien. Je vais déjà voir avec celui-là. Si jamais tu retrouves les titres qui t’avaient particulièrement plu, à l’occasion (je sais que tu es bien occupé!), je suis preneuse!
      Justement, j’ai vu Zita sur 3 blogs le week-end dernier (bon, faut dire que j’avais encore 700 billets de retard sur Netvibes) et il se trouve que le loustic était près de moi et a jeté un oeil aux billets et aux extraits qui étaient postés et il a été très intéressé. Y a plus qu’à!

      • jerome dit :

        J’ai fait quelques recherches dans mes lectures jeunesse des Syros SF. J’en ai lu 7 ou 8 et je pense que celui qui conviendrait le mieux pour débuter est Le Très Grand Voyage. C’est clairement SF, bien mené, relativement simple à comprendre et l’histoire devrait plaire. Bref l’idéal pour commencer selon moi.

  3. Sandrine dit :

    J’y étais aussi, dommage que je n’ai pas su qu’il y avait une délégation de blogueuses… En fait, j’habite tout près et j’y anime des débats (enfin un pour cette année : la rencontre avec Marcelino Truong). C’est en rendez-vous très riche, et la thématique de cette année était tout à fait en phase avec mes lectures du moment.

    • Marie dit :

      Je ne savais pas que tu y animais des débats. Dommage.
      Moi le thème de la guerre ne m’inspirait pas trop, mais les quelques conférences auxquelles nous avons pu assister nous ont toutes passionnées.
      Je trouve le thème de l’année prochaine très prometteur. Peut-être aurons-nous l’occasion de nous y croiser?

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