Au bonheur des ogres – La fée carabine

51T82Rm4poL__On ne s’ennuie pas chez les Malaussène! La mère, perpétuellement amoureuse et perpétuellement en fuite, ne rejoint le foyer familial qu’après une rupture, généralement enceinte jusqu’aux yeux. Elle disparaît généralement rapidement, dès qu’elle a rencontré un autre homme, abandonnant le nouveau-né à la garde de son fils aîné.

Celui-ci, Benjamin, homme sans âge mais qui doit logiquement avoir entre 25 et 30 ans, nourrit sa tribu grâce au lucratif emploi de bouc émissaire, qu’il exerce au Magasin. Officiellement responsable du contrôle technique, il a dans les faits pour mission de se présenter au bureau des réclamations chaque fois qu’un client veut déposer plainte parce qu’un appareil électro-ménagé a failli lui exploser à la figure. Il doit essuyer la colère dudit client de l’air le plus contrit possible, et faire tellement pitié à celui-ci qu’il se sent contraint de retirer sa plainte. Benjamin Malaussène est très doué dans son travail.

L’aînée des soeurs, Louna, est relativement autonome. Jeune infirmière, elle file depuis déjà quelques années le parfait amour. Mais l’homme de sa vie ne veut pas d’enfants et elle se retrouve enceinte. Doit-elle garder ou pas l’enfant? Peut-elle encore sauver son histoire d’amour? Elle appelle son grand-frère quasi-quotidiennement pour réfléchir avec lui à ces graves questions.

Les autres membres de la tribu, en revanche, sont totalement à la charge de Benjamin. Il y a Clara, qui prépare le bac de français. La douce Clara passe son temps à prendre tout ce qu’elle voit en photo, et surtout ce qui lui semble insupportable. Vient ensuite Thérèse, également lycéenne, « raide et sèche comme une institutrice », passionnée de sciences occultes, qui dresse des thèmes astraux et lit les signes de la main. Jérémy est au collège. Bien qu’il soit malin et débrouillard, c’est un cancre. Le dernier arrivé est le Petit, qui porte des lunettes roses, est encore à la maternelle, et, à l’approche des fêtes, au lieu de dessiner des Père Noël débonnaires, croque de terrifiants ogres Noël. Pour compléter le tableau, il faut également mentionner le chien de la maison, Julius, puant et épileptique.

Tout irait bien si des bombes ne se mettaient pas à exploser dans le Magasin, et si Benjamin ne se trouvait pas à chaque fois à proximité du lieu du drame au moment de l’explosion. C’est ainsi qu’il se retrouve soupçonné.51+LYGmkKaL__

La fée carabine a pour cadre Belleville, où vit la famille Malaussène. Un égorgeur qui s’attaque aux vieilles dames sévit dans le quartier, quadrillé par des policiers en civil. Mais une petite mamie fait exploser la tête d’un policier d’un coup de carabine. Le Petit, qui a assisté à la scène, raconte en rentrant à la maison qu’il a vu une fée transformer un homme en fleur.

Parfois, ça a du bon d’avoir une mémoire de poisson rouge. J’ai lu les trois (ou quatre?) premiers tomes de la saga Malaussène il y a une quinzaine d’années et j’avais adoré. Les livres appartenant au père de la bestiole, celui-ci les a gardés si bien que, depuis que nous nous sommes séparés, j’avais envie de les acheter pour pouvoir les relire et les avoir à moi. C’est désormais chose faite pour les deux premiers. Certains souvenirs m’étaient restés de ma première lecture. Je me rappelais des membres de la tribu et de leurs particularités. Je me souvenais aussi de tante Julia et des ennuis qu’elle s’attire dans La fée carabine. Après m’être replongée dans Au bonheur des ogres, je me suis souvenue de Théo, l’ami de Benjamin qui dirige le rayon bricolage du Magasin, et de son troupeau de petits vieux qui sèment la zizanie jusqu’au rayon jouets. Et, dans les premiers chapitres de La fée carabine, je me rappelais que la petite mamie vietnamienne prise à témoin devant les caméras par le supérieur du policier assassiné n’était pas aussi inoffensive et vulnérable qu’elle semblait l’être.

Et c’est tout. Dans les deux cas, j’avais oublié tous les rebondissements des intrigues, si bien que j’ai pu suivre les enquêtes avec la même fraîcheur que si j’étais en train de les découvrir pour la première fois. Et c’est très chouette!

Mon impression générale a cependant été identique à celle de ma première lecture. Ces romans sont réjouissants et jubilatoires. Si je devais formuler une critique, ce serait qu’il y a beaucoup de bons sentiments dans ces romans. Benjamin y est souvent qualifié de saint. Il se consacre à sa famille, dont les membres sont des parangons de tolérance et d’ouverture d’esprit, toujours prêts à venir en aide à leur prochain. On peut voir dans le premier une critique de la façon dont les entreprises exploitent leurs salariés et de la société de consommation. Le second, quant à lui, porte sur la solitude des personnes âgées et s’attaque à la corruption, au délit de sale gueule et aux policiers qui abusent de leurs fonctions. Ce reproche serait pourtant injuste, car il n’y a rien de facile et d’attendu dans les romans de Pennac. Benjamin est un saint très humain, qui a des accès de colère et des envies de meurtre et peut se conduire de façon injuste, et il y a souvent des loups cachés parmi les brebis.

J’apprécie les nombreuses allusions à la littérature qui émaillent les romans. Et plus encore le style de Pennac, son sens des dialogues, la façon dont il joue avec les registres de langue.

Dans ces deux romans, il n’y a pas de temps morts. Les événements s’enchaînent, les rebondissements se succèdent, les répliques fusent. C’est drôle, mordant, passionnant, et diablement réjouissant.

Ce sont des livres très « visuels », qui semblent bien se prêter à une adaptation en film. J’ai donc eu envie, en refermant Au bonheur des ogres, de voir le film. Cette fois, échaudée par ma déception avec Nicolas Le Floch, j’ai commencé par regarder la bande annonce, ce qui m’a fait changer d’avis. J’y ai en effet repéré des modifications par rapport au scénario du livre, et j’aurais préféré une adaptation vraiment fidèle.

J’ai hâte de (re)lire la suite, mais je ne sais pas où je dois m’arrêter. Plusieurs personnes m’ont dit que les derniers tomes de la saga (les deux derniers? les trois derniers?) étaient moins bons. Qu’en pensent ceux d’entre vous qui les ont lus?

Cette lecture, qui s’inscrit naturellement dans le cadre du challenge Daniel Pennac de George, s’est faite en compagnie de Jérôme et de Véro, que je prie de bien vouloir m’excuser pour mon retard!

challenge-daniel-pennac

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17 commentaires pour Au bonheur des ogres – La fée carabine

  1. jerome dit :

    On m’a conseillé de me limiter aux trois premiers. Je verrai bien mais une chose est sûre, je vais lire d’ici peu La fée carabine. Parce que si j’ai eu du mal à rentrer dans la galaxie Malaussène, j’ai fini par me laisser emporter par ce tourbillon « jubilatoire », comme tu dis.

    • Marie dit :

      La fée carabine devrait te plaire tout autant. Pour ce qui est de savoir où s’arrêter, il y a un relatif consensus autour du fait que le 5ème est moins bon, mais je ne sais pas ce qu’il en est du 4ème ni si je l’ai lu ou pas. Je vais sans doute tenter l’expérience.

  2. Aaliz dit :

    Tout comme toi je les ai lus il y a une quinzaine d’années mais en revanche je n’en ai gardé que très peu de souvenirs. Tu m’encourages à les relire en tout cas ! Pour ce qui est des derniers tomes, je me souviens seulement avoir été déçue par « Aux fruits de la passion » mais comme j’attendais à chaque fois la parution des nouveaux tomes, le temps écoulé jouait probablement sur mes impressions. Je ne sais pas trop ce que ça donnerait en les lisant tous à la suite.

    • Marie dit :

      Tu n’es pas la seule à me dire que Aux fruits de la passion est moins bon. Je pense aller au moins jusqu’à Monsieur Malaussène et puis je verrai bien. J’ai eu autant de plaisir à les lire qu’il y a 15 ans, je souhaite que ce soit aussi ton cas.

  3. J’ai lu ces romans i y’à pas mal de temps et j’avoue avoir bien envie de me plonger à nouveau dedans. Le film par contre, ne me tente pas du tout!

    • Marie dit :

      D’après ce que j’ai vu de la bande annonce, le film n’a pas l’air très fidèle au roman. Ca m’a donc coupé l’envie de le voir. C’est dommage, j’avais envie de voir les personnages s’animer sur un écran.

  4. Mo' dit :

    Pas tentée par le film pour le moment. Mais envie de me replonger dans les oeuvres de Pennac :)

  5. Alison Mossharty dit :

    Je ne les ai jamais lu mais j’espère pouvoir m’y mettre cette année ! Je trouve que c’est agréable de redécouvrir des romans déjà lu plus jeune, on voit l’intrigue, le décor, les personnages d’un œil diffèrent.

    • Marie dit :

      Ah oui; il faut les lire! J’aime de plus en plus relire. Je retrouve le même plaisir de lecture que lorsque j’étais jeune, mais je vois plus de choses et ne prête pas attention aux mêmes éléments.

  6. Ping : Challenge Daniel Pennac by George |

  7. C’est vrai que les trois premiers sont sans doute les plus connus, mais bon, à voir ! Je pense (si cela te rassure) renouveler pour un an ce challenge n’ayant pas lu la moitié des livres que j’avais prévus !

  8. Ping : Challenge Daniel Pennac : prolongation et bilan année #1. |

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