Out

51ZXRHvQFOL__Je n’ai jamais aimé les atmosphères glauques ni les trucs gore, que ce soit dans les livres ou, pire encore, dans les films, et, à mesure que je prends de l’âge, je deviens de plus en plus chochotte et âme sensible. Pourtant, quand c’est Ryu Murakami ou Natsuo Kirino qui crée un univers malsain et glauque, j’en redemande. Allez comprendre!

Dès le début de Out, le lecteur se retrouve plongé dans un univers qui est loin d’être riant. Quatre femmes travaillent de nuit dans une fabrique de panier-repas. Pour se rendre du parking à la fabrique, elles doivent longer dans le noir des bâtiments désaffectés, et plusieurs de leurs collègues ont déjà subi des agressions sexuelles sur le trajet. Une fois arrivées, après une longue procédure pénible, elles rejoignent la chaîne de fabrication, sur laquelle elles s’épuisent de minuit à 5h30, sous le contrôle d’un contremaître sévère.

Parmi elles, il y a Kuniko. La trentaine, au physique quelconque et plutôt empâtée, Kuniko rêve d’être belle, élégante, riche, de plaire aux hommes et de mener une vie facile. Elle tente de pallier les imperfections de son physique en s’achetant des vêtements et du maquillage de grandes marques. Incapable de résister à ses désirs matériels, elle est endettée jusqu’au cou et tout l’argent qu’elle gagne couvre à peine les intérêts de ses emprunts. Elle reste à la fabrique parce qu’elle n’est pas assez jeune et jolie pour être embauchée comme hôtesse dans un bar et qu’elle gagne plus en 5h30 de nuit qu’elle ne le ferait en 8h de travail de jour.

Yoshié, plus âgée, est surnommée « la Patronne », du fait de la façon efficace et pragmatique dont elle prend en main et organise le travail. Elle agace ses collègues par ses plaintes continuelles. Sa situation est encore plus difficile que celle de Kuniko. Veuve, elle doit, en effet, subvenir sur son seul salaire aux besoins de sa fille lycéenne et de sa belle-mère grabataire, dont elle s’occupe la journée.

Masako n’a pas de problèmes financiers, mais même une vie triste et solitaire. Son mari, qui souffre de la pression et d’une mauvaise ambiance à son travail, se replie sur lui-même et tend à vivre en ermite. Son fils n’a plus prononcé un mot depuis qu’il a été chassé injustement du lycée et semble nourrir une rancoeur vis à vis de sa mère, qui, de mon point de vue personnel, n’est pas injustifiée. Ce travail nocturne lui permet de vivre en décalage par rapport aux deux hommes de sa maison, et d’échapper au silence de leur présence.

Yayoi enfin, jeune et jolie, est mère de deux garçons en bas âge. Depuis quelques mois, son mari s’est amouraché d’une hôtesse. Espérant gagner de l’argent pour pouvoir passer du temps avec elle, il s’est mis à jouer. Il a ainsi englouti au baccara non seulement son salaire, mais toutes les économies du couple. Pour couronner le tout, le soir sur lequel s’ouvre le roman, il se dispute avec sa femme qui lui faisait des reproches et la frappe violemment. Le lendemain, sur une impulsion, Yayoi le tue. Désemparée, elle téléphone à Masako pour lui demander son aide. Très vite, Yoshié et Kuniko se retrouvent impliquées dans la dissimulation du cadavre.

La situation de Yayoi ayant suscité chez moi une certaine empathie, je me suis dès lors mise à trembler qu’elles soient découvertes. Yayoi parviendra-t-elle à avoir l’air innocent et inquiet en signalant la disparition de son mari à la police? Ont-elles pris suffisamment de précautions? Ne va-t-il pas naître entre elles des tensions susceptibles de causer des difficultés? Toutes ces questions suffiraient à faire se ronger les ongles jusqu’au dénouement, mais il y a plus. Ou plutôt pire.

En effet, un des tout premiers chapitres du roman est centré sur Sataké, le propriétaire du bar où travaille l’hôtesse rencontrée par le mari du Yayoi et du tripot clandestin dans lequel celui-ci a perdu son argent. On apprend que Sataké a autrefois passé plusieurs années en prison pour le meurtre d’une femme qu’il a violée et torturée à mort, et que le souvenir de l’acte le hante. On apprend également que, le soir où Yayoi a tué son mari, Sataké l’a tabassé pour le chasser de ses établissements. Il est donc aisé de deviner qu’il fera un suspect idéal si la police vient à se douter de quelque chose et qu’il risque de ne pas apprécier et de vouloir se venger sur les quatre femmes s’il découvre ce qui s’est réellement passé.

Après une certaine répulsion éprouvée en lisant les premières pages, c’est un sentiment de malaise qui est ensuite apparu. Celui-ci ne m’a pas quittée jusqu’à la fin du livre. Je ne voulais pas lire ce que je pressentais qui allait arriver. Et pourtant, les pages se tournaient toutes seules et il m’était impossible de quitter le livre. J’étais pressée de savoir ce qui allait se passer et ce qui allait advenir des quatre héroïnes, croisant les doigts pour qu’elles s’en sortent… à l’exception de Kuniko, qui n’est pas particulièrement sympathique et font je me fichais un peu. Je voulais savoir si mon pressentiment allait se réaliser et, si oui, comment Natsuo Kirino aurait relaté les faits.

Ma curiosité s’est avérée payante puisque certaines évolutions de l’intrigue m’ont prise de court. J’ai été assez étonnée par le dénouement qui, je l’avoue, ne m’a pas trop plu. Mais c’est le seul point négatif que je peux trouver à propos du roman.

Comme dans Disparitions, roman avec lequel je l’avais découverte, Natsuo Kirino met beaucoup l’accent sur l’aspect psychologique. Elle nous livre de beaux portraits très fouillés de femmes – et quelques portraits d’hommes aussi – et s’intéresse beaucoup à la façon dont ce meurtre et la nécessité de gérer le cadavre va influer sur chacune des femmes et va les faire évoluer.

Elle nous fait partager la vie quotidienne de ses personnages, celle des gens pauvres qui ont du mal à joindre les deux bouts au jour le jour, et évoque la dureté du monde du travail et celle de la condition féminine dans une société japonaise encore très misogyne.

C’est donc un roman très glauque, à l’atmosphère lourde et tendue, qui comporte de nombreuses scènes peu ragoutantes, mais qui est diablement bien fichu et bien écrit et, qui loin d’être un roman de détente, a une véritable substance et un contenu dense. Je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur, si ce n’est pas déjà fait.

J’avais prévu de lire Out pour le mois Natsuo Kirino, en octobre, du challenge Ecrivains japonais d’Adalana, mais, comme d’habitude, je suis en retard et profite donc de ce que le mois de décembre est libre. J’avais initialement prévu de découvrir en ce mois de décembre Natsume Sôseki avec Je suis un chat, mais je peine un peu à rentrer dedans. Out risque donc fort d’être ma dernière lecture pour ce challenge. Aussi je remercie Adalana pour toutes les découvertes, bonnes ou intéressantes, que son challenge m’aura permis de faire.

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11 commentaires pour Out

  1. J’ai beaucoup de mal avec le glauque ! dernièrement j’ai vite refermé le dernier Stephen King, beaucoup trop angoissant pour moi !

  2. Adalana dit :

    J’avais été déçue par ma lecture de KIRINO cette année (Intrusion) alors que Disparitions m’avait beaucoup plu. Je pense toutefois que Out devrait me plaire !
    Merci pour ta participation tout au long de l’année :)

  3. jerome dit :

    Le glauque c’est clairement pas mon truc, pour ça que j’ai eu du mal avec les derniers Murakami Ryu. Du coup je crois que je vais faire l’impasse malgré tout le bien que tu en dis.

  4. Aaliz dit :

    Je pense que ça pourrait me plaire. Je le note !
    Et il faut aussi que je sorte le Ryu Murakami de ma PAL …

  5. Kaeru dit :

    Hum hum j’avoue ta critique me donne bien envie de lire ce bouquin. Plus jeune j’étais friande de glauque, j’ai lu des kilomètres de Murakami Riyu, matté les film de Gregg Araki…. J’avoue que le côté féminin du livre m’intéresse ! Tu me conseillerai de commencer par Disparitions ou par Out ?

    • Marie dit :

      Tout dépend de ce que tu recherches. Disparitions est essentiellement un roman psychologique, l’enquête passe plus ou moins au second plan. Out est un thriller plus classique.

  6. Ping : Challenge Écrivains japonais : Récap’ de décembre | Adalana's Imaginary World

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