Chagrin d’école

41wVkvwBTNL__J’ai eu tellement de plaisir à relire Au bonheur des ogres et La fée carabine, que j’ai eu envie de lire encore quelque chose avant la fin toute proche (dans une dizaine de jours) du challenge Daniel Pennac organisé par George. J’ai d’abord pensé poursuivre avec La petite marchande de prose, mais je préfère ne pas dévorer d’un coup ce qui me reste à lire de la saga Malaussène, et m’en garder un peu pour plus tard. Mon choix s’est ensuite porté sur Comme un roman, qui me tente depuis des années. Mais, dans la Fnac de banlieue où j’ai atterri en panique à la recherche d’un ultime cadeau de Noël imprévu, je n’ai trouvé, hormis les divers tomes de la saga Malaussène, que Chagrin d’école. Je n’ai donc pas joué les difficiles, et je ne le regrette pas.

Chagrin d’école n’est pas un roman, mais un livre sur « la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs ». Daniel Pennac y évoque à la fois son propre passé de cancre et ceux qu’il a rencontrés au cours de ses années d’enseignement. Dans ce livre se mêlent anecdotes et réflexions sur l’école et les élèves.

Comme j’ai été bonne élève, ce petit livre n’a rien fait résonner en moi de mon passé scolaire, si ce n’est lorsqu’il a évoqué ces trop rares professeurs dont la passion communicative illumine la scolarité d’un jeune et peut exercer une influence déterminante sur lui. En revanche, c’est en tant que mère, une de ces mères dont Pennac évoque longuement les inquiétudes que je l’ai pris. Difficile donc pour moi d’être objective, puisque ce livre est arrivé chez moi à un moment où je viens d’avoir le déplaisir d’apprendre qu’il va falloir médicamenter mon fils, parce que, en dépit de la remédiation cognitive, son TDA/H le submerge et le fait souffrir, et où on s’apprête à taper – poliment – du poing sur la table à l’école. Je me suis d’ailleurs interrompue plusieurs fois dans ma lecture pour en lire ou résumer quelques passages à la bestiole, à qui j’ai bien expliqué le parcours et la brillante réussite de Pennac.

Il n’existe pas de remède miraculeux à l’échec scolaire et Pennac n’en propose évidemment pas. Néanmoins, j’ai été surprise de trouver dans ce livre quelques trucs bien pensés à utiliser pour les moments où je fais du soutien scolaire pendant les vacances.

Du fait de la subjectivité de ma lecture, il y a un aspect sur lequel je suis en désaccord avec lui. Mais peut-être ai-je simplement perçu de façon erronée ses propos. Il m’a semblé que, dans sa vision des choses, parents et professeurs agissent sur deux aspects distincts de la vie et de la personnalité de l’enfant : les parents éduquent et les professeurs instruisent, et qu’il n’y a pas d’intersection et d’intéractions entre eux. Lorsqu’il évoque ces mères qui s’affolent, leurs agissements et moyens d’action semblent se limiter à trouver un établissement qui veuillent bien accepter leur chérubin et, idéalement, le garder, et faire faire à celui-ci la tournée des orthophonistes, psys,… ce que Pennac semble juger inutile, bien qu’il affirme plus loin que les seuls élèves catalogués cancres qu’un professeur qui s’en donne la peine ne puisse pas récupérer sont ceux qui souffrent d’un trouble (comme la dyslexie) ou d’un handicap (auditif, par exemple) non détectés et traités. Il semble, à le lire, que le seul salut d’un cancre soit d’avoir la chance de tomber une année sur un professeur qui sache et veuille le tirer vers le haut.

Je refuse, pour ma part, de m’en remettre à la chance et, la bestiole en ayant suffisamment bavé à l’école dès sa première année de maternelle, il est désormais pour moi hors de question d’accorder ma confiance et un blanc-seing à un quelconque instituteur, aussi compétent et motivé qu’il puisse sembler. Je n’ai jamais eu le moindre scrupule à faire l’école à la maison pour tenter de faire sauter les blocages qui l’ont gêné dans son apprentissage de la lecture en maternelle, je n’en ai pas plus, maintenant qu’il est dans une école qui lui apporte beaucoup sur de nombreux points, à tenter de combler les lacunes d’une approche pédagogique par trop fantaisiste, et je continuerai à le faire tant que je jugerai qu’il en aura besoin et qu’il le voudra bien. A une époque où l’Education nationale semble défaillante et laisse sur le carreau les enfants qui, pour une raison ou une autre, ne rentrent pas dans le moule, il me semble que ce qui fait toute la différence c’est la capacité des parents à porter assistance à leurs enfants, à identifier ce qui leur pose problème et à mettre en oeuvre les moyens pour les résoudre, que ces moyens soit financiers, intellectuels ou de réussir à dégager du temps. C’est, je pense, ce que démontrent les résultats des enquêtes PISA, dont il ressort que l’ascenseur social ne fonctionne plus.

Je le rejoins cependant pour l’essentiel. Ce qui, aux yeux de Daniel Pennac – et du cancre en lui qui s’invite parfois, de façon très drôle, dans le débat- c’est l’amour qu’un professeur prodigue à ses élèves et son implication. Il n’y a pas de méthode miracle. Il faut bricoler, changer de méthode, essayer jusqu’à trouver le truc, parfois peu orthodoxe, qui va accrocher les enfants ou les adolescents, leur parler et les intéresser.

Dans sa réflexion, il évoque un autre point qui me semble intéressant et auquel je n’avais pas réfléchi de façon consciente. Il explique ainsi que la difficulté majeure à laquelle doit faire face un professeur, c’est qu’il n’est pas préparé à la confrontation entre la connaissance qu’il représente, au moins dans la matière qu’il enseigne, et l’ignorance : le professeur a oublié que les notions de base qui lui semblent évidentes et qu’il ne conçoit pas qu’un élève puisse ne pas avoir assimilé n’ont pas été connues de lui de toute éternité et qu’il peut même avoir rencontré des difficultés pour les apprendre dans sa jeunesse. Il se trouve que j’ai repêché, il y a quelques mois, mes cahiers de la fin du primaire du coffre dans lequel ils étaient rangés chez mes parents, et que j’ai été toute étonnée de me rendre compte que la bestiole n’est pas si en retard par rapport à ce que j’apprenais à son âge, et qu’il m’arrivait de faire des fautes sur des notions dont j’attendais qu’elles lui soit évidentes. J’ai ainsi pu relativiser. Le principal intéressé semble avoir trouvé cette démarche salutaire et a été tout content que je montre ces cahiers à son père, qui est aussi tombé des nues.

Au-delà de la façon dont ce petit ouvrage m’a interpellée sur mon expérience personnelle et m’a fait réfléchir, je l’ai trouvé délicieux à lire. Il se lit très vite. On y retrouve toute la verve et l’humour de Pennac. Il est, par moments, émouvant, à d’autres très sérieux, mais il regorge surtout d’anecdotes plus drôles les unes que les autres.

Pennac y évoque longuement son expérience de professeur et c’est un régal. J’ai regretté, à le lire, de ne pas avoir eu la chance, comme une de mes amies, de l’avoir comme professeur, mais les quelques chapitres où il évoque son expérience m’ont donné une furieuse envie de relire certains auteurs et d’en découvrir d’autres.

J’ai refermé le livre avec l’envie de lire encore d’autres livres de Daniel Pennac, et de lire encore et plus, tout court. Et ça c’est génial!

challenge-daniel-pennac

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16 commentaires pour Chagrin d’école

  1. Je dois justement relire « au bonheur des ogres » alors ton billet tombe parfaitement bien. Je pense lire d’autres ouvrages de cet auteur dont « Chagrin d’école »
    Bonne semaine de lectures

  2. nathalie dit :

    Sans trop de rapport (parce que je n’ai pas lu ce livre qui ne me fait pas tellement envie), je te souhaite une bonne année 2014 à toi et à ta bestiole. Je dois dis que le titre du précédent billet « out » m’avait fait peur, croyant à une fin de blog… suis rassurée. Ouf ! Bonne continuation.

    • Marie dit :

      Mes meilleurs voeux pour toi aussi. Je n’avais pas pensé que le titre « Out » pouvait prêter à confusion. Je suis assez occupée et flemmarde depuis quelques mois, c’est vrai, mais je n’ai aucune intention de déserter les lieux pour le moment!

  3. Je n’ai jamais lu celui-ci!!! Une bonne idée pour un prochain achat!

    Belle année 2014 à toi

  4. Ping : Challenge Daniel Pennac by George |

  5. marionsurletagere2 dit :

    J’ai tellement aimé ce livre quand j’étais à l’école…

  6. jerome dit :

    Pennac, encore et toujours, tu deviens fan ! Il y a de quoi remarque, un pédagogue avec une si belle plume, c’est une rareté dont il serait bien stupide de se priver.

  7. Camille dit :

    J’aime beaucoup ton analyse; il est bien dommage que l’Education Nationale -tout comme la société – rejette tout ce qui ne rentre pas dans le moule…courage pour la bestiole, les médicaments vont l’aider.

  8. Ping : Challenge Daniel Pennac : prolongation et bilan année #1. |

  9. Louise dit :

    J’ai lu ce roman avec ma fille, l’épisode du chien est à mourir de rire. J’ai bien aimé l’analyse qu’il a fait sur les mères. Mais je suis restée sur ma faim car il n’apporte pas de solution,
    Ma fille a été sauvée de l’échec scolaire ( même au delà de l’échec scolaire) parce que nous l’avons sortie de ce système. Elle a fait le primaire à la maison.
    Pour revenir à Pennac, je me demande si un « bon  » prof ne doit pas être un prof qui a connu des difficultés en tant qu’élève?

    • Marie dit :

      Merci de ce commentaire qui me permet de découvrir ton blog.
      Je ne sais plus ce qu’est un « bon » prof. Actuellement j’aurais tendance à dire que c’est un prof qui est capable de se remettre en question… Je pense que c’est un métier qui nécessite de le faire avec passion. Comme tous les métiers, en somme…

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