Les Rendez-vous de l’Histoire – dimanche 13 octobre 2013

Cette dernière journée a été  aussi peu chargée en conférences que les précédentes, puisque nous avons tranquillement commencé après le déjeuner, ayant encore raté une conférence le matin, de Pascal Picq cette fois, qui affichait malheureusement complet.

Les secrets de la jeune Cléopâtre : aurait-elle pu rencontrer Astérix?

Plus que d’une conférence, il s’agissait d’un dialogue entre Viviane Koenig et le jeune public, puisque les Rendez-vous de l’Histoire organisent chaque année, le samedi et le dimanche, des animations à destination des enfants, à partir de 7-8 ans.

41mLtfKe5qL__J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer Viviane Koenig à propos de ma razzia au stand jeunesse du salon du livre d’Histoire, et j’étais curieuse de l’entendre. En effet, cet auteur de nombreux romans jeunesse, qui a notamment écrit sur l’Egypte ancienne, a une formation d’historienne et a participé à des fouilles archéologiques. Son but est de présenter l’Histoire de façon attractive et divertissante, mais tout en respectant la vérité historique, ce que je ne saurais trop louer et qui est trop rare à mon goût.

Son animation reposait sur une planche d’Astérix dont elle a distribué une copie à tous, dans laquelle on voit Cléopâtre dans son palais. Dans un dialogue constant avec les enfants et un échange de questions-réponses dans les deux sens, elle a fait réfléchir le public sur tous les éléments de l’habillement, de l’architecture et de la décoration, faisant chaque fois la disctinction entre ce qui relevait de l’imagination des auteurs, de clichés à propos de l’Egypte et de la réalité. Elle a distillé de façon vivante de nombreuses informations, y ajoutant quelques exemples personnels.

Les enfants, qui ont beaucoup participé, semblaient intéressés et même nous adultes avons pris plaisir à l’acouter et avons appris quelques petites choses. C’est décidé, l’année prochaine j’emmènerai la bestiole une journée, pour voir.

Il ne restait plus le temps que pour une dernière conférence, mais celle-ci fut bien structurée et passionnante, et je crois que le livre de Marylène Patou-Mathis fera partie de mes lectures sur la préhistoire et l’antiquité!

Préhistoire : Age d’or ou aubes cruelles?

51dlWtwVlQL__SY300_La préhistoire est considérée comme une période violente. Cette croyance repose sur une construction d’abord savante, puis populaire.

L’étude de la préhistoire est une science jeune, puisque l’existence des hommes préhistoriques n’a été reconnue qu’en 1863. A l’époque, on considérait que, plus une société était ancienne, plus elle était primitive. Les hommes préhistoriques furent caricaturés, les néandertaliens étant considérés comme primitifs par rapport aux cro-magnons. Cela a donné une image de la préhistoire très négative. Les outils furent tout de suite dénommés par des termes guerriers, alors que leur utilisation guerrière n’était pas prouvée, et que c’est le contraire qui est aujourd’hui démontré. Tous les films et romans préhistoriques des années 60-70 étaient violents et ce cliché est encore fortement ancré dans l’esprit des gens.

Maintenant, les techniques de recherche sont perfectionnées et beaucoup de fouilles sont effectuées. Il y a donc beaucoup de matériel disponible. On peut également voir si les squelettes humains sont enterrés et comment, et s’ils portent des traces d’agression violente. L’art rupestre constitue aussi un sujet d’étude intéressant. Et les outils sont analysés.

Les plus anciennes traces de violence sont liées au cannibalisme, qui a toujours existé partout. Les plus anciennes traces qu’on en a trouvé remontent à il y a 780 000 ans. Mais le cannibalisme n’est pas forcément violent : il n’implique pas que la personne mangée ait été tuée. On a surtout retrouvé des traces de cannibalisme rituel. Celui-ci semblait être un rite funéraire. On ne connaît que deux cas de cannibalisme pratiqué sur des personnes extérieures au groupe, tous les autres concernent uniquement des membres d’un groupe vivant ensemble.

Les traces d’autres formes de violence sont également rares. Les plus anciennes datent d’entre il y a 200 000 et 150 000 ans. Une grosse série touche des néandertaliens du Moyen Orient il y a entre 60 000 et 45 000 ans. Il semble s’agir plutôt de conflits interpersonnels, car cela ne concerne que quelques corps. On peut trouver également des accidents de chasse. Si l’on élimine les cas douteux, il ne reste qu’une quinzaine d’individus portant des marques de violence sur une période de 200 000 ans, alors que l’on dispose de beaucoup de restes d’hominidés.

On n’obeserve aucune scène de violence ou de guerre dans l’art pariétal. En revanche, il existe au néolithique quelques scènes énigmatiques qui ont été interprétées comme représentant des sacrifices humains. C’est aussi l’époque (- 8 000 – – 7 000 av JC) des premiers charniers : les corps pêle-mêle sont porteurs de marques d’homicide. Là encore, il s’agit seulement de quelques individus.

Au paléolithique, les traces de violence semblent soit résulter de conflits interpersonnels, soit être en rapport avec le sacré, comme les sacrifices rituels. Au mésolithique et au néolithique, des individus ont été sacrifiés, soit suite à des drames liés à une crise (démographique ou épidémiologique, par exemple), soit dans le cadre de rites funéraires propitiatoires ou expiatoires.

On relève un seul cas de conflit guerrier parmi les chasseurs-cueilleurs du paléolithique.  Il s’agit d’un site au Soudan, datant d’environ -14 000 – – 13 000, dans lequel on a retrouvé les corps de 59 femmes et enfants, dont la moitié est décédée de mort violente.

L’apparition des arcs date du début de la sédentarisation. Mais la sédentarisation a commencé avant le développement de la culture et de l’élevage. Aussi, les arcs sont-ils vraiment associés à la guerre? Certaines peintures rupestres montrent des affrontements entre des hommes armés d’arcs. La question n’est donc pas tranchée pour le moment.

Les conflits deviennent plus fréquents vers – 6 000 – – 5 000, mais ils sont surtout intracommunautaires.  Les affrontements entre communautés ne se développent qu’avec la deuxième vague de migration des éleveurs, puis avec l’âge du bronze.

Le réchauffement climatique qui s’est accompli vers – 10 000 a été accompagné de changements sociétaux importants : explosion démographique, accentuation de la sédentarisation, apparition du patriarcat, d’une élite et de castes, constituées essentiellement de guerriers et de personnes liées aux croyances. En même temps ont eu lieu des changements économiques radicaux : quête de nouveaux territoires, apparition de surplus alimentaires, développement du stockage, recherche d’esclaves pour accomplir le travail. C’est aussi le moment d’un changement de croyances : on est passé de divinités féminines à des divinités masculines.

On peut émettre plusieurs hypothèses. Il peut y avoir eu des luttes pour des territoires. Mais cela semble très marginal avant – 3 000. Par ailleurs, on sait que les homo sapiens n’ont pas exterminé les néanderthaliens.

Le développement de l’agriculture et de l’élevage peut avoir eu des conséquences sociales. Il est certain qu’il existe une corrélation entre les bouleversements du néolithique et l’augmentation des conflits. Néanmoins, on ne peut pas attribuer à cette dernière une cause unique. Elle résulte de plusieurs causes.

Ce n’est qu’au cours de l’âge de bronze, qui a débuté il y a 4 000 ans, que la guerre s’est institutionnalisée, et que le culte du guerrier et du chef se sont développés. C’est à cette époque que sont apparues les armes de guerre en métal, les cuirasses et les caches de biens de prestige.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’existe pas de violence originelle. La violence n’est pas inscrite dans nos gènes, c’est un symptôme social. Elle est, par ailleurs, beaucoup liée au culte : selon que l’on valorise la fécondité ou la virilité, l’esprit de la société est très différent. Le mythe de la violence primordiale n’est qu’une justification à nos débordements.

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2 commentaires pour Les Rendez-vous de l’Histoire – dimanche 13 octobre 2013

  1. hé ben! franchement je pensais pas qu’un article sur la préhistoire m’intéresserait! je me demande s’il y a déjà des livres écrits sur ce changement de sexe des divinités? pourquoi ce réchauffement climatique? vous le saurez dans le prochain épisode « la préhistoire c’est pas ce que vous croyez, le retour! »

    • Marie dit :

      Je ne sais pas et je ne sais pas! Voilà quelques-unes des questions que je pourrais approfondir! A propos du réchauffement climatique, je peux dire que celui de -10 000 s’inscrit dans un processus plus vaste : il est la dernière étape d’un réchauffement qui s’est étalé sur plusieurs dizaine de milliers d’années et qui a mis fin à la dernière période glaciaire. Mais pourquoi, je n’en sais rien.

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