Tamango

TamangoLes billets de plusieurs blogueuses qui ont relu récemment des nouvelles de Mérimée m’avaient donné envie d’en faire autant. Néanmoins, si l’on m’avait demandé vers quel titre mon choix se porterait en priorité, j’aurais sans doute spontanément répondu La Vénus d’Ille ou Colomba, mais certainement pas Tamango.

Mais il se trouve que, afin de prolonger leurs récents cours d’histoire sur l’esclavage, la bestiole et ses camarades d’école ont eu à étudier des oeuvres littéraires sur ce thème. C’est ainsi que, après avoir terminé le joli album L’esclave qui parlait aux oiseaux, il s’est retrouvé à lire Tamango. Si si, en CE2. Les conceptions pédagogiques de cette école me laissent de plus en plus dubitative… Comme je sais qu’il n’aime pas du tout les histoires tristes et que je me disais bien que ce serait trop compliqué pour lui, j’ai donc récupéré mon vieil exemplaire chez mes parents, afin de l’accompagner dans la lecture qu’il faisait en classe. Si j’ai relu en entier cette courte nouvelle d’une vingtaine de pages, lui, en revanche, s’est arrêté en cours de route. Il avait beau être super motivé, parce j’avais eu le malheur de lui dire que c’est une oeuvre qui, à mon sens, s’étudie plutôt au lycée, sa lecture était longue et laborieuse : arrivé au bout d’une phrase, il peinait à se souvenir du début, et il n’a pas compris grand-chose à l’histoire. Au bout de quelques jours, son maître a eu la sagesse de le mettre à la place sur des exercices de grammaire, ce qui m’a ravie.

A sa décharge, c’était la première fois qu’il lisait un auteur classique, et le texte était d’autant plus difficile que, aux tournures et mots qui ne lui sont pas familiers, s’ajoute tout un vocabulaire de marine plutôt compliqué, même pour un adulte. Néanmoins, plus que la difficulté du texte, ce qui m’a gênée, dans le fait de proposer cette nouvelle à des enfants si jeunes, c’est qu’elle est extrêmement cruelle et sombre.

Tamango est un brillant chef de guerre africain, qui vend ses prisonniers à des esclavagistes européens. Il est cependant un piètre négociateur, car, au début de la nouvelle, on voit le capitaine de navire français le faire boire pour l’amener à descendre ses prix à un niveau ridicule. Dans son ivresse, Tamango, pris d’un accès de rage, va jusqu’à vendre sa femme. Le lendemain, redevenu sobre, il se rend compte de sa bêtise et se précipite vers le navire afin de racheter sa femme. Mais comme, dans sa naïveté, il s’est présenté seul et sans armes, tout ce qu’il obtient est de se faire lui-même embarquer comme esclave.

Je ne peux pas dire que c’est une nouvelle que j’apprécie : tout  y est noir et tragique, du début jusqu’à la fin. Il n’y a pas la moindre lueur d’espoir, pas le moindre trait positif. Tous les personnages, hormis l’interprète des blancs et la femme de Tamango, sont mauvais, et ces deux-là ne sont pas récompensés d’avoir été meilleurs que les autres. C’est trop sombre pour moi.

Par ailleurs, j’ai été gênée par l’esprit de Mérimée. D’après la notice, le thème de cette nouvelle, publiée en 1829 alors que l’auteur avait 26 ans, lui aurait été inspirée par des proches, partisans de l’abolition de l’esclavage. Mérimée ne paraît cependant pas avoir partagé leur opinion. En effet, s’ils dépeint les blancs comme étant cruels et odieux, les noirs ne sont pas présentés sous un jour meilleur : ils sont d’une stupidité telle qu’ils ne peuvent que se faire avoir par les blancs et sont incapables de se débrouiller sans eux. On pourrait presque croire qu’il pense que ces derniers méritent leur triste sort.

Ma lecture n’a cependant pas été purement négative. Je me suis régalée avec le style et l’ironie mordante de Mérimée. De ce fait, mon envie de relire d’autres de ses oeuvres demeure intacte.

Quant à la bestiole, qui était tout étonné de découvrir que les auteurs morts ne sont pas périmés et sont encore lus (il connait pourtant des fables de La Fontaine et a vu une pièce de Molière!), j’aimerais qu’il commence à se familiariser doucement avec les auteurs classiques. J’ai donc rapatrié chez moi un tome des oeuvres de la comtesse de Ségur, que j’ai lues quand j’avais son âge, ainsi que mon exemplaire en Bibliothèque Verte d’Oliver Twist, l’un des tomes que nous avons lus récemment de La cabane magique étant consacré à Charles Dickens, afin de voir s’ils me paraissent accessibles pour lui.

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