Mes lectures de janvier 2014 – chroniques express

Tout d’abord, un point sur mes billets : j’en ai toujours autant à rédiger et ma coupure internet n’a rien arrangé à l’affaire. J’ai toutefois la satisfaction d’en avoir terminé avec les Rendez-vous de l’Histoire, un gros morceau sur lequel je trainais depuis octobre, et dont chaque billet m’a tenue occupée plusieurs soirées.

J’ai désormais la sensation d’y voir plus clair et de pouvoir avancer. L’autre gros morceau qui me reste est les lectures jeunesse de ces derniers mois, que je vais découper en un nombre certain de billets, mais qui me fait moins peur car je prends des notes au fur et à mesure des livres terminés, ce qui fait que le travail est déjà plus ou moins mâché.

Pour ne pas augmenter le nombre de mes billets en retard à mesure que je m’efforce de le diminuer, je suis repartie en janvier sur des séries et je vais continuer sur cette lancée ce mois-ci, n’ayant pas d’autre impératif qu’une lecture de Crébillon fils dans le cadre des rendez-vous libertins de Mina. Je viens d’ailleurs de commencer Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles.

En janvier, j’ai donc lu :

Les hauts conteurs – tomes 2 à 4

51Gmic2qKaL__Je reviendrai plus longuement sur cette série jeunesse en avril, après la sortie en poche – et ma lecture – du cinquième et dernier tome. J’ai commencé cette série pour voir comment c’était, à force d’en entendre parler, et sans trop savoir de quoi ça parlait et, après avoir lu le quatrième de couverture du premier tome, j’ai attaqué celui-ci sans grand enthousiasme, les histoires de vampires et l’épouvante n’étant pas franchement ma tasse de thé. J’ai donc été très agréablement surprise de la façon dont j’ai accroché, chacun des tomes de 400 pages ayant été dévoré en l’espace d’une journée : à la fin de chaque chapitre, impossible de lâcher le livre, il fallait que je sache ce qui allait se passer ensuite, quitte à ne rien faire d’autre ce jour-là ou à me coucher à pas d’heure!

Xénocide et Les enfants de l’esprit (Le cycle d’Ender tomes 3 & 4)

410N4E3354L__Comme je l’avais expliqué l’été dernier, lorsque j’ai lu La voix des morts, La stratégie Ender n’est pas un roman isolé, mais représente le premier sous-ensemble du Cycle d’Ender, le second sous-ensemble étant constitué de La voix des morts, Xénocide et Les enfants de l’esprit, qui se déroulent tous les trois 3 000 ans plus tard.

Une flotte a été envoyée par le Congrès stellaire afin de détruire toute forme de vie sur une planète dont tous les organismes vivants sont infectés par un virus qui serait fatals aux humains s’il venait à se répandre sur d’autres planètes. Les trois espèces intelligentes de la planète, des colons brésiliens, une espèce indigène d’hommes-cochons, les pequeninos, et les doryphores, tentent d’organiser leur survie, tandis que les scientifiques de la famille d’Ender cherchent un moyen de neutraliser le virus.

516D0RJA4NL__J’ai beaucoup beaucoup aimé La stratégie Ender et La voix des morts, un chouille moins Xénocide et ai été un peu déçue par Les enfants de l’esprit. Si les deux derniers romans invitent encore le lecteur à réfléchir sur des sujets intéressants telles que la religion, les sacrifices ou la justice ou l’injustice des lois et la soumission à celles-ci et la rébellion, le dernier tome accorde une large place à des atermoiements sentimentaux qui m’ont un peu moins intéressée. Par ailleurs, si je suis toujours fascinée par l’imagination foisonnante de l’auteur et la richesse de l’univers qu’il a créé, j’ai eu le sentiment d’une certaine maladresse dans le dénouement, le problème, bien que réglé d’une façon logique et qui est tout aussi logiquement amenée, m’a semblé se dénouer d’un coup de baguette magique, d’une façon artificiellement facile. Je ne dis pas pour autant que Les enfants de l’esprit est un mauvais roman, juste qu’il n’atteint pas l’excellence des précédents.

Je compte maintenant aborder La saga des ombres, un autre cycle de romans, qui relate les événements de La stratégie Ender du point de vue de Bean, le bras droit du jeune héros, et le brillant destin de Peter, le frère détesté d’Ender.

Clothroad

Je me suis également attaquée à ma PAL de mangas (oui, j’ai aussi une PAL pour les mangas maintenant…) avec ce shônen, dont j’avais les deux premiers tomes en stock depuis un petit moment.

9782849658017Dans le futur ou un autre monde (?), on a appris à inclure des microprocesseurs dans les fils. De ce fait, les vêtements tiennent lieu d’ordinateurs et de beaucoup d’autres choses, comme les armes. Le monde est dominé par les fabriquants de vêtements, sept entreprises, en particulier, et les sept villes qui abritent leurs sièges respectifs sont les principales du monde. L’écart entre les classes sociales est très marqué et il y a de nombreux bidonvilles, dans lequels se trouvent des arènes où se déroule le war king, affrontement entre des mannequins, aidés de leur designer.

 Les héros sont deux adolescents jumeaux, orphelins et séparés à la naissance, qui viennent de se retrouver et partent à la recherche de leurs parents. Le seul indice dont ils disposent est le tissu dans lequel ils étaient enveloppés quand ils ont été découverts, après leur abandon. Ce tissu, d’une qualité exceptionnelle, est d’une matière inconnue. Le garçon est designer, la fille va s’improviser mannequin et les circonstances vont les amener à participer au war king.

9782849658765C’est son thème original qui m’a donné envie de lire ce manga. J’aurais aimé que le monde dans lequel évoluent les héros et le fonctionnement de la société soient développés, mais la lecture des deux premiers tomes me laissent penser que cela ne va pas être le cas.

Clothroad est en fait un shônen très classique. J’ai l’impression que les tomes vont être une succession de combats, que les jumeaux vont mener de ville en ville, à mesure de la progression de leur enquête. Par ailleurs, les scènes de combats m’ont semblé un peu brouillonnes et pas très compréhensibles et leurs adversaires, charismatiques mais visiblement aussi peu nets dans leur tête les uns que les autres, m’ont un peu bloquée.

Je vais donc en rester là avec ce manga, ces premiers tomes ne m’ayant pas trop donné envie de poursuivre.

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Les Rendez-vous de l’Histoire – dimanche 13 octobre 2013

Cette dernière journée a été  aussi peu chargée en conférences que les précédentes, puisque nous avons tranquillement commencé après le déjeuner, ayant encore raté une conférence le matin, de Pascal Picq cette fois, qui affichait malheureusement complet.

Les secrets de la jeune Cléopâtre : aurait-elle pu rencontrer Astérix?

Plus que d’une conférence, il s’agissait d’un dialogue entre Viviane Koenig et le jeune public, puisque les Rendez-vous de l’Histoire organisent chaque année, le samedi et le dimanche, des animations à destination des enfants, à partir de 7-8 ans.

41mLtfKe5qL__J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer Viviane Koenig à propos de ma razzia au stand jeunesse du salon du livre d’Histoire, et j’étais curieuse de l’entendre. En effet, cet auteur de nombreux romans jeunesse, qui a notamment écrit sur l’Egypte ancienne, a une formation d’historienne et a participé à des fouilles archéologiques. Son but est de présenter l’Histoire de façon attractive et divertissante, mais tout en respectant la vérité historique, ce que je ne saurais trop louer et qui est trop rare à mon goût.

Son animation reposait sur une planche d’Astérix dont elle a distribué une copie à tous, dans laquelle on voit Cléopâtre dans son palais. Dans un dialogue constant avec les enfants et un échange de questions-réponses dans les deux sens, elle a fait réfléchir le public sur tous les éléments de l’habillement, de l’architecture et de la décoration, faisant chaque fois la disctinction entre ce qui relevait de l’imagination des auteurs, de clichés à propos de l’Egypte et de la réalité. Elle a distillé de façon vivante de nombreuses informations, y ajoutant quelques exemples personnels.

Les enfants, qui ont beaucoup participé, semblaient intéressés et même nous adultes avons pris plaisir à l’acouter et avons appris quelques petites choses. C’est décidé, l’année prochaine j’emmènerai la bestiole une journée, pour voir.

Il ne restait plus le temps que pour une dernière conférence, mais celle-ci fut bien structurée et passionnante, et je crois que le livre de Marylène Patou-Mathis fera partie de mes lectures sur la préhistoire et l’antiquité!

Préhistoire : Age d’or ou aubes cruelles?

51dlWtwVlQL__SY300_La préhistoire est considérée comme une période violente. Cette croyance repose sur une construction d’abord savante, puis populaire.

L’étude de la préhistoire est une science jeune, puisque l’existence des hommes préhistoriques n’a été reconnue qu’en 1863. A l’époque, on considérait que, plus une société était ancienne, plus elle était primitive. Les hommes préhistoriques furent caricaturés, les néandertaliens étant considérés comme primitifs par rapport aux cro-magnons. Cela a donné une image de la préhistoire très négative. Les outils furent tout de suite dénommés par des termes guerriers, alors que leur utilisation guerrière n’était pas prouvée, et que c’est le contraire qui est aujourd’hui démontré. Tous les films et romans préhistoriques des années 60-70 étaient violents et ce cliché est encore fortement ancré dans l’esprit des gens.

Maintenant, les techniques de recherche sont perfectionnées et beaucoup de fouilles sont effectuées. Il y a donc beaucoup de matériel disponible. On peut également voir si les squelettes humains sont enterrés et comment, et s’ils portent des traces d’agression violente. L’art rupestre constitue aussi un sujet d’étude intéressant. Et les outils sont analysés.

Les plus anciennes traces de violence sont liées au cannibalisme, qui a toujours existé partout. Les plus anciennes traces qu’on en a trouvé remontent à il y a 780 000 ans. Mais le cannibalisme n’est pas forcément violent : il n’implique pas que la personne mangée ait été tuée. On a surtout retrouvé des traces de cannibalisme rituel. Celui-ci semblait être un rite funéraire. On ne connaît que deux cas de cannibalisme pratiqué sur des personnes extérieures au groupe, tous les autres concernent uniquement des membres d’un groupe vivant ensemble.

Les traces d’autres formes de violence sont également rares. Les plus anciennes datent d’entre il y a 200 000 et 150 000 ans. Une grosse série touche des néandertaliens du Moyen Orient il y a entre 60 000 et 45 000 ans. Il semble s’agir plutôt de conflits interpersonnels, car cela ne concerne que quelques corps. On peut trouver également des accidents de chasse. Si l’on élimine les cas douteux, il ne reste qu’une quinzaine d’individus portant des marques de violence sur une période de 200 000 ans, alors que l’on dispose de beaucoup de restes d’hominidés.

On n’obeserve aucune scène de violence ou de guerre dans l’art pariétal. En revanche, il existe au néolithique quelques scènes énigmatiques qui ont été interprétées comme représentant des sacrifices humains. C’est aussi l’époque (- 8 000 – – 7 000 av JC) des premiers charniers : les corps pêle-mêle sont porteurs de marques d’homicide. Là encore, il s’agit seulement de quelques individus.

Au paléolithique, les traces de violence semblent soit résulter de conflits interpersonnels, soit être en rapport avec le sacré, comme les sacrifices rituels. Au mésolithique et au néolithique, des individus ont été sacrifiés, soit suite à des drames liés à une crise (démographique ou épidémiologique, par exemple), soit dans le cadre de rites funéraires propitiatoires ou expiatoires.

On relève un seul cas de conflit guerrier parmi les chasseurs-cueilleurs du paléolithique.  Il s’agit d’un site au Soudan, datant d’environ -14 000 – – 13 000, dans lequel on a retrouvé les corps de 59 femmes et enfants, dont la moitié est décédée de mort violente.

L’apparition des arcs date du début de la sédentarisation. Mais la sédentarisation a commencé avant le développement de la culture et de l’élevage. Aussi, les arcs sont-ils vraiment associés à la guerre? Certaines peintures rupestres montrent des affrontements entre des hommes armés d’arcs. La question n’est donc pas tranchée pour le moment.

Les conflits deviennent plus fréquents vers – 6 000 – – 5 000, mais ils sont surtout intracommunautaires.  Les affrontements entre communautés ne se développent qu’avec la deuxième vague de migration des éleveurs, puis avec l’âge du bronze.

Le réchauffement climatique qui s’est accompli vers – 10 000 a été accompagné de changements sociétaux importants : explosion démographique, accentuation de la sédentarisation, apparition du patriarcat, d’une élite et de castes, constituées essentiellement de guerriers et de personnes liées aux croyances. En même temps ont eu lieu des changements économiques radicaux : quête de nouveaux territoires, apparition de surplus alimentaires, développement du stockage, recherche d’esclaves pour accomplir le travail. C’est aussi le moment d’un changement de croyances : on est passé de divinités féminines à des divinités masculines.

On peut émettre plusieurs hypothèses. Il peut y avoir eu des luttes pour des territoires. Mais cela semble très marginal avant – 3 000. Par ailleurs, on sait que les homo sapiens n’ont pas exterminé les néanderthaliens.

Le développement de l’agriculture et de l’élevage peut avoir eu des conséquences sociales. Il est certain qu’il existe une corrélation entre les bouleversements du néolithique et l’augmentation des conflits. Néanmoins, on ne peut pas attribuer à cette dernière une cause unique. Elle résulte de plusieurs causes.

Ce n’est qu’au cours de l’âge de bronze, qui a débuté il y a 4 000 ans, que la guerre s’est institutionnalisée, et que le culte du guerrier et du chef se sont développés. C’est à cette époque que sont apparues les armes de guerre en métal, les cuirasses et les caches de biens de prestige.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’existe pas de violence originelle. La violence n’est pas inscrite dans nos gènes, c’est un symptôme social. Elle est, par ailleurs, beaucoup liée au culte : selon que l’on valorise la fécondité ou la virilité, l’esprit de la société est très différent. Le mythe de la violence primordiale n’est qu’une justification à nos débordements.

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Les Rendez-vous de l’Histoire – samedi 12 octobre 2013

Cette deuxième journée, quoique agréablement remplie, a été encore peu chargée en conférences. Nous avons décollé tard, fait un nouveau tour au salon du livre, pris notre temps pour déjeuner (la température un peu fraîche nous a découragé de manger des sandwiches dans la rue)… et nous nous sommes présentées à la conférence de Georges Vigarello alors qu’elle était déjà complète. Nous nous sommes donc rabattues sur une visite du château de Blois, que mes compagnes de voyage ne connaissaient pas encore, si bien que nous n’avons assisté à notre première conférence qu’à 16h.

Authenticité et autorité des sources en histoire

Je m’attendais à quelque chose d’assez différent, et de plus structuré, mais le débat n’en a pas moins été passionnant.

Philippe Hoffmann, spécialiste de la Grèce antique, a d’abord évoqué l’émergence de l’autorité des sources dans les écoles philosophiques de l’empire romain du IIIe au VIe siècle. Il s’y est développé une sorte de canon de textes, résultant d’un choix de textes fondé sur la notion de cursus. Certains auteurs, tels qu’Aristote ou Platon, ont été sacralisés. Cette époque a constitué les débuts de la philologie : on a commencé à poser quelques critères pour déterminer si un texte était vrai. Au nombre de ceux-ci figurent les autocitations, qui correspondent aux allusions qu’un auteur fait à d’autres parties de son oeuvre. Cette époque a également été marquée par la fabrication de nombreux faux, certains auteurs tentant de faire passer leurs écrits pour des textes anciens.

C’est ensuite Judith Olszowy-Schlanger, dont la spécialité est la paléographie hébraïque, qui a pris la parole. Elle a beaucoup travaillé sur un dépôt d’archives de 250 000 manuscrits, découvert au Caire au XIXe siècle. Dans la tradition juive, lorsqu’un texte sacré est devenu illisible au fil du temps et ne peut plus servir, on ne le détruit pas, car il conserve son caractère sacré. On le stocke dans un endroit où on laisse les manuscrits se décomposer. Un tel endroit est nommé genirah. Celle du Caire comportait des manuscrits datant du VIIIe jusqu’au XIXe siècle. Les genirah ne constituaient pas des archives, mais des sortes de « poubelles ».

Marc Smith, professeur à l’Ecole Nationale des Chartes, est ensuite intervenu pour évoquer le Moyen Age et l’époque moderne. Les sources n’ont pas été créées comme sources. Leur usage, leur sens et leur autorité ont évolué au fil des époques. Ainsi, les archives familiales des seigneurs qui constituaient au Moyen Age un arsenal juridique n’ont plus gardé qu’une valeur symbolique après la Révolution.

Dès le Moyen Age, on prêtait attention à l’authenticité d’un document en examinant les signatures et le sceau, notamment. Cependant, l’authenticité n’était pas forcément synonyme de sincérité. Autrefois, on traquait le faux pour l’éliminier. Aujourd’hui il constitue également une source pour l’Histoire.

Jacques Dalarun, directeur de recherche au CNRS, un monsieur plein d’humour, a expliqué que le Moyen Age, objet de ses recherches, a hérité du néoplatonisme évoqué par le premier intervenant le régime qui va prévaloir après l’Antiquité, celui de la révélation (révélation au sens où les textes de la Bible sont supposés avoir été révélés à leurs auteurs). Cependant, il n’avait pas échappé aux hommes d’alors que les textes révélés se contredisaient et les commentaires des grands théologiens avaient encore embrouillé les choses. Abélard est le premier à avoir dit que ce qui permet de faire le tri entre le vrai et le faux est la raison humaine : c’est la naissance de la critique.

Par-delà les époques, Jacques Dalarun a également évoqué un point important : l’affirmation ou la négation de l’authenticité d’un document dépend de facteurs idéologiques et psychologiques. En effet, il est par exemple plus facile de nier l’authenticité d’un document que de la défendre, celui qui nie l’authenticité d’un document étant généralement considéré comme intellectuellement supérieur à son opposant, qui passe pour crédule et idiot.

Le dernier intervenant était Isabelle le Masne de Chermont, directeur du département des manuscrits de la BNF. Son département abrite 150 000 manuscrits, allant des papyrus égyptiens jusqu’aux papiers personnels de Michel Foucault. Une grande partie de cette collection a pour origine la recherche effrenée du texte original, qui a amené ceux qui la menaient à collecter.

Après ce tour de table, les différents intervenants ont donné leur opinion sur ce que le numérique change dans le travail de recherche. Ils en ressort que le numérique a bouleversé les conditions de travail.  Judith Olszowy-Schlanger a constaté que l’accès à la documentation est beaucoup plus facile et que la mise en ligne de catalogues de manuscrits fait gagner beaucoup de temps. Pour Marc Smith, plus mesuré, chaque état d’un texte (original, photocopie, microfilm, version numérisée…) permet de poser des questions que ne peuvent pas résoudre les autres états de ce texte.

Isabelle le Masne de Chermont souligne que l’arrivée en masse du numérique est récente et qu’il faudra du temps pour mettre au point des machines capables de numériser les documents fragiles. 10 000 manuscrits sont actuellement disponibles sur Gallica. Les concepteurs cherchent désormais à travailler sur l’ergonomie de ces images sur la possibilité de faire dialoguer des bases de données différentes.

Jacques Dalarun, enfin, approuvé par les autres intervenants, a rappelé qu’il faut pouvoir avoir accès à bon escient aux documents originaux. Le filigrane du papier, la composition des cahiers, même l’odeur des documents, fournissent des informations que l’on ne peut obtenir qu’en les ayant entre les mains. Mais il a convenu, avec tous, que la numérisation simplifie considérablement le travail de recherche.

Aussitôt cette conférence finie, nous nous sommes hâtées de remonter vers l’université, où se déroulait une autre conférence que je ne voulais pas manquer. Nous avons toutes beaucoup apprécié celle-ci, la passion des intervenants se ressentant dans leur propos et rejaillissant sur le public.

Peut-on parler d’une brutalisation de la guerre à la Renaissance?

41t6VvEiCxL__Le premier intervenant fut indubitablement celui qui nous fascina le plus. Jean-Louis Fournel, spécialiste de Machiavel et Guicciardini, a le regard pétillant, de la verve et de l’humour. Il m’a donné très envie de le lire mais, malheureusement, la plupart de ses oeuvres ont été écrites avec un collègue italien et sont essentiellement publiées en italien. Peut-être pour le challenge in italiano si j’ai beaucoup de temps et que je me sens très courageuse…

C’est un article qu’il a rédigé sur les guerres d’Italie qui est à l’origine de ce débat. Jean-Louis Fournel s’intéresse à la chose militaire dans son influence sur les questions politiques. Cet article est né du constat qu’il a fait que la perception que les italiens avaient de la guerre a changé au début du XVIe siècle.

Alors que la guerre ne se faisait jusque-là qu’en été, les hostilités ont désormais lieu toute l’année. Le début des guerres d’Italie a été ponctué de massacres qui ont marqué les esprits. La guerre est plus rapide. Elle se déroule à un rythme différent et à une échelle différente. Elle est également perçue comme plus importante qu’auparavant : il ne s’agit plus de déplacer une frontière de quelques kilomètres, un Etat peut désormais y périr.

Benjamin Deruelle, auteur d’un livre sur la construction du militaire à l’époque moderne, a souligné que la question de la brutalisation soulève la question de l’évaluation de la violence, que celle-ci soit physique, psychologique ou symbolique. Il est difficile d’évaluer les pertes humaines, du fait de l’hétérogénéité des chiffres fournis par les différentes sources. Par ailleurs, il faut rapporter le nombre de morts dans les batailles à l’importance de l’armée et de la population d’un pays à l’époque de ces batailles. Ainsi, si les pertes ont été dans l’absolu bien plus importantes à Pavie, en 1525, qu’à Poitiers, 150 ans plus tôt, elles sont en fait équivalentes, rapportées à l’ensemble de la population.

Les façons de faire la guerre n’ont pas non plus fondamentalement changé. En revanche, la rédaction à l’initiative de la monarchie française d’un droit de la guerre, mise par écrit des coutumes fondées sur les romains et sur la Bible, dans le but de discipliner les troupes, a eu en même temps pour conséquence une légitimation de la violence.

Simon Galli, qui finit une thèse sur la formation des soldats à la Renaissance observe à cette époque une massification des armées en termes d’effectifs. Au Moyen Age, la guerre était l’affaire de l’aristocratie, à la Renaissance, c’est une infanterie de masse qui domine. D’où la nécessité de former et discipliner les troupes. Maltraiter les innocents (femmes, enfants, clercs) est considéré comme une faute professionnelle et doit être puni.

Les actes brutaux sont, en effet, un affront à la discipline, mais ils ont également des conséquences potentiellement néfastes : en pays ami, ils rendent les populations réticentes à héberger les soldats, lors d’un siège, ils encouragent la population assiégée à une résistance farouche, puisque même les civils n’ont rien à perdre, et, en pays conquis, ils peuvent rendre hostiles des populations qui pourraient être pacifiées par une attitude modérée. Néanmoins, ils peuvent également résulter d’une politique délibérée de terreur.

Nous avons ensuite traversé l’océan Atlantique avec Bernard Allaire, auteur d’un ouvrage sur Roberval, qui a accompagné Cartier dans son dernier voyage vers le Québec. Roberval avait recruté ses colons en vidant les prisons des militaires et tueurs qu’il y a trouvés. Ceux-ci, peu après leur arrivée, sont entrés en conflit avec les amérindiens, mais la situation s’est vite apaisée. Roberval maintenait parmi ses hommes une discipline stricte, n’hésitant pas à pendre.

Enfin, Paul Alexis Mellet, spécialiste des guerres de religion, s’est interrogé afin de savoir si le concept de brutalisation de la guerre pouvait s’appliquer à celles-ci. Le contexte est particulier, puisqu’il s’agit de guerres civiles. Ces huit conflits sont moins caractérisés par le nombre de victimes que par la cruauté des violences exercées, qui ont marqué les esprits.

Mais on observait en parallèle un processus d’humanisation de la guerre, avec une affirmation du discours de protection des civiles, une réflexion sur le droit des prisonniers et des ordonnances royales sur la discipline dans les armées et des édits de pacification. Dans le même temps, le discours se christianisait : le thème médiéval de la guerre juste était réactivé tandis qu’on s’interrogeait pour savoir s’il était préférable de convertir par les mots ou par l’épée.

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Projets 2014 : renouvellements de challenges, rendez-vous et billets en retard

Me voici de retour après une longue dizaine de jours privée de connexion internet (merci France Télécom!), avec toujours plus de billets en retard… et encore beaucoup de retard dans la lecture de vos blogs.

En 2013, j’ai pas mal levé le pied au niveau des challenges, ayant du mal à honorer les échéances prévues et n’ayant pas envie de m’imposer des contraintes. Je ne me suis réellement investie que dans une poignée d’entre eux, parce qu’ils m’intéressaient particulièrement en raison des (re)découvertes qu’ils me permettaient de faire. Je pense notamment au challenge  Ecrivains japonais d’Adalana qui m’a permis de lier connaissance avec beaucoup d’auteurs et je serai sans doute partante si, comme elle l’a évoqué, elle propose encore quelque chose ayant trait à la littérature japonaise plus tard dans l’année.

Je compte poursuivre cette tendance en 2014, pour les mêmes raisons, et n’ai, pour le moment, pas éprouvé l’envie de m’inscrire à de nouveaux challenges. Cependant, je vais poursuivre avec plaisir deux challenges de 2013 qui sont renouvelés pour un an.

Il s’agit, d’une part, du challenge  Daniel Pennac de George, qui m’a permis de redécouvrir avec enthousiasme cet auteur. J’ai envie de poursuivre avec celles de ses oeuvres que je ne connais pas encore. Ayant lu sur le fil les trois livres prévus, je m’offre même le luxe de monter de catégorie, pour passer dans celle nommée La fée carabine, qui correspond à 4 à 6 livres lus.

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Inversement, je n’ai quasiment pas participé au challenge Geek de Hilde, alors que j’ai plein de billets en retard le concernant. J’ai donc été ravie d’apprendre qu’elle le poursuit cette année avec Sofynet. Toutes deux ont prévu de nombreux rendez-vous autour de thèmes et de supports variés pour animer leur challenge. Je ne pense pas que je réussirai à y participer, mais je vous invite à aller consulter leur calendrier, ici par exemple.

Pour ma part, je dois déjà rédiger des billets à propos du superbe album Sur la piste des dragons oubliés (son auteur était présent à Geekopolis, je suppose donc que ça peut compter!), de la websérie The guild et son adaptation en BD, et de ces jeux auxquels je consacre bien trop d’heures, Allods on line et, notre dernière passion à la bestiole et à moi, Minecraft. Il y aura aussi Néogicia, roman spin-off de Noob dont le premier tome doit sortir en mars, encore du Noob, vraisemblablement, puisque, ayant participé au crowdfunding, je vais pouvoir suivre de près l’avancement des trois films en cours de réalisation, et peut-être même assister à un tournage. Je pourrais éventuellement également parler des sagas audio Le donjon de Naheulbeuk et Reflets d’acide et de leurs déclinaisons sur divers supports, des quelques livres que j’ai encore en stock qui pourraient coller avec le challenge et d’autres jeux vidéos, mais je préfère ne pas m’avancer!

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En 2013, j’ai également participé avec intérêt au challenge  Badinage et libertinage de Mina, avec qui j’ai eu le plaisir de partager plusieurs LC. Mina n’a pas souhaité poursuivre son challenge mais compte proposer épisodiquement des rendez-vous libertins. Elle propose ainsi une lecture, pour le 14 février, de quelque chose de Crébillon fils, auteur que nous apprécions beaucoup toutes les deux et, pour le  23 mars, une LC des Liaisons dangereuses, que j’ai lu il y a plus de 20 ans et que j’ai très envie de relire depuis déjà un bon moment. Il va sans dire que je participerai à ces deux rendez-vous et que j’ai hâte de découvrir ce qu’elle nous proposera pour les suivants.

Par ailleurs, n’étant jamais à une contradiction près, alors que j’ai dit que je fuyais actuellement les contraintes, je projette de m’en imposer une grosse. Voilà déjà plus d’un an que j’ai très envie de lectures relatives à la préhistoire et à l’antiquité, aussi je vais m’y mettre sérieusement à partir de cette année. Ce thème sera donc le fil rouge de ce blog pendant un moment. Je pense faire quelque chose d’assez formalisé pour me motiver, mais ce sera a priori seulement un défi personnel. Compte tenu du thème, je ne pense pas que ça intéresserait grand monde que j’en fasse un challenge. Je compte lire essentiellement des essais, mon but étant d’apprendre des choses sur ces périodes, mais mes premiers billets porteront sur un roman et des mangas, et peut-être une exposition, si je trouve le temps d’y aller et d’en parler avant qu’elle ferme! Les supports risquent donc d’être assez variés.

Enfin, compte tenu de nos démêlés récents avec l’école de la bestiole et de mon besoin compulsif de lire tout ce que je peux trouver sur les sujets qui me turlupinent, la rubrique « Faites des gosses qu’ils disaient! » devrait, dans un premier temps (et un futur incertain!) s’étoffer de deux chroniques de livres sur le TDA/H, puis peut-être de mes lectures actuelles et futures sur la gestion mentale et les techniques d’apprentissage.

Je nourris donc beaucoup de projets pour cette année… outre ceux de me rappeler de temps en temps que j’ai un challenge Balzac toujours en cours et un deuxième blog… Il ne me reste plus qu’à me mettre au travail, en espérant n’avoir pas, comme j’en suis très souvent coutumière, les yeux plus gros que le ventre.

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Chagrin d’école

41wVkvwBTNL__J’ai eu tellement de plaisir à relire Au bonheur des ogres et La fée carabine, que j’ai eu envie de lire encore quelque chose avant la fin toute proche (dans une dizaine de jours) du challenge Daniel Pennac organisé par George. J’ai d’abord pensé poursuivre avec La petite marchande de prose, mais je préfère ne pas dévorer d’un coup ce qui me reste à lire de la saga Malaussène, et m’en garder un peu pour plus tard. Mon choix s’est ensuite porté sur Comme un roman, qui me tente depuis des années. Mais, dans la Fnac de banlieue où j’ai atterri en panique à la recherche d’un ultime cadeau de Noël imprévu, je n’ai trouvé, hormis les divers tomes de la saga Malaussène, que Chagrin d’école. Je n’ai donc pas joué les difficiles, et je ne le regrette pas.

Chagrin d’école n’est pas un roman, mais un livre sur « la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs ». Daniel Pennac y évoque à la fois son propre passé de cancre et ceux qu’il a rencontrés au cours de ses années d’enseignement. Dans ce livre se mêlent anecdotes et réflexions sur l’école et les élèves.

Comme j’ai été bonne élève, ce petit livre n’a rien fait résonner en moi de mon passé scolaire, si ce n’est lorsqu’il a évoqué ces trop rares professeurs dont la passion communicative illumine la scolarité d’un jeune et peut exercer une influence déterminante sur lui. En revanche, c’est en tant que mère, une de ces mères dont Pennac évoque longuement les inquiétudes que je l’ai pris. Difficile donc pour moi d’être objective, puisque ce livre est arrivé chez moi à un moment où je viens d’avoir le déplaisir d’apprendre qu’il va falloir médicamenter mon fils, parce que, en dépit de la remédiation cognitive, son TDA/H le submerge et le fait souffrir, et où on s’apprête à taper – poliment – du poing sur la table à l’école. Je me suis d’ailleurs interrompue plusieurs fois dans ma lecture pour en lire ou résumer quelques passages à la bestiole, à qui j’ai bien expliqué le parcours et la brillante réussite de Pennac.

Il n’existe pas de remède miraculeux à l’échec scolaire et Pennac n’en propose évidemment pas. Néanmoins, j’ai été surprise de trouver dans ce livre quelques trucs bien pensés à utiliser pour les moments où je fais du soutien scolaire pendant les vacances.

Du fait de la subjectivité de ma lecture, il y a un aspect sur lequel je suis en désaccord avec lui. Mais peut-être ai-je simplement perçu de façon erronée ses propos. Il m’a semblé que, dans sa vision des choses, parents et professeurs agissent sur deux aspects distincts de la vie et de la personnalité de l’enfant : les parents éduquent et les professeurs instruisent, et qu’il n’y a pas d’intersection et d’intéractions entre eux. Lorsqu’il évoque ces mères qui s’affolent, leurs agissements et moyens d’action semblent se limiter à trouver un établissement qui veuillent bien accepter leur chérubin et, idéalement, le garder, et faire faire à celui-ci la tournée des orthophonistes, psys,… ce que Pennac semble juger inutile, bien qu’il affirme plus loin que les seuls élèves catalogués cancres qu’un professeur qui s’en donne la peine ne puisse pas récupérer sont ceux qui souffrent d’un trouble (comme la dyslexie) ou d’un handicap (auditif, par exemple) non détectés et traités. Il semble, à le lire, que le seul salut d’un cancre soit d’avoir la chance de tomber une année sur un professeur qui sache et veuille le tirer vers le haut.

Je refuse, pour ma part, de m’en remettre à la chance et, la bestiole en ayant suffisamment bavé à l’école dès sa première année de maternelle, il est désormais pour moi hors de question d’accorder ma confiance et un blanc-seing à un quelconque instituteur, aussi compétent et motivé qu’il puisse sembler. Je n’ai jamais eu le moindre scrupule à faire l’école à la maison pour tenter de faire sauter les blocages qui l’ont gêné dans son apprentissage de la lecture en maternelle, je n’en ai pas plus, maintenant qu’il est dans une école qui lui apporte beaucoup sur de nombreux points, à tenter de combler les lacunes d’une approche pédagogique par trop fantaisiste, et je continuerai à le faire tant que je jugerai qu’il en aura besoin et qu’il le voudra bien. A une époque où l’Education nationale semble défaillante et laisse sur le carreau les enfants qui, pour une raison ou une autre, ne rentrent pas dans le moule, il me semble que ce qui fait toute la différence c’est la capacité des parents à porter assistance à leurs enfants, à identifier ce qui leur pose problème et à mettre en oeuvre les moyens pour les résoudre, que ces moyens soit financiers, intellectuels ou de réussir à dégager du temps. C’est, je pense, ce que démontrent les résultats des enquêtes PISA, dont il ressort que l’ascenseur social ne fonctionne plus.

Je le rejoins cependant pour l’essentiel. Ce qui, aux yeux de Daniel Pennac – et du cancre en lui qui s’invite parfois, de façon très drôle, dans le débat- c’est l’amour qu’un professeur prodigue à ses élèves et son implication. Il n’y a pas de méthode miracle. Il faut bricoler, changer de méthode, essayer jusqu’à trouver le truc, parfois peu orthodoxe, qui va accrocher les enfants ou les adolescents, leur parler et les intéresser.

Dans sa réflexion, il évoque un autre point qui me semble intéressant et auquel je n’avais pas réfléchi de façon consciente. Il explique ainsi que la difficulté majeure à laquelle doit faire face un professeur, c’est qu’il n’est pas préparé à la confrontation entre la connaissance qu’il représente, au moins dans la matière qu’il enseigne, et l’ignorance : le professeur a oublié que les notions de base qui lui semblent évidentes et qu’il ne conçoit pas qu’un élève puisse ne pas avoir assimilé n’ont pas été connues de lui de toute éternité et qu’il peut même avoir rencontré des difficultés pour les apprendre dans sa jeunesse. Il se trouve que j’ai repêché, il y a quelques mois, mes cahiers de la fin du primaire du coffre dans lequel ils étaient rangés chez mes parents, et que j’ai été toute étonnée de me rendre compte que la bestiole n’est pas si en retard par rapport à ce que j’apprenais à son âge, et qu’il m’arrivait de faire des fautes sur des notions dont j’attendais qu’elles lui soit évidentes. J’ai ainsi pu relativiser. Le principal intéressé semble avoir trouvé cette démarche salutaire et a été tout content que je montre ces cahiers à son père, qui est aussi tombé des nues.

Au-delà de la façon dont ce petit ouvrage m’a interpellée sur mon expérience personnelle et m’a fait réfléchir, je l’ai trouvé délicieux à lire. Il se lit très vite. On y retrouve toute la verve et l’humour de Pennac. Il est, par moments, émouvant, à d’autres très sérieux, mais il regorge surtout d’anecdotes plus drôles les unes que les autres.

Pennac y évoque longuement son expérience de professeur et c’est un régal. J’ai regretté, à le lire, de ne pas avoir eu la chance, comme une de mes amies, de l’avoir comme professeur, mais les quelques chapitres où il évoque son expérience m’ont donné une furieuse envie de relire certains auteurs et d’en découvrir d’autres.

J’ai refermé le livre avec l’envie de lire encore d’autres livres de Daniel Pennac, et de lire encore et plus, tout court. Et ça c’est génial!

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Out

51ZXRHvQFOL__Je n’ai jamais aimé les atmosphères glauques ni les trucs gore, que ce soit dans les livres ou, pire encore, dans les films, et, à mesure que je prends de l’âge, je deviens de plus en plus chochotte et âme sensible. Pourtant, quand c’est Ryu Murakami ou Natsuo Kirino qui crée un univers malsain et glauque, j’en redemande. Allez comprendre!

Dès le début de Out, le lecteur se retrouve plongé dans un univers qui est loin d’être riant. Quatre femmes travaillent de nuit dans une fabrique de panier-repas. Pour se rendre du parking à la fabrique, elles doivent longer dans le noir des bâtiments désaffectés, et plusieurs de leurs collègues ont déjà subi des agressions sexuelles sur le trajet. Une fois arrivées, après une longue procédure pénible, elles rejoignent la chaîne de fabrication, sur laquelle elles s’épuisent de minuit à 5h30, sous le contrôle d’un contremaître sévère.

Parmi elles, il y a Kuniko. La trentaine, au physique quelconque et plutôt empâtée, Kuniko rêve d’être belle, élégante, riche, de plaire aux hommes et de mener une vie facile. Elle tente de pallier les imperfections de son physique en s’achetant des vêtements et du maquillage de grandes marques. Incapable de résister à ses désirs matériels, elle est endettée jusqu’au cou et tout l’argent qu’elle gagne couvre à peine les intérêts de ses emprunts. Elle reste à la fabrique parce qu’elle n’est pas assez jeune et jolie pour être embauchée comme hôtesse dans un bar et qu’elle gagne plus en 5h30 de nuit qu’elle ne le ferait en 8h de travail de jour.

Yoshié, plus âgée, est surnommée « la Patronne », du fait de la façon efficace et pragmatique dont elle prend en main et organise le travail. Elle agace ses collègues par ses plaintes continuelles. Sa situation est encore plus difficile que celle de Kuniko. Veuve, elle doit, en effet, subvenir sur son seul salaire aux besoins de sa fille lycéenne et de sa belle-mère grabataire, dont elle s’occupe la journée.

Masako n’a pas de problèmes financiers, mais même une vie triste et solitaire. Son mari, qui souffre de la pression et d’une mauvaise ambiance à son travail, se replie sur lui-même et tend à vivre en ermite. Son fils n’a plus prononcé un mot depuis qu’il a été chassé injustement du lycée et semble nourrir une rancoeur vis à vis de sa mère, qui, de mon point de vue personnel, n’est pas injustifiée. Ce travail nocturne lui permet de vivre en décalage par rapport aux deux hommes de sa maison, et d’échapper au silence de leur présence.

Yayoi enfin, jeune et jolie, est mère de deux garçons en bas âge. Depuis quelques mois, son mari s’est amouraché d’une hôtesse. Espérant gagner de l’argent pour pouvoir passer du temps avec elle, il s’est mis à jouer. Il a ainsi englouti au baccara non seulement son salaire, mais toutes les économies du couple. Pour couronner le tout, le soir sur lequel s’ouvre le roman, il se dispute avec sa femme qui lui faisait des reproches et la frappe violemment. Le lendemain, sur une impulsion, Yayoi le tue. Désemparée, elle téléphone à Masako pour lui demander son aide. Très vite, Yoshié et Kuniko se retrouvent impliquées dans la dissimulation du cadavre.

La situation de Yayoi ayant suscité chez moi une certaine empathie, je me suis dès lors mise à trembler qu’elles soient découvertes. Yayoi parviendra-t-elle à avoir l’air innocent et inquiet en signalant la disparition de son mari à la police? Ont-elles pris suffisamment de précautions? Ne va-t-il pas naître entre elles des tensions susceptibles de causer des difficultés? Toutes ces questions suffiraient à faire se ronger les ongles jusqu’au dénouement, mais il y a plus. Ou plutôt pire.

En effet, un des tout premiers chapitres du roman est centré sur Sataké, le propriétaire du bar où travaille l’hôtesse rencontrée par le mari du Yayoi et du tripot clandestin dans lequel celui-ci a perdu son argent. On apprend que Sataké a autrefois passé plusieurs années en prison pour le meurtre d’une femme qu’il a violée et torturée à mort, et que le souvenir de l’acte le hante. On apprend également que, le soir où Yayoi a tué son mari, Sataké l’a tabassé pour le chasser de ses établissements. Il est donc aisé de deviner qu’il fera un suspect idéal si la police vient à se douter de quelque chose et qu’il risque de ne pas apprécier et de vouloir se venger sur les quatre femmes s’il découvre ce qui s’est réellement passé.

Après une certaine répulsion éprouvée en lisant les premières pages, c’est un sentiment de malaise qui est ensuite apparu. Celui-ci ne m’a pas quittée jusqu’à la fin du livre. Je ne voulais pas lire ce que je pressentais qui allait arriver. Et pourtant, les pages se tournaient toutes seules et il m’était impossible de quitter le livre. J’étais pressée de savoir ce qui allait se passer et ce qui allait advenir des quatre héroïnes, croisant les doigts pour qu’elles s’en sortent… à l’exception de Kuniko, qui n’est pas particulièrement sympathique et font je me fichais un peu. Je voulais savoir si mon pressentiment allait se réaliser et, si oui, comment Natsuo Kirino aurait relaté les faits.

Ma curiosité s’est avérée payante puisque certaines évolutions de l’intrigue m’ont prise de court. J’ai été assez étonnée par le dénouement qui, je l’avoue, ne m’a pas trop plu. Mais c’est le seul point négatif que je peux trouver à propos du roman.

Comme dans Disparitions, roman avec lequel je l’avais découverte, Natsuo Kirino met beaucoup l’accent sur l’aspect psychologique. Elle nous livre de beaux portraits très fouillés de femmes – et quelques portraits d’hommes aussi – et s’intéresse beaucoup à la façon dont ce meurtre et la nécessité de gérer le cadavre va influer sur chacune des femmes et va les faire évoluer.

Elle nous fait partager la vie quotidienne de ses personnages, celle des gens pauvres qui ont du mal à joindre les deux bouts au jour le jour, et évoque la dureté du monde du travail et celle de la condition féminine dans une société japonaise encore très misogyne.

C’est donc un roman très glauque, à l’atmosphère lourde et tendue, qui comporte de nombreuses scènes peu ragoutantes, mais qui est diablement bien fichu et bien écrit et, qui loin d’être un roman de détente, a une véritable substance et un contenu dense. Je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur, si ce n’est pas déjà fait.

J’avais prévu de lire Out pour le mois Natsuo Kirino, en octobre, du challenge Ecrivains japonais d’Adalana, mais, comme d’habitude, je suis en retard et profite donc de ce que le mois de décembre est libre. J’avais initialement prévu de découvrir en ce mois de décembre Natsume Sôseki avec Je suis un chat, mais je peine un peu à rentrer dedans. Out risque donc fort d’être ma dernière lecture pour ce challenge. Aussi je remercie Adalana pour toutes les découvertes, bonnes ou intéressantes, que son challenge m’aura permis de faire.

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Au bonheur des ogres – La fée carabine

51T82Rm4poL__On ne s’ennuie pas chez les Malaussène! La mère, perpétuellement amoureuse et perpétuellement en fuite, ne rejoint le foyer familial qu’après une rupture, généralement enceinte jusqu’aux yeux. Elle disparaît généralement rapidement, dès qu’elle a rencontré un autre homme, abandonnant le nouveau-né à la garde de son fils aîné.

Celui-ci, Benjamin, homme sans âge mais qui doit logiquement avoir entre 25 et 30 ans, nourrit sa tribu grâce au lucratif emploi de bouc émissaire, qu’il exerce au Magasin. Officiellement responsable du contrôle technique, il a dans les faits pour mission de se présenter au bureau des réclamations chaque fois qu’un client veut déposer plainte parce qu’un appareil électro-ménagé a failli lui exploser à la figure. Il doit essuyer la colère dudit client de l’air le plus contrit possible, et faire tellement pitié à celui-ci qu’il se sent contraint de retirer sa plainte. Benjamin Malaussène est très doué dans son travail.

L’aînée des soeurs, Louna, est relativement autonome. Jeune infirmière, elle file depuis déjà quelques années le parfait amour. Mais l’homme de sa vie ne veut pas d’enfants et elle se retrouve enceinte. Doit-elle garder ou pas l’enfant? Peut-elle encore sauver son histoire d’amour? Elle appelle son grand-frère quasi-quotidiennement pour réfléchir avec lui à ces graves questions.

Les autres membres de la tribu, en revanche, sont totalement à la charge de Benjamin. Il y a Clara, qui prépare le bac de français. La douce Clara passe son temps à prendre tout ce qu’elle voit en photo, et surtout ce qui lui semble insupportable. Vient ensuite Thérèse, également lycéenne, « raide et sèche comme une institutrice », passionnée de sciences occultes, qui dresse des thèmes astraux et lit les signes de la main. Jérémy est au collège. Bien qu’il soit malin et débrouillard, c’est un cancre. Le dernier arrivé est le Petit, qui porte des lunettes roses, est encore à la maternelle, et, à l’approche des fêtes, au lieu de dessiner des Père Noël débonnaires, croque de terrifiants ogres Noël. Pour compléter le tableau, il faut également mentionner le chien de la maison, Julius, puant et épileptique.

Tout irait bien si des bombes ne se mettaient pas à exploser dans le Magasin, et si Benjamin ne se trouvait pas à chaque fois à proximité du lieu du drame au moment de l’explosion. C’est ainsi qu’il se retrouve soupçonné.51+LYGmkKaL__

La fée carabine a pour cadre Belleville, où vit la famille Malaussène. Un égorgeur qui s’attaque aux vieilles dames sévit dans le quartier, quadrillé par des policiers en civil. Mais une petite mamie fait exploser la tête d’un policier d’un coup de carabine. Le Petit, qui a assisté à la scène, raconte en rentrant à la maison qu’il a vu une fée transformer un homme en fleur.

Parfois, ça a du bon d’avoir une mémoire de poisson rouge. J’ai lu les trois (ou quatre?) premiers tomes de la saga Malaussène il y a une quinzaine d’années et j’avais adoré. Les livres appartenant au père de la bestiole, celui-ci les a gardés si bien que, depuis que nous nous sommes séparés, j’avais envie de les acheter pour pouvoir les relire et les avoir à moi. C’est désormais chose faite pour les deux premiers. Certains souvenirs m’étaient restés de ma première lecture. Je me rappelais des membres de la tribu et de leurs particularités. Je me souvenais aussi de tante Julia et des ennuis qu’elle s’attire dans La fée carabine. Après m’être replongée dans Au bonheur des ogres, je me suis souvenue de Théo, l’ami de Benjamin qui dirige le rayon bricolage du Magasin, et de son troupeau de petits vieux qui sèment la zizanie jusqu’au rayon jouets. Et, dans les premiers chapitres de La fée carabine, je me rappelais que la petite mamie vietnamienne prise à témoin devant les caméras par le supérieur du policier assassiné n’était pas aussi inoffensive et vulnérable qu’elle semblait l’être.

Et c’est tout. Dans les deux cas, j’avais oublié tous les rebondissements des intrigues, si bien que j’ai pu suivre les enquêtes avec la même fraîcheur que si j’étais en train de les découvrir pour la première fois. Et c’est très chouette!

Mon impression générale a cependant été identique à celle de ma première lecture. Ces romans sont réjouissants et jubilatoires. Si je devais formuler une critique, ce serait qu’il y a beaucoup de bons sentiments dans ces romans. Benjamin y est souvent qualifié de saint. Il se consacre à sa famille, dont les membres sont des parangons de tolérance et d’ouverture d’esprit, toujours prêts à venir en aide à leur prochain. On peut voir dans le premier une critique de la façon dont les entreprises exploitent leurs salariés et de la société de consommation. Le second, quant à lui, porte sur la solitude des personnes âgées et s’attaque à la corruption, au délit de sale gueule et aux policiers qui abusent de leurs fonctions. Ce reproche serait pourtant injuste, car il n’y a rien de facile et d’attendu dans les romans de Pennac. Benjamin est un saint très humain, qui a des accès de colère et des envies de meurtre et peut se conduire de façon injuste, et il y a souvent des loups cachés parmi les brebis.

J’apprécie les nombreuses allusions à la littérature qui émaillent les romans. Et plus encore le style de Pennac, son sens des dialogues, la façon dont il joue avec les registres de langue.

Dans ces deux romans, il n’y a pas de temps morts. Les événements s’enchaînent, les rebondissements se succèdent, les répliques fusent. C’est drôle, mordant, passionnant, et diablement réjouissant.

Ce sont des livres très « visuels », qui semblent bien se prêter à une adaptation en film. J’ai donc eu envie, en refermant Au bonheur des ogres, de voir le film. Cette fois, échaudée par ma déception avec Nicolas Le Floch, j’ai commencé par regarder la bande annonce, ce qui m’a fait changer d’avis. J’y ai en effet repéré des modifications par rapport au scénario du livre, et j’aurais préféré une adaptation vraiment fidèle.

J’ai hâte de (re)lire la suite, mais je ne sais pas où je dois m’arrêter. Plusieurs personnes m’ont dit que les derniers tomes de la saga (les deux derniers? les trois derniers?) étaient moins bons. Qu’en pensent ceux d’entre vous qui les ont lus?

Cette lecture, qui s’inscrit naturellement dans le cadre du challenge Daniel Pennac de George, s’est faite en compagnie de Jérôme et de Véro, que je prie de bien vouloir m’excuser pour mon retard!

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Un semestre de lectures jeunesse – les séries en cours (1/3)

Voilà bien longtemps que je n’avais pas fait de point sur les lectures du jeune homme. Je pense néanmoins être encore en mesure de combler le retard petit à petit, du fait que nous avons passé près d’un mois et demi sur deux pavés, comme vous le verrez plus bas, et qu’il lui arrive maintenant régulièrement de négocier pour échanger le temps qui aurait dû être consacré à la lecture d’avant le coucher contre quelques minutes supplémentaires pour dessiner.

Je ne m’attarderai pas sur les séries récurrentes : nous en sommes maintenant au tome 27 de Beast Quest que, à mon grand soulagement, il est en train de lire seul et au tome 33 de La cabane magique.

Nous avons lu les deux derniers tomes des Chroniques de Spiderwick. Je reviendrai donc dessus à part ultérieurement.

Je vais consacrer ce billet aux séries déjà évoquées que nous avons poursuivies et je regrouperai les nouvelles que nous avons entamées ces derniers mois dans un billet ultérieur (je n’ose plus annoncer de date!).

Les enfants du Nil – tomes 2 et 3

Surget-Alain-Cesar-C-est-Qui-Livre-893953504_MLComme son nom l’indique, cette série, dont nous avions lu le premier tome il y a un an, se déroule en Egypte, sous le règne de Cléopâtre. Elle a pour héros 3 enfants : une orpheline égyptienne qui n’a pas sa langue dans sa poche, et que Cléopâtre a pris sous sa protection à la suite des événements survenus dans le premier tome,  le fils d’un tailleur de pierre égyptien et le fils d’un marchand grec. Ils sont accompagnés d’un fennec tout mignon qui adore mordiller les chevilles. Les jeunes héros doivent déjouer des complots. Chaque tome est bourré de suspense, de rebondissements et d’humour.51PVD15VPML__

Ces petits livres sont donc faciles à lire et attrayants et mon cobaye accroche bien. Outre qu’elle est plaisante à lire, j’aime bien cette série parce que, même si elle est très très romancée, elle donne un petit aperçu et de la vie quotidienne dans l’Egypte d’il y a 2 000 ans et de ce qu’était le monde antique. En effet, Jules César débarque en Egypte dans le second tome et, à partir du quatrième tome, les trois héros vont se retrouver entraînés grâce à lui dans un tour de la Méditerranée, qui ne se limitera pas seulement à la Grèce et à Rome mais évoquera aussi, par exemple, la Gaule ou Carthage. J’ai donc hâte d’aborder la suite. J’ai d’ailleurs acheté le quatrième tome il y a peu.

Chroniques du marais qui pue – tomes 3 et 4

‚Tion¢üT‡T X÷T¦Dans le premier tome, Jean-Michel et son chien se trouvent projetés dans un monde étrange, le marais qui pue. En effet, Randalf, sorcier raté qui avait besoin d’un super-guerrier, a invoqué le chien de Jean-Michel par erreur. Qu’à celà ne tienne, Randalf rebaptise le garçon Jean-Mi le barbare et le charge des sales besognes qui lui étaient confiées. Celui-ci accepte, voyant en Randalf son seul espoir de pouvoir rentrer chez lui. Le jeune garçon se retrouve donc aux prises avec des ogres qui ont perdu leurs doudous, des armoires volantes et, surtout, le sinistre docteur Câlinou. C’est drôle, inventif et déjanté. On adore!

Les trois premiers tomes forment un ensemble, et l’histoire prend une nouvelle direction dans les trois suivants. Dans le quatrième tome, Randalf, on ne sait par9782745957269-couverture_tailleNormale quel miracle, a été promu directeur de l’école de Cochonlard et a besoin d’urgence d’un centre-balai pour compléter son équipe de quiquiche. Twilight aussi est parodié dans ce tome, qui comprend également des clins d’oeil à des classiques de la littérature jeunesse tels que Le monde de Narnia. De ce fait, si la bestiole a bien ri lors de sa lecture, j’ai dû lui expliquer pas mal d’allusions et je pense qu’il l’aurait mieux goûté s’il avait quelques années de plus et une culture littéraire plus étendue. Pour ma part, la description des règles du quiquiche m’a valu plusieurs gros fous rires. J’adore cette série et j’ai hâte de connaître la suite.

Les dragons de Nalsara – tome 3

511qTlz8HsL__Voilà encore une série qui me plaît beaucoup, mais avec laquelle j’avais rencontré jusqu’à présent peu de succès. Pour le premier tome, lu il y a deux ans, il devait être trop jeune, si bien qu’il l’a trouvé trop long et s’est un peu ennuyé. Le second tome, lu l’année dernière, dans lequel les héros découvrent sur leur île un dragon déprimé de sentir son dragonnier proche de la mort, était trop triste pour lui. Je plaçais néanmoins un peu d’espoir dans ce troisième tome, c’est pourquoi je lui ai demandé de bien vouloir laisser une dernière chance à la série.

En effet, dans le troisième volume de cette série de fantasy qui a pour héros les deux enfants d’un éleveur de dragons, un garçon qui rêve de devenir dragonnier, et une fille qui a élevé une étrange créature marine, l’action commence à démarrer : on découvre qu’il y a des méchants et on assiste à un combat avec de la magie. Et, cette fois, ça a marché, il a accroché… A moins qu’il ait juste voulu me faire plaisir? Je me sens donc autorisée à faire une nouvelle tentative avec le quatrième tome. C’est que, là encore, j’ai envie de connaître la suite, moi!

Le Noël du chat assassin

41vORN7JQ2L__C’était la quatrième fois que nous retrouvions Tuffy, chat odieux qui rapporte benoîtement les bêtises et méchancetés qu’il commet et les catastrophes qu’il provoque, en se donnant des airs de victime et en quêtant l’approbation du lecteur. Si lui semble avoir autant apprécié cette histoire que les précédentes, je me suis pour ma part moins amusée, et je trouve que ça s’essouffle un peu.

Je pense donc qu’on va en rester là avec Tuffy, que je vais faire l’impasse sur L’anniversaire du chat assassin, pour lequel les critiques que j’ai pu lire étaient assez mauvaises, et que je vais plutôt m’intéresser à ce que Anne Fine a écrit d’autre.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban

51j9qtFNEKL__Il a vu le début du film chez son père l’hiver dernier. Juste le début, car voir la méchante tante gonfler comme un ballon l’a effrayé plutôt qu’amusé, si bien qu’il n’est pas allé plus loin. Mais il me parlait régulièrement du film, et des détraqueurs qui le fascinaient. Ces conversations m’ont poussée à glisser le roman dans son « sac – PAL », juste pour voir. Et j’ai été très étonnée de le voir le sortir dudit sac très rapidement.

Nous avons passé pas loin d’un mois dessus. Bien que ce soit moi qui lisait, rester concentré sur un livre aussi longtemps n’est pas évident pour lui, du fait de son TDA/H. Il y a eu des moments où ça lui paraissait un peu long, et où il a dû, je pense, s’accrocher. Néanmoins il a aimé l’histoire et, une fois la dernière page refermée, s’est senti très fier de son exploit : c’était la première fois qu’il dépassait les 150-200 pages pour « lire » un roman de 350 pages. Pour ma part, je me réjouis des perspectives que ça ouvre : j’adorerais lui lire Percy Jackson et découvrir avec lui quelques classiques de la littérature jeunesse que je ne connais pas. Ca me semble désormais possible, en alternance avec des ouvrages plus courts. Je ne commenterai pas mes propres impressions de lecture : c’était la quatrième fois que je lisais le roman, je pense que ça veut tout dire!

Il a tout de suite voulu enchaîner sur le quatrième tome, peut-être parce que je lui avais dit que mes préférés de la série étaient le troisième et le cinquième. Cette fois j’étais réticente, car je trouve que, avec le quatrième tome, le ton devient plus sombre et commence à s’adresser à un public plus adolescent. J’ai donc insisté lourdement sur le nombre de pages et le poids du livre, et sur le fait qu’il faut 150 pages pour arriver à Poudlard. Rien n’y a fait. Nous nous sommes donc lancés dans l’aventure, qui nous a encore occupés pas loin de deux semaines. Néanmoins, il a craqué peu après la centième page : c’était trop long, et parfois un peu compliqué. Il a donc demandé à ce qu’on le range dans le « sac – PAL » jusqu’à l’année prochaine. Ca me semble une sage décision!

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Billet d’humeur

Voilà un billet totalement imprévu à propos d’un sujet sur lequel je ne pensais pas revenir un jour. Désolée pour ceux qui ont lu mon premier billet qui trouveraient que je fais une fixation!

Jeudi matin, comme je le fais toujours après avoir déposé mon fils à l’école, j’ai allumé la radio afin d’écouter Pascale Clark sur France Inter sur le chemin du retour. Malheureusement, ce n’était pas Pascale Clark, mais une autre animatrice qui interviewait Jean Teulé à l’occasion de la sortie de l’adaptation en BD de Charly 9. J’ai été consternée de voir ce livre, que je m’étais fait un plaisir de jeter à la poubelle après avoir rédigé un billet à son sujet, revenir ainsi sur le devant de la scène et j’ai été très agacée de la façon dont la BD était présentée par l’animatrice, si bien que j’ai aussitôt zappé. Je suis revenue sur la station quelques minutes plus tard, me disant que j’étais bête de juger sur quelques secondes, mais lorsque j’ai entendu la femme qui parlait clamer que Teulé devrait être au programme du bac, j’ai définitivement laissé tomber.

Mon propos n’est pas de juger ce roman sur sa forme. Je n’aime pas le style de Teulé, bien que je lui reconnaisse des talents d’écriture, mais je conçois parfaitement qu’on puisse ne pas du tout partager mon avis.

Ce qui me hérisse, c’est le fond. En effet, bien qu’il soit clairement écrit sur le livre qu’il s’agit d’un roman, bien peu parmi les blogueurs qui l’ont chroniqué l’ont pris pour ce qu’il était, une fiction. Ca me déprime que tant de blogueurs trouvent ses romans historiques bien documentés, que tant de blogueurs aient pris Charly 9 pour argent comptant, et que, pire encore, beaucoup de journalistes, dont j’estime qu’ils devraient se documenter sur ce dont ils parlent, puisque c’est leur métier, semblent tenir pour conforme à la vérité historique ce qu’il raconte. Le comble étant que Teulé lui-même croit visiblement avoir dit l’Histoire dans Charly 9.

J’aimerais beaucoup savoir ce qu’il a lu pour écrire ce roman. On dirait que tout ce qu’ont pu écrire sur le sujet les historiens spécialistes de la période, même les moins favorables à Charles IX et à sa mère, au cours des 50 dernières années, lui a échappé et qu’il ne s’est inspiré que de vieux recueils d’anecdotes sulfureuses. Le roman, qui est un tissu d’erreurs et d’absurdités, ne fait la démonstration que de sa méconnaissance de son sujet (je vous renvoie à mon précédent billet si vous en voulez quelques exemples). Et ça m’attriste de voir que des légendes noires ridicules sont perpétuées, et même répandues, à cause de lui.

Puisque je suis partie à ronchonner, j’aimerais redire qu’on n’apprend pas l’histoire dans les romans. Une fiction historique, aussi soigneusement documentée soit-elle, n’est qu’un divertissement. Motoaki Hara, spécialiste de la littérature italienne de la Renaissance, qui collabore au manga Cesare en tant que conseiller, le disait d’ailleurs dans une interview parue dans le numéro 193 d’Animeland :

Si les lecteurs du manga s’intéressent à la véracité historique, alors ils devraient plutôt lire des ouvrages académiques (rires). Il faut garder à l’esprit que Cesare reste un divertissement.

La fiction historique n’est qu’un premier pas, un moyen plaisant de lier connaissance avec une période et qui, idéalement, peut donner envie d’aller plus loin. Les historiens français, contrairement à leurs homologues anglo-saxons, sont malheureusement trop souvent arides. Mais lire des romans, BDs ou mangas, ne permet en aucune façon de remplacer la lecture d’essais historiques pour apprendre l’Histoire.

D’une part, un romancier, qui change de sujet à chaque oeuvre, ne peut matériellement pas connaître et comprendre une époque comme un historien qui l’étudie depuis des années. D’autre part, la démarche et les objectifs sont totalement différents. Ainsi, j’ai le souvenir d’un polar historique qui se déroulait à Florence autour de 1500, dont l’auteur était un spécialiste de la Renaissance italienne. Comme il connaissait clairement son sujet et était très précis dans sa description du contexte politique et des affrontements entre les Médicis et Savonarole, une personne découvrant le sujet aurait pu s’imaginer pouvoir s’instruire en se divertissant. Mais l’auteur, peut-être pour s’amuser, avait complètement bouleversé la chronologie, ce qui fait que les événements rapportés n’avaient rien à voir avec la réalité, et que le roman était plus proche de l’uchronie ou de la science fiction que du documentaire. Je me souviens également d’avoir entendu l’année dernière à Blois Adrien Goetz disant que sa démarche étant totalement différente selon qu’il écrivait un ouvrage sérieux ou un roman, et qu’il s’autorisait beaucoup de licence dans ses oeuvres de fiction.

J’ai aussi remarqué que, chez la grande majorité des blogueurs qui chroniquent un roman historique qu’ils ont aimé, on peut lire à un passage ou un autre du billet la formule : « l’auteur a très bien rendu l’époque ». Je tique toujours un peu quand je lis ça, car, la plupart du temps, l’auteur du billet n’a pas les connaissances nécessaires pour juger de la façon dont est rendue l’époque. Il peut avoir constaté que l’auteur a un joli talent de conteur et a su rendre le cadre choisi vivant, mais n’est pas en mesure de juger de la qualité de la documentation ni de savoir si l’auteur a réellement rendu l’atmosphère de l’époque ou a créé un monde plus ou moins imaginaire ou fantasmé.

Je tiens à préciser que je ne vise personne en disant cela et qu’il n’y a aucune prétention de ma part dans mes propos, juste un excès de rigidité, sans doute. Je suis – trop – chatouilleuse à propos de Charly 9, du fait que ses personnages m’ont accompagnée dans une partie non négligeable de mes lectures, pendant peut-être 10 ou 15 ans. Mais, lorsque je dis que les blogueurs, la plupart du temps, ne sont pas en mesure de juger le contexte historique des fictions historiques qu’ils lisent, je m’inclus bien évidemment dedans.

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Les années douces

51GXC5F6BFL__Voilà longtemps que j’avais envie de lire Hiromi Kawakami, et je suis contente que le challenge Ecrivains japonais d’Adalana m’ait donné l’occasion de le faire. Ne sachant pas par lequel commencer, j’ai pris Les années douces un peu au hasard, parce que le titre et l’image de couverture me plaisaient.

La narratrice, Tsukiko, est une femme célibataire qui approche de la quarantaine. Un soir, dans un troquet où elle a ses habitudes, elle est interpellée par un homme dont le visage lui rappelle vaguement quelques choses. Rassemblant ses souvenirs, elle comprend peu à peu qu’il était son professeur de japonais de l’époque au lycée. La conversation se noue entre eux et leurs goûts culinaires communs les rapproche.Tous deux prennent ainsi peu à peu l’habitude de se retrouver, de façon fortuite, dans ce bistrot pour boire et discuter.

C’est une histoire très simple et banale, si ce n’est que cette relation qui se noue peu à peu lie une femme et un vieil homme qui a le double de son âge. Le temps s’écoule au rythme des petits événements qui marquent la succession des saisons : cueillette des champignons, nouvel an, floraison des cerisiers… La narration est elle aussi simple et banale, tant dans le vocabulaire choisi que dans la construction des phrases, presque orale à certains endroits, ce qui m’a fait deux ou trois fois grincer des dents. Le rythme est lent et il ne se passe rien de fracassant.

Pourtant, c’est un livre que j’aurais envie de qualifier de confortable. Il est tout en douceur et en délicatesse, et je me suis sentie bien dans son ambiance. Il y a eu des moments où j’étais pressée de lire la suite mais, le plus souvent, j’ai eu envie de le lire à un rythme tranquille (si tant est que j’en sois capable) afin de le savourer à loisir. J’aurais eu plaisir, si le roman avait été plus épais, à y rester plus longtemps.

Je savais depuis longtemps qu’il existait un manga en deux tomes de Taniguchi du même nom. Mais il ne m’était pas venu à l’idée de faire un lien entre les deux jusqu’à ce que je lise le billet de Jérôme, que je remercie, du coup. J’ai eu beau me dire que j’allais forcément être déçue par le manga si j’enchaînais les deux versions, je n’ai pas pu m’empêcher de me précipiter sur celui-ci lors de mon premier passage en librairie. Et, au final, je ne le regrette pas du tout.

41E+WMqG0nL__Le manga est une adaptation du roman qu’il suit fidèlement, jusque dans le découpage des chapitres. Lire les deux peut donc sembler redondant. A choisir, il me semble qu’il vaut mieux commencer par le manga, puis lire le roman, le premier étant – fatalement – un résumé du second.

Pour autant, contre toute attente, j’ai beaucoup apprécié de lire le manga juste après le roman, car celui-ci en est une adaptation fidèle et m’a permis de rester dans cette atmosphère du roman qui m’avait séduite. J’ai beaucoup aimé la façon dont Taniguchi a dessiné les deux héros. Tsukiko est une femme ordinaire, pas particulièrement jolie, mais que j’ai trouvée très belle dans certaines cases. Le professeur semble beaucoup moins vieux que les 70 ans que le roman lui attribue. Je le vois plus proche de la cinquantaine dans le manga. Psychologiquement pour moi ça passe mieux.41PV7OET6AL__

De façon générale, j’y ai retrouvé la lenteur, le goût des petits plaisirs de la vie et les mets appétissants que j’avais découverts dans Le gourmet solitaire. Et je suis admirative devant la précision du trait de Taniguchi. C’est un manga qui doit se déguster lentement… ce que je suis incapable de faire, et ça m’énerve beaucoup.

Le manga se termine sur un échange entre Jirô Taniguchi et Hiromi Kawakami qui est très intéressant, et deux chapitres bonus dans lesquels Tsukiko raconte un souvenir d’enfance. Ces deux chapitres sont tirés d’un roman intitulé Parade dont j’enrage de ne pas trouver de traduction française. Ce qui est certain, c’est que je n’en ai pas fini avec ces deux auteurs.

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