Bleu presque transparent

51KMMA4XEML__SY445_Ryû Murakami est l’auteur qu’a choisi Adalana pour le mois de mai, pour son challenge Ecrivains japonais. J’ai d’abord envisagé de choisir Thanatos, afin d’achever la lecture de sa trilogie des Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort, mais, comme j’en avais chroniqué les deux premiers romans sur l’autre blog, j’ai finalement préféré continuer sur cette lancée, et partir sur tout autre chose sur ce blog-ci. J’ai donc choisi Bleu presque transparent totalement au hasard, réalisant après coup qu’il s’agit du premier roman de l’auteur, qui lui a valu de remporter le prestigieux prix Akutagawa en 1976.

Il est difficile de résumer le roman… et il va m’être également difficile d’en parler! En fait, on suit durant quelques temps le narrateur, qui porte le même prénom que l’auteur, et sa bande d’amis. Ce sont des jeunes d’une vingtaine d’années qui consacrent l’essentiel de leur temps à se droguer et à baiser. Le seul autre centre d’intérêt qui semble émerger est la musique, fréquemment évoquée dans le roman.

J’entretiens un étrange rapport avec Ryû Murakami : ses romans, sur le fond, ont tout pour me déplaire, et pourtant je suis à chaque fois sous le charme. Ce qui fait que c’est un auteur que j’aime beaucoup, sans que j’arrive à m’expliquer pourquoi. Ce roman est le premier que je lis de lui pour lequel l’écriture n’est pas parvenue à me séduire suffisamment – quoique j’ai failli succomber par moments – pour me faire oublier que je n’adhère pas du tout au fond. Ce qui fait que, globalement, je n’ai pas accroché.

Je n’ai pas du tout réussi à comprendre ses personnages, ni quel intérêt ou quel plaisir ils peuvent ainsi trouver à se défoncer et à se faire défoncer.

« Après tout, on n’a pas tellement d’occasions de se fendre la gueule, tu crois pas? », dit l’une des filles, à propos d’une orgie que je qualifierais volontiers de viol collectif et qui l’a pourtant fait plus pleurer que rire sur le moment… Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle à s’autodétruire, et je ne comprends pas pourquoi ces jeunes trouvent si peu d’occasions de s’amuser. Murakami donne peu d’éléments sur l’environnement de ses personnages et rien qui puisse permettre de comprendre leur comportement. Peut-être faudrait-il creuser du côté de l’influence exercée par les soldats de la base américaine voisine?

L’autre point qui m’a gênée, c’est que le roman se termine comme il a commencé : il n’y a aucune évolution dans la situation des personnages. Je ne demande pas à ce que Murakami l’ait achevé sur une leçon de morale, mais j’aurais aimé qu’il aille d’un point A à un point B, quel qu’il soit. Tel qu’est le roman, je n’arrive pas à discerner quel est le propos de l’auteur, ni s’il en a un, au-delà de cette description d’une certaine jeunesse japonaise.

L’un des aspects qui m’ont plu, au-delà de l’écriture, est que Murakami parvient à rendre ses personnages attachants, et qu’il y a une certaine sensibilité dans le roman. Néanmoins, je ne suis pas parvenue à éprouver de l’empathie pour les personnages, qui m’ont plutôt inspiré du mépris.

Cette totale incompréhension des personnages et de leur comportement m’a empêché d’apprécié le roman. Je n’en suis cependant pas moins désireuse de poursuivre mon exploration de l’oeuvre de Ryû Murakami.

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11 commentaires pour Bleu presque transparent

  1. Natiora dit :

    Je comprends totalement ce qui ne t’a pas plu, et je qualifie comme toi certaines scènes de « viol collectif ». Je ne sais pas pourquoi j’ai adhéré au désespoir de ces jeunes, à leur besoin de s’oublier. Généralement les personnages auto-destructeurs m’attirent, et ça n’a pas loupé ^^

    • Marie dit :

      Moi je n’aime pas du tout les personnages auto-destructeurs. Donc c’est normal que ça ait coincé. :-)
      Je comprends en tout cas ta réaction, puisqu’elle c’est celle que m’ont inspirée jusqu’à présent les romans de Ryû Murakami, sans que je puisse l’expliquer moi non plus.

  2. Je l’ai lu il y a si longtemps que je ne m’en souviens pas.
    A moins qu’il ne m’ait pas laissé de souvenir impérissable!

    • Marie dit :

      Avec les années, j’ai aussi du mal à me souvenir de l’impression que m’ont laissés les livres, à moins que celle-ci ait été vraiment forte.

  3. jerome dit :

    J’aurais été très étonné que tu apprécies ce roman. Moi je l’ai adoré quand je l’ai découvert il y a près de 20 ans. Quand on fait des études de lettres, qu’on s’enfile des classiques et que l’on tombe sur un texte pareil, c’est un gros choc. Je me suis dit à l’époque : « on a le droit d’écrire ça ? On a le droit d’écrire comme ça ? »
    Si je le relisais aujourd’hui, l’effet serait forcément différent. En tout cas je m’en souviens encore…

    • Marie dit :

      J’en étais restée à ce que tu ne te souvenais plus si tu l’avais adoré ou si c’était celui-là de Murakami que tu avais détesté. C’en était donc un autre. Etonné, étonné… J’ai bien aimé Ecstasy et Melancholia, celui-ci aurait pu me plaire aussi! :-)
      Tu n’avais pas lu Sade à 20 ans? L’auteur de Sexe et littérature aujourd’hui, dont il faudra que je me décide à rédiger le billet un jour, y dit grosso modo que Sade a été tellement loin à la matière que les tentatives faites depuis pour choquer ne peuvent pas rivaliser. Je trouve que ce n’est pas faux.

  4. Aaliz dit :

    Ryu Murakami est un auteur qui m’intimide beaucoup. J’ai « Les bébés de la consigne automatique » dans ma PAL mais je n’arrive pas à l’en sortir tellement j’appréhende. Mais bon, il faudra bien si je veux me faire enfin mon avis sur cet auteur !

    • Marie dit :

      C’est sûr que ses romans sont glauques, violents et je n’adhère pas au tableau très noir qu’il brosse d’une jeunesse japonaise paumée qui se livre à tous les excès. Ca ne m’a pas empêché de beaucoup aimer Les bébés de la consigne automatique. Tu devrais tenter le coup!

  5. Moi qui voulait le lire justement, je l’avais repéré à la médiathèque et j’avais prévu de l’emprunter cet été… Du coup, ton article me laisse perplexe et indécise.
    Après, je pense que beaucoup de personnes (moi comprise il faut dire), ont une sorte de fascination pour ce genre de personnages auto-destructeurs, glauques, morbides. Mais c’est vrai que si l’histoire a un « sens », c’est toujours plus appréciable, je trouve.

    • Marie dit :

      Si tu n’es pas arrêtée par ce genre de personnage, tu peux tenter le coup. Sinon je te recommande aussi Les bébés de la consigne automatique, dans lequel, pour le coup, l’histoire a un sens et les personnages évoluent beaucoup, dans une direction ou une autre.

  6. Ping : Challenge Écrivains japonais : Récap’ de mai | Adalana's Imaginary World

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