Longue vie aux dodos

61KA6NYK97L__Dick King Smith revisite à sa façon, dans ce roman, le destin tragique des dodos. Il raconte comment ceux-ci vivaient heureux et tranquilles sur une île, petit coin de paradis inconnu, jusqu’à ce qu’un jour accoste un bateau pirate. Les marins se régalèrent des volatiles trop confiants, avant de repartir au bout de quelques jours. Mais ils laissèrent derrière eux une féroce famille de rats, avide d’oeufs de dodos.

Un autre passager du bateau était resté sur l’île, le perroquet du capitaine. Celui-ci se lia d’amitié avec un couple de dodos, Béatrice et Bertie, et leur apporta son aide dans leur lutte contre les rats. Qui sait si leurs efforts conjugués ne leur ont pas permis de parvenir à conduire quelques dodos rescapés jusqu’à un nouveau petit coin de paradis ignoré jusqu’à ce jour?

Nous avions découvert Dick King Smith il y a 2 ans, avec Le dragon des mers qui nous avait séduits tous les deux. J’ai donc voulu tenter un autre roman. Néanmoins, lorsque nous avons entamé la lecture de celui-ci, l’été dernier, j’étais un peu inquiète. En effet, je sais que la bestiole n’aime pas les histoires tristes. Or celle-ci est assez sombre : le premier volatile rôti par les humains est l’oncle des héros et les rats sont vraiment méchants et cruels. J’espérais malgré tout que le ton léger et l’humour omniprésent compenseraient. Cela n’a malheureusement pas été le cas. Comme je l’appréhendais, la bestiole a très vite demandé à abandonner la lecture du livre.

En dépit de cet échec, je tenais à parler de Longue vie aux dodos, car je l’ai, pour ma part, beaucoup aimé. Comme pour Le dragon des mers, j’ai apprécié l’écriture assez littéraire. J’ai tremblé pour les héros et je me suis beaucoup amusée.

De ce fait, j’ai bien envie d’essayer de ne pas rester sur un échec et de refaire une autre tentative, ne serait-ce parce que j’ai envie pour moi de découvrir les autres oeuvres de Dick King Smith. Si j’ai beaucoup aimé certains albums lus quand la bestiole était tout petit, plus il grandit et plus je me délecte de nos lectures communes. Je regrette d’avoir cru tant d’années que la littérature jeunesse n’était que pour les enfants.

Longue vie aux dodos
Dick King Smith
Folio cadet

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Tamango

TamangoLes billets de plusieurs blogueuses qui ont relu récemment des nouvelles de Mérimée m’avaient donné envie d’en faire autant. Néanmoins, si l’on m’avait demandé vers quel titre mon choix se porterait en priorité, j’aurais sans doute spontanément répondu La Vénus d’Ille ou Colomba, mais certainement pas Tamango.

Mais il se trouve que, afin de prolonger leurs récents cours d’histoire sur l’esclavage, la bestiole et ses camarades d’école ont eu à étudier des oeuvres littéraires sur ce thème. C’est ainsi que, après avoir terminé le joli album L’esclave qui parlait aux oiseaux, il s’est retrouvé à lire Tamango. Si si, en CE2. Les conceptions pédagogiques de cette école me laissent de plus en plus dubitative… Comme je sais qu’il n’aime pas du tout les histoires tristes et que je me disais bien que ce serait trop compliqué pour lui, j’ai donc récupéré mon vieil exemplaire chez mes parents, afin de l’accompagner dans la lecture qu’il faisait en classe. Si j’ai relu en entier cette courte nouvelle d’une vingtaine de pages, lui, en revanche, s’est arrêté en cours de route. Il avait beau être super motivé, parce j’avais eu le malheur de lui dire que c’est une oeuvre qui, à mon sens, s’étudie plutôt au lycée, sa lecture était longue et laborieuse : arrivé au bout d’une phrase, il peinait à se souvenir du début, et il n’a pas compris grand-chose à l’histoire. Au bout de quelques jours, son maître a eu la sagesse de le mettre à la place sur des exercices de grammaire, ce qui m’a ravie.

A sa décharge, c’était la première fois qu’il lisait un auteur classique, et le texte était d’autant plus difficile que, aux tournures et mots qui ne lui sont pas familiers, s’ajoute tout un vocabulaire de marine plutôt compliqué, même pour un adulte. Néanmoins, plus que la difficulté du texte, ce qui m’a gênée, dans le fait de proposer cette nouvelle à des enfants si jeunes, c’est qu’elle est extrêmement cruelle et sombre.

Tamango est un brillant chef de guerre africain, qui vend ses prisonniers à des esclavagistes européens. Il est cependant un piètre négociateur, car, au début de la nouvelle, on voit le capitaine de navire français le faire boire pour l’amener à descendre ses prix à un niveau ridicule. Dans son ivresse, Tamango, pris d’un accès de rage, va jusqu’à vendre sa femme. Le lendemain, redevenu sobre, il se rend compte de sa bêtise et se précipite vers le navire afin de racheter sa femme. Mais comme, dans sa naïveté, il s’est présenté seul et sans armes, tout ce qu’il obtient est de se faire lui-même embarquer comme esclave.

Je ne peux pas dire que c’est une nouvelle que j’apprécie : tout  y est noir et tragique, du début jusqu’à la fin. Il n’y a pas la moindre lueur d’espoir, pas le moindre trait positif. Tous les personnages, hormis l’interprète des blancs et la femme de Tamango, sont mauvais, et ces deux-là ne sont pas récompensés d’avoir été meilleurs que les autres. C’est trop sombre pour moi.

Par ailleurs, j’ai été gênée par l’esprit de Mérimée. D’après la notice, le thème de cette nouvelle, publiée en 1829 alors que l’auteur avait 26 ans, lui aurait été inspirée par des proches, partisans de l’abolition de l’esclavage. Mérimée ne paraît cependant pas avoir partagé leur opinion. En effet, s’ils dépeint les blancs comme étant cruels et odieux, les noirs ne sont pas présentés sous un jour meilleur : ils sont d’une stupidité telle qu’ils ne peuvent que se faire avoir par les blancs et sont incapables de se débrouiller sans eux. On pourrait presque croire qu’il pense que ces derniers méritent leur triste sort.

Ma lecture n’a cependant pas été purement négative. Je me suis régalée avec le style et l’ironie mordante de Mérimée. De ce fait, mon envie de relire d’autres de ses oeuvres demeure intacte.

Quant à la bestiole, qui était tout étonné de découvrir que les auteurs morts ne sont pas périmés et sont encore lus (il connait pourtant des fables de La Fontaine et a vu une pièce de Molière!), j’aimerais qu’il commence à se familiariser doucement avec les auteurs classiques. J’ai donc rapatrié chez moi un tome des oeuvres de la comtesse de Ségur, que j’ai lues quand j’avais son âge, ainsi que mon exemplaire en Bibliothèque Verte d’Oliver Twist, l’un des tomes que nous avons lus récemment de La cabane magique étant consacré à Charles Dickens, afin de voir s’ils me paraissent accessibles pour lui.

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Thermae Romae

61XyCfmCOwL__L’histoire commence à Rome, en l’an 128. Lucius Quintus Modestus, architecte spécialisé dans les thermes, se fait renvoyer du cabinet dans lequel il travaille. Son patron lui reproche d’avoir des idées démodées et dépassées. Comme il déprime, son ami Marcus l’emmène aux bains pour le détendre. C’est là que Lucius, intrigué par un drôle de trou au fond d’un bassin, tombe dans celui-ci et se retrouve transporté dans le Japon contemporain. Le premier moment de surprise et d’effroi passé, Lucius trouve dans les bains japonais dans lesquels il est mystérieusement arrivé une foule d’idées nouvelles. Une nouvelle chute l’ayant ramené à Rome, il s’empresse de les mettre en application.

61-XSCOj4GL__Tout au long des trois premiers tomes de la série, qui en compte six, les chapitres se succèdent selon le même schéma : Lucius doit construire des bains et se retrouve confronté à un problème, une chute le transporte au Japon, il y trouve les idées et l’inspiration nécessaires pour résoudre son problème, et enfin il rentre à Rome pour mettre en oeuvre une solution brillante.

Ce schéma répétitif peut paraître lassant, et il le serait sans aucun doute s’il s’était prolongé sur 10 ou 15 tomes. Cependant, sur ces seulements trois tomes, ça passe très bien.

L’auteur, Mari Yamazaki, a vécu 11 ans en Italie, où elle a étudié les Beaux Arts, elle est passionnée par l’Antiquité et s’est rendue sur de nombreux sites de fouille. Présente au Salon du Livre il y a 2 ans, elle y avait expliqué qu’elle trouve 51CSFkVceRL__que les japonais mettent l’empire romain sur un pied d’estale et en ont une image rigide qui n’est pas très attrayante. Avec Thermae Romae, elle a voulu en donner une image moins guindée, en mettant l’accent sur la vie quotidienne, pour inciter ses compatriotes à avoir envie de mieux connaître la Rome antique. Et les bains lui ont semblé être ce qui rapprochait le plus les deux cultures.

De mon point de vue, elle a parfaitement réussi. Elle donne, en effet, une vision moderne et vivante de Rome, mettant en scène des hommes semblables à nous dont la façon de vivre n’est pas si éloignée de la nôtre. Cela ne doit pas aller sans quelques anachronismes, au moins dans la mentalité « très manga » du héros, mais le résultat est que Lucius est sympathique et qu’on suit avec plaisir ses aventures, qui sont à la fois drôles et intéressantes. Par ailleurs, les dessins sont superbes.

51ixoLYMbmL__Enfin, Lucius ne passe pas son temps à voyager d’un monde à l’autre : ses visites au Japon sont, somme toute, assez rares, puisque les trois premiers tomes couvrent une dizaine d’années de la vie de l’architecte. Le lecteur peut ainsi voir évoluer la carrière et la vie de Lucius. Ses succès lui valant d’être remarqué d’un proche de l’empereur, il va être amené à travailler pour Hadrien. Grâce à cette évolution de l’intrigue, la mangaka peut élargir le décor de son histoire. Elle nous entraîne ainsi dans différentes provinces de Rome et nous laisse entrevoir l’âge d’or qu’était le règne d’Hadrien et les difficultés rencontrées par ce dernier dans l’organisation de sa succession.

61v-0ht1ItL__Puis, dans le quatrième tome, le rythme change : Lucius, transporté une fois de plus dans le Japon d’aujourd’hui, ne parvient pas à en revenir. Il a la chance (!) de rencontrer une historienne spécialiste de la Rome antique, qui parvient à communiquer avec lui et qui, bien qu’elle le prenne pour un fou, lui conseille, puisqu’il est coincé au Japon, de mettre à profit son séjour pour découvrir son environnement et travailler. Lucius met ce conseil en application et on le voit donc tenter de s’adapter dans ce pays inconnu dont il ne parle pas la langue.

Ce rebondissement m’a, à la lecture du quatrième tome, semblé une bonne idée, car il apporte un souffle nouveau à la série. Néanmoins, j’ai eu un peu peur en lisant le cinquième, qui part dans des délires que j’ai trouvés décevants. C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai ouvert le sixième et dernier tome. J’ai heureusement été rassurée. Si celui-ci n’est pas le meilleur de la série, il est tout du moins consacré à amener la conclusion que j’attendais et m’a donc semblé satisfaisant.

51cxGKolntL__Si je mets un bémol sur la deuxième partie de la série, celle-ci, qui est drôle et donne envie de se plonger dans l’histoire de Rome… ou de relire les Mémoires d’Hadrien qui furent une des sources d’inspiration de la mangaka, a été très agréable à lire et, en dépit de certaines faiblesses scénaristiques, elle mérite amplement d’être découverte, si ce n’est pas déjà fait.

Le sixième tome se termine sur la promesse faite par Mari Yamazaki de raconter ultérieurement ce que sont devenus les personnages rencontrés par Lucius au Japon. Si l’on en croit le numéro de janvier – février d’Animeland, ce projet de spin-off serait néanmoins repoussé à une date indéterminée, la mangaka ayant été dégoûtée de n’avoir touché que 7 000 € sur les sommes colossales rapportées par les millions de mangas vendus et les adaptations de Thermae Romae en film et en dessin animé. Toujours est-il qu’elle travaille actuellement sur la vie de Steve Jobs.

J’inaugure avec ce manga la catégorie Rome de mon défi Préhistoire et Antiquité.

Rome

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L’écho des cavernes

51aztM5azFL__Il y a bien longtemps, un homo sapiens repéra trois antilopes. Alléché par ces repas potentiels, il s’empressa de retourner dans sa grotte afin d’alerter les autres membres de sa tribu. Mais comment les avertir de sa trouvaille? Le temps que ses « Wroumpf » parviennent à susciter l’attention de ses semblables, les antilopes avaient déguerpi. Frustré, Sapiens se dit qu’il leur manquait la communication.

Il s’exerça à roucouler des voyelles avec son amoureuse, puis des consonnes, et se dit qu’il tenait peut-être là quelque chose. Il appela sa compagne Eve, reçut d’elle le nom d’Adam, et commença avec elle à nommer les choses qui constituaient leur environnement quotidien. Il fit ensuite part de sa trouvaille à ses congénères qui l’adoptèrent, le Peintre et le Sorcier contribuant à la répandre.

Tout au long de son existence, les problèmes qu’il rencontra et les petits événements de sa vie suscitèrent chez Adam des méditations qui aboutirent à des perfectionnements de son invention, le langage.

C’est ainsi que, dans cet ouvrage qui s’adresse aux adolescents, Pierre Davy, mélangeant allègrement la préhistoire et la Genèse, explique de façon délirante le fonctionnement de la grammaire. Il montre que celle-ci n’est pas un ensemble de lois destinées à compliquer la vie des élèves, mais un outil qui permet de communiquer de façon efficace. La grammaire permet à l’émetteur de coder avec précision le message qu’il veut faire passer et au récepteur de décoder le message et le comprendre. C’est du moins ce que j’ai perçu.

J’avais posé le livre sur mon bureau alors que je rédigeais mes billets sur Les Rendez-vous de l’Histoire. J’ai saisi l’occasion pour en lire quelques pages, intriguée. Et, de fil en aiguille, comme il me plaisait bien, je l’ai lu en entier, par petits bouts, en l’espace de quelques jours. Il se lit très vite et très agréablement et il est très drôle.

Toutefois, dans le registre de l’apprentissage ludique de la grammaire, j’ai préféré, mais s’adressant à un public beaucoup plus jeune, les aventures du verbe Aimer, dans Verbes, sujets et compagnie, de Daniel Gostain, dont il faut que je nous procure la suite.

J’inaugure donc, avec cet ouvrage assez atypique, la catégorie « Des premiers hominidés à la fin du néolithique » de mon défi Préhistoire et Antiquité.

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Les liaisons dangereuses

001356497Voilà des années que je voulais relire Les liaisons dangereuses. Je connaissais l’histoire par coeur, du fait des adaptations notamment cinématographiques que j’ai vues, mais j’avais envie de redécouvrir le texte, surtout depuis que j’en ai vu une adaptation théâtrale, qui reprenait des extraits de l’ouvrage de Laclos. Le rendez-vous proposé par Mina m’en a fourni l’occasion.

Est-il bien utile de rappeler l’intrigue de ce célèbre roman épistolaire? La marquise de Merteuil sollicite son ancien amant, le vicomte de Valmont, afin qu’il séduise la jeune Cécile de Volanges, fraîchement sortie du couvent et promise au comte de Gercourt, dont la marquise veut se venger. Mais le vicomte s’est enterré à la campagne chez sa tante, Mme de Rosemonde, où il s’est attelé à une difficile entreprise : tenter de séduire la vertueuse et prude Mme de Tourvel. La marquise de Merteuil est donc obligée de composer avec les moyens du bord et de favoriser l’amour naissant entre Cécile de Volanges et son maître de musique, le chevalier Danceny.

Cette relecture a été un régal. Je crois que Les liaisons dangereuses est définitivement l’un de mes romans préférés. Depuis un an et demi, j’ai lu et relu un certain nombre de romans libertins, souvent en compagnie de Mina, et je n’en ai pas trouvé pour le moment qui soient capables d’égaler ceux de Crébillon fils et celui-ci. J’adore l’écriture chez Crébillon fils et chez Laclos, élégante, limpide, pleine d’esprit. J’aime les joutes verbales auxquelles se livrent leurs personnages. Les liaisons dangereuses détonne également par son contenu. L’intrigue est originale, bien menée et passionnante. J’ai traîné la patte au cours de certaines de mes lectures libertines, me trouvant face à un catalogue de types, des descriptions de divertissements vues et revues ou des intrigues dont le dénouement me paraissait évident. Et là, bien que connaissant la succession des événements sur le bout des doigts, je n’ai pas eu un instant d’ennui. Au contraire, j’avais hâte de lire la suite, et ne me suis forcée à étaler ma lecture sur plusieurs semaines que pour prolonger le plaisir.

Bien que son dénouement soit tragique, car conforme à la morale, de nombreux passages du roman m’amusent beaucoup. C’est ce qui fait, avec la beauté de l’écriture, qu’il est pour moi comme une friandise. Le lecteur est infiniment mieux renseigné que les personnages, puisqu’il a accès à toute la correspondance. Les intentions et sentiments, conscients et inconscients, de chacun des protagonistes sont connus de lui. Le lecteur est donc un peu comme le spectateur d’une partie d’échecs à plusieurs. Il connait les stratégies des joueurs, sait s’ils sont sincères ou non et peut même anticiper les réactions des adversaires. Il comprend les sous-entendus et ce qui motive le choix des mots dans chaque épitre, anticipe les succès et les échecs, et c’est souvent drôle.

Enfin, Les liaisons dangereuses, ce sont des personnages fascinants, et en particulier celui de la marquise de Merteuil, que j’aime beaucoup. Evidemment, on la voit dans le roman se comporter de façon odieuse mais, sans l’excuser, on peut comprendre ce qui l’a motivée. Dans une certaine mesure, c’est la société qui est responsable de ce qu’elle est devenue. Au risque de répéter un poncif actuel, j’ai le sentiment que le roman de Laclos est très féministe, et qu’il dénonce moins des gens et des moeurs que la condition féminine de l’Ancien Régime. Mme de Merteuil résume bien la situation dans la longue lettre où elle raconte comment elle s’est formée :

« Croyez-moi, Vicomte, on acquiert rarement les qualités dont on peut se passer. Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner. Quand je vous accorderais autant de talents qu’à nous, de combien encore ne devrions-nous pas vous surpasser, par la nécessité où nous sommes d’en faire un continuel usage!

Supposons, j’y consens, que vous mettiez autant d’adresse à nous vaincre, que nous à nous défendre ou à céder, vous conviendrez au moins, qu’elle vous devient inutile après le succès. Uniquement occupé de votre nouveau goût, vous vous y livrez sans craine, sans réserve : ce n’est pas à vous que sa durée importe.

En effet, ces liens réciproquement donnés et reçus, pour parler le jargon de l’amour, vous seul pouvez, à votre choix, les resserrer ou les rompre : heureuses encore, si dans votre légèreté, préférant le mystère à l’éclat, vous vous contentez d’un abandon humiliant, et ne faites pas de l’idole de la veille la victime de demain! »

Le personnage de Prévan a beau être un scélérat, il est réhabilité à la fin du roman. Il séduit les femmes, gâche leur vie en les perdant de réputation, et lui n’en tire que de la gloire. Mme de Merteuil a réussi à faire son chemin dans ce monde d’hommes. Non seulement elle arrive à échapper aux manoeuvres nuisibles de Prévan, mais, plus maligne que lui, elle parvient à se jouer de lui. Grâce à son intelligence et à son habileté, elle a su, tout en sauvant les apparences et en se faisant passer pour vertueuse, gagner sa liberté. Et même si elle écrase les femmes qui n’ont pas sa force et ses capacités, ce qu’elle m’inspire est avant tout de l’admiration.

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On se calme!

41o-BqxgosL__Olivier Revol est l’une des sommités, voire la sommité, françaises en matière de TDA/H (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité). A force de tomber sur des documents émanant de ses équipes, de l’entendre à la radio et de lire et entendre ses louanges (je ne pense que ce n’est pas uniquement en raison de son expertise que les femmes sont si enthousiastes!), j’ai eu envie de lire son dernier livre, pour voir ce qu’il écrit et dans l’espoir d’y piocher des informations utiles.

Olivier Revol a lui-même un TDA/H et il explique dans son livre que, ayant beaucoup de mal à tenir en place lorsqu’il s’ennuie, il a à coeur de s’efforcer de ne pas être lui-même ennuyeux lorsqu’il donne une conférence. Il semble avoir adopté le même principe dans son livre. Il y alterne, avec simplicité et humour, anecdotes personnelles, portraits de jeunes patients et informations plus générales. C’est un très bon vulgarisateur et le livre se lit aisément, rapidement et avec plaisir. Je pense qu’il est même capable d’intéresser et de plaire à des personnes qui ne sont pas concernées par le sujet.

Comme cela fait déjà quelques années que je m’intéresse au TDA/H, j’ai l’impression de ne pas correspondre au public principalement visé et j’ai refermé le livre en restant sur ma faim et en ayant l’impression de ne pas y avoir appris grand-chose. Par ailleurs, j’aurais aimé qu’il soit plus structuré. J’ai eu par moments l’impression qu’il passait du coq à l’âne et j’aurais préféré que la ligne directrice soit plus nette.

Le livre est découpé en trois parties. La première est essentiellement constituée de portraits touchants d’hyperactifs. Il y rapporte des rendez-vous avec certains de ses patients, évoque certains jeunes en traitement, raconte le quotidien difficile des hyperactifs. Il dresse aussi le portrait de quelques adultes dont le rythme de vie est particulièrement en phase avec la société actuelle, dans laquelle tout va très vite. L’une des idées qu’il développe dans son ouvrage est que notre monde nous impose un rythme tel que les hyperactifs sont bien adaptés sur certains points et que leur décalage est encore plus flagrant et gênant pour d’autres aspects. Je ne saurais dire si ces adultes qu’il évoque sont hyperactifs ou non.

De façon générale, il ressort de cette partie une ébauche de ce qu’est le TDA/H, dans lequel un parent peut reconnaître son enfant et se dire qu’il y a quelque chose à creuser, mais pas vraiment de description claire et structurée.

Par ailleurs, j’ai l’impression qu’Olivier Revol évoque essentiellement (uniquement?) les cas de TDA avec hyperactivité et que le TDA sans hyperactivité est relativement oublié. Je trouve ça d’autant plus dommage qu’Olivier Revol écrit à un moment que les TDA sont beaucoup plus difficiles à repérer, puisqu’ils n’attirent pas l’attention par leur agitation, que ces enfants passent souvent simplement pour fainéants, qu’ils perdent confiance en eux à force de se faire gronder et d’avoir des mauvaises notes et que le pourcentage de ceux parmi eux qui arrive à la fin des études secondaires est bien plus faible que la moyenne nationale. Et c’est malheureusement le TDA sans H qui m’intéressait le plus, puisque c’est ce qu’a la bestiole.

La seconde partie vise à démontrer que nous ne sommes pas impuissants face au TDA/H et que de nombreuses thérapies existent. Il évoque ainsi des actions menées au Canada et des groupes de discussion pour les parents ou des accompagnements en place dans des hôpitaux français. Mais là encore je reste sur ma faim… Le Canada, c’est bien loin, et j’aurais aimé trouver des références d’ouvrages permettant de se documenter sur les méthodes évoquées. Quant aux accompagnements en place en France, il n’est pas précisé dans quelles conditions on peut y avoir accès. J’imagine qu’il faut être passé par un diagnostic en hôpital et que les familles ayant obtenu le diagnostic auprès de spécialistes exerçant en libéral ne peuvent pas y prétendre, mais ce n’est pas précisé? Par ailleurs, y a-t-il de la place pour toutes les familles ayant obtenu un diagnostic en hôpital? Etant donné que j’ai lu récemment que, à Lyon, ni Revol ni aucun de ses collaborateurs ne prend plus actuellement de nouveaux patients et qu’il est notoire que, à Paris, il faut compter environ un an d’attente pour une consultation à Robert Debré, on peut se poser la question.

J’aurais bien aimé également connaître son opinion sur la remédiation cognitive, proposée par certains neuropsychologues, et que nous avons testé avec un résultat que je trouve mitigé, mais il n’en parle à aucun moment. Je n’y ai également trouvé que très peu de trucs pratiques pouvant aider à la maison ou à l’école.

La dernière partie aborde principalement la question du méthylphénidate, à propos duquel je le trouve un peu trop enthousiaste. Certes celui-ci, quand il fonctionne (Revol indique qu’il ne marche que dans environ 2/3 des cas, je croyais que la proportion était beaucoup plus élevée), semble avoir un effet miraculeux. Néanmoins, c’est un médicament qui est classé comme stupéfiant, et qui peut avoir des effets indésirables et secondaires non négligeables. La décision d’y recourir ou pas n’est pas facile à prendre. Et il me semble que chaque famille a besoin de disposer d’éléments objectifs afin de déterminer si, dans le cas d’un enfant particulier, ce sont les bénéfices ou les inconvénients attendus qui pèsent le plus lourd dans la balance.

Je pense que ce livre peut être utile pour des gens qui ne connaissent pas le TDA/H et qui peuvent être alertés en le lisant, sur le fait que leur enfant ou eux-mêmes sont concernés. Il peut être également déculpabilisant pour les personnes concernées qui découvrent ce qu’est le TDA/H : ils pourront se rendre compte que leur enfant n’est pas mal élevé, qu’ils ne sont pas de mauvais parents et que, un enfant TDA/H étant épuisant, il est normal qu’ils aient du mal à suivre et craquent par moments. En revanche, je crois quelqu’un qui est déjà un peu au fait du sujet risque de rester sur sa faim, comme ce fut mon cas.

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Un semestre de lectures jeunesse – les séries en cours (2/3)

43 rue du Vieux Cimetière – tomes 1 à 4

518zbq37-lL__Ignace Bronchon, vieux bonhomme ronchon, a connu autrefois le succès et la fortune en tant qu’auteur d’une série de livres pour enfants. Désormais ruiné, il doit écrire un nouveau tome de sa série pour se renflouer, mais il déteste les enfants et n’a aucune inspiration. Il décide de louer une maison pour pouvoir y travailler au calme à son nouveau roman, et son choix se porte sur une grande et vieille maison, sise au 43 rue du Vieux Cimetière, dans la petite ville de Livid city.

Cette maison a été construite par Adèle I. Vranstock, une vieille dame décédée il y a un siècle, le coeur brisé qu’aucun de ses nombreux manuscrits n’ait jamais été accepté par un éditeur. Avant de mourir, elle a juré de hanter sa maison et la ville pour l’éternité, ou au moins jusqu’à ce qu’un de ses manuscrits soit publié. C’est pour cette raison qu’un couple de spécialistes du paranormal, les Perrance, a acheté sa maison. Mais, n’ayant rien observé d’inhabituel, ils ont fini par conclure que les fantômes n’existent pas et que leur fils Les, qui dit avoir lié amitié avec le fantôme d’Adèle est un idiot ou un fou.

cvt_43-rue-du-vieux-cimetiere--Tome-2--Il-faudra-me-_609Les Perrance, partis donner une série de conférences en Europe sur le thème « Les fantômes n’existent pas », ont donc mis leur maison en location pour l’été. Ce n’est qu’une fois installé au 43 rue du Vieux Cimetière qu’Ignace se rend compte que les Perrance y ont laissé leur fils, et qu’un article du contrat de location prévoit que le locataire est tenu de s’occuper de lui. Ignace, très énervé de cette découverte, l’est encore plus lorsque ses tentatives d’écriture sont interrompues par toutes sortes de bruits. Face à la fureur d’Ignace, Les, 11 ans et passionné de dessin, proteste que ce n’est pas lui l’auteur du vacarme, mais Adèle.

Les livres de cette série ont la particularité d’être des romans épistolaires et je trouvais très intéressant de faire découvrir cette forme à la bestiole (qui m’a d’ailleurs posé des questions à ce sujet cette semaine). Comme en plus les avis semblaient unanimement élogieux au sujet du premier tome, je me suis empressée de le glisser dans le sac PAL de la bestiole. Il y est resté longtemps… et y serait sans doute encore si je ne l’avais pas interrogé à propos de ce qui bloquait avec les livres délaissés du sac PAL. Mon loustic juge les livres uniquement d’après les couvertures et avait bloqué sur celle-là, pensant qu’il s’agissait d’un livre sérieux. Lorsque je l’ai détrompé, il l’a immédiatement choisi. C’était l’été dernier.

61wRSKIZzmL__Au cours de la lecture, j’ai été prise de doutes. Il venait d’avoir 8 ans, et je me demande si ce n’était pas un peu jeune pour la série. Le ton de la correspondance change en fonction des interlocuteurs et il y a régulièrement des courriers d’affaire, notamment entre Ignace et son agent, son éditrice ou l’agent immobilier, dont le vocabulaire formel lui était totalement inconnu. Il a fallu plus d’une fois que je « traduise » une lettre ou un article de journal, à sa demande. Par ailleurs, il faut souvent que je lui explique les jeux de mots sur les noms des personnages pour qu’il les voie… Je dois avouer que j’ai moi-même mis du temps à m’apercevoir que le nom d’Adèle était aussi un jeu de mots. Enfin certains passages un peu « techniques » l’ont ennuyé. C’est le cas notamment des explications numismatiques dans le troisième tome, qui, pour cette raison, est celui qu’il aime le moins.

61TWTi9slzL__J’ai donc été un peu étonnée que le verdict, une fois le livre refermé soit: « Super! Super! Super! ». Il a fallu que je fasse l’acquisition dans la foulée des deux tomes suivants, qui ont été dévorés en deux journées de vacances, sur une chaise longue dans le jardin. C’est incontestablement son gros coup de coeur de l’été dernier.

Nous sommes actuellement en train de lire le quatrième tome. Le cinquième est sorti le mois dernier et j’ai vu qu’un sixième paraîtra en anglais le mois prochain.

Outre l’humour de la série et le côté fantastique (ingrédients qui marchent toujours avec lui!), il a aimé la forme originale et le fait que les tons des lettres varient en fonction des auteurs et des destinataires. Il apprécie aussi le fait que l’auteur parvienne à se renouveler d’un tome à l’autre, chacun abordant un thème différent. Je suis également fan de cette série, qui a aussi su remporter l’adhésion de ma mère, ce qui n’est pas chose aisée!

Société Protectrice des Monstres – tome 1

51T4yEronTL__La SPM, comme son nom l’indique, a pour vocation de recueillir et soigner les créatures fantastiques. Située sur une vaste propriété, elle est dirigée par le Dr Fielding, vétérinaire. Celle-ci est assistée par le narrateur, un enfant loup-garou nommé Ulf. Au fil des pages, on croise également le géant Orson, qui effectue les travaux de force au sein de la SPM, et la petite fée Tiana, amie de Ulf.

Au début de l’histoire, de mystérieux méchants abattent un bébé dragon et enlèvent sa mère. Je pensais que ça allait coincer, d’autant plus qu’on apprend vite que les méchants nourissent de sombres desseins à l’égard de la mère dragon, du fait que la bestiole est sensible et n’aime pas quand c’est triste, mais non. Il est resté scotché.

S’il y a une intrigue, qui se résoud d’ailleurs assez vite à la fin du roman, on a essentiellement affaire à un tome de présentation. Ainsi, un policier se présente à la SPM, disant enquêter sur la disparition de la dragonne, et le Dr Fielding charge Ulf de lui faire visiter le centre, ce qui occupe plusieurs chapitres. Cette partie, au cours de laquelle les personnages, à bord de véhicules, passent d’une partie à l’autre de la propriété, en restant à l’écart des créatures dangereuses, m’a d’ailleurs fait penser à Jurassic park.

L’histoire nous a bien plu. Ou plutôt l’univers nous a bien plu. Pour ma part, j’ai trouvé l’intrigue un peu simple et un peu sombre. Notre autre réticence est que nous avons été fascinés l’un comme l’autre par ce que la visite nous faisait miroiter, certaines créatures aux noms étranges étant bien intrigantes, mais nous sommes restés un peu sur notre faim : aucune n’est représentée sur les illustrations et bien peu sont décrites dans le texte.

Je me demande si le tome suivant (il semble apparemment y en avoir 5) rentre un peu plus en profondeur dans l’univers ou se contente encore de rester en surface. Pour ce qui est de l’intrigue, je crains qu’elle ne soit une répétition de celle du premier tome, le même méchant faisant son come back. Je pense néanmoins que nous le lirons pour avoir des réponses à nos questions, le premier tome lui ayant globalement beaucoup plu.

Je précise que les tomes font près de 200 pages, qu’il y a assez peu d’images, que la série est indiquée par l’éditeur comme étant à destination des 9-12 ans et qu’elle ne semble actuellement pas aisée à trouver ailleurs que sur internet, mais elle a un joli potentiel. A voir si celui-ci est réalisé dans les tomes suivants!

Bat Pat – tomes 1 et 2

51uC5SGB0oL__Dans 95% des cas environ, la bestiole et moi avons des goûts communs en matière de livres et des ressentis communs vis à vis de nos lectures, ce qui m’étonne et me ravit, vu que c’est encore bien souvent moi qui fait la lecture! Et puis il y a quelques rares exceptions, lorsqu’il a un gros coup de coeur qui me désespère. Après Beast quest, voici donc Bat Pat. (gros soupir)

Bat Pat, le héros et narrateur de cette série, est une chauve-souris qui parle et qui écrit des romans d’épouvante. Une nuit, le cimetière dans lequel il habite reçoit la visite de ce qui semble être un spectre inquiétant et malintentionné. Le corbeau qui accompagne le spectre prend Bat Pat en chasse et celui-ci ne doit son salut qu’à Rebecca Silver, une petite fille qui ouvre la fenêtre de sa chambre pour le laisser entrer et la referme derrière lui. Bat Pat va se trouver tellement bien chez les Silver qu’il va y rester.

Les trois enfants Silver sont une indigeste accumulation de clichés. Il y a Léo, le gros qui mange tout le temps mais qui, pour faire politiquement correct, est un génie de l’informatique, Martin, l’intellectuel à lunettes, et Rébecca qui adore les animaux et qui est la plus courageuse des trois (politiquement correct, je disais!).

ACH002903361_1320852940_580x580Les nouveaux amis se lancent donc dans une enquête pour découvrir qui est ce spectre. Il y a un peu de suspense, un peu de fantastique et beaucoup d’humour (qui me laisse froide). Comme je le disais plus haut, ce sont les ingrédients qui plaisent à la bestiole et il a été ravi.

Etant une mère admirable, je lui ai pris le second tome, qui revisite l’histoire de Blanche Neige, avec une sorcière qui vend des pommes empoisonnées. Il a autant adoré que le premier. J’ai le troisième tome en stock et je pense qu’il va se jeter dessus.

C’est qu’il y en a une quinzaine de tomes… et rien que les titres de certains (Bat Pat et le mammouth frileux, Bat Pat et la sirène qui chante faux ou Bat Pat et le dragon asthmatique) me donnent des boutons… Je ne suis même pas sûre qu’ils soient à prendre au second degré! Entre les personnages caricaturaux, l’humour facile et éculé et les intrigues simplettes et tout aussi éculées, les 120 pages des romans me semblent bien longues…

Le format est néanmoins pensé de façon à être attrayant et abordable pour les jeunes lecteurs : police assez grosse, texte aéré et beaucoup d’illustrations mignonnes aux couleurs acidulées et les thèmes et le ton sont pensés pour plaire aux enfants et les accrocher sans les effrayer… Et clairement ça marche très bien… au moins chez moi!

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