Le comte de Monte-Cristo

La vie semblait sourire à Edmond Dantès : le jeune homme, tout récemment nommé capitaine d’un navire, s’apprêtait à épouser la jeune fille qu’il aimait. Mais deux jaloux le dénoncent comme agent de Bonaparte, qui, retenu sur l’Ile d’Elbe, complote pour revenir en France et s’emparer à nouveau du trône. Arrêté au cours de son repas de fiançailles, Edmond Dantès est conduit au château d’If. Pendant les 14 ans qu’il passe en captivité dans cette forteresse, Dantès parvient à entrer en contact avec un autre prisonnier, l’abbé Faria, qui partage avec lui ses vastes connaissances et lui lègue un trésor. A la mort de l’abbé, Dantès parvient à s’évader. Devenu immensément riche, il décide de consacrer son existence à se venger.

Le comte de Monte-Cristo est, je crois, le seul des grands classiques de Dumas que je n’ai pas lu quand j’étais adolescente. J’ai lu et relu Les trois mousquetaires et, plus encore, Vingt ans après, dévoré Joseph Balsamo, La reine Margot et toutes leurs suites, mais, pour des raisons que je ne saurais expliquer, Le comte de Monte-Cristo m’a effrayée et j’ai reculé quand on m’a proposé de me le prêter. Et aujourd’hui je le regrette un peu. Avec les années et l’accumulation des lectures, je crois que j’ai développé un oeil plus critique, si bien que certains rebondissements m’ont paru trop prévisibles, que j’ai regretté que certains personnages ne soient pas plus nuancés, et que l’invraisemblance de l’histoire et la formulation de certains dialogues m’ont fait sourire. Je crois malheureusement que la magie aurait mieux opéré quand j’étais adolescente. Maintenant que j’ai pu ronchonner un peu, je vais passer à tout ce que j’ai aimé, car je me suis tout de même régalée en lisant ces deux pavés.

Le roman se décompose en 3 parties de longueur très inégales. La première, très courte, se déroule à Marseille. Elle présente les personnages et tout ce que Dantès va perdre, et explique ce qui a conduit à son emprisonnement. La seconde, qui fait une grosse centaine de pages, est le récit des années de captivité de Dantès. La troisième, et de très loin la plus longue, a pour cadre principal Paris. A l’origine, le roman devait être parisien. En effet, Dumas avait reçu une commande pour des « Impressions de voyage dans Paris ». Il était libre de raconter ce qu’il voulait, du moment que l’action se déroulait à Paris. Dumas avait trouvé, dans un ouvrage d’un archiviste de la préfecture de police, deux récits qui avaient capté son attention et lui avaient inspiré l’idée de mettre en scène un personnage qui accomplit une vengeance.

D’après un court texte de Dumas, L’Etat civil du « Comte de Monte-Cristo« , qui est donné en annexe dans mon édition du roman, c’est Auguste Maquet qui a suggéré au romancier de raconter la genèse de cette vengeance et d’étoffer le roman en y ajoutant les deux premières parties. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé la seconde partie, dans laquelle Dumas montre toutes les phases par lesquelles Dantès passe, alors que, au gré des événements, il oscille entre espoir et désespoir. Le lecteur, à qui le romancier fait partager les pensées de son héros, peut ainsi se sentir proche du jeune homme naïf et sympathique et se sentir touché de ses souffrances.

La troisième partie présente un fort contraste avec les deux premières. Cette troisième partie est en effet celle du secret. L’argent a permis à Dantès, devenu le comte de Monte-Cristo, de percer tous les secrets tant de ses ennemis que des personnes qui peuvent lui être utiles, lui conférant ainsi un pouvoir sur eux. Son identité et ses intentions, au contraire, ne sont connues que de lui seul et sont impénétrables pour ceux qu’il poursuit de sa vengeance, qui ne peuvent donc savoir d’où vont partir les coups. Le lecteur est, lui aussi, exclu de ce secret. Il n’est plus invité à partager l’intimité mentale de Monte-Cristo, et découvre les événements en même temps que les personnages (en théorie, tout du moins). De ce fait, le rapport que le lecteur a avec Dantès, est radicalement différent, et ce d’autant plus que la personnalité de celui-ci s’est transformée.

En effet, ce qui m’a paru intéressant, c’est que le comte de Monte-Cristo a une personnalité contrastée, bien plus riche que celle du jeune Dantès. Il n’est plus si attachant et est même, par moment, carrément antipathique, ce que j’ai trouvé assez fort car le comte de Monte-Cristo est un personnage principal extrêmement envahissant : il rayonne tellement qu’il en éclipse totalement les autres, qui ne sont là que pour lui donner la réplique.

Je l’ai dit, c’est un roman de la vengeance, et Dumas s’attache à en montrer tous les aspects. Au début, l’orgueil semble avoir monté à la tête de Monte-Cristo, qui s’imagine être la Providence, la main de Dieu, et pouvoir faire et défaire à loisir les vies de ceux qu’il veut récompenser ou punir. Puis, petit à petit, le doute s’insinue en lui : quelle légitimité a-t-il, jusqu’où peut-il aller? C’est une thématique intéressante, et j’aurais aimé que Dumas pousse cet aspect un peu plus loin.

Mais, avant tout, Le comte de Monte-Cristo est un roman passionnant, dans lequel on retrouve l’immense talent et toute la verve de Dumas. En dépit de l’ampleur du roman, des nombreux développements et digressions qui l’émaillent, le lecteur n’a non seulement pas le temps de s’ennuyer, mais il n’a même pas le temps de souffler. Les nombreux dialogues donnent du rythme au roman, et le cynisme de Monte-Cristo les teinte d’une ironie que j’ai trouvée assez réjouissante. Et Dumas a l’art de faire en sorte, lorsque le lecteur termine un chapitre, de lui donner une envie irrésistible d’enchaîner sur le suivant pour savoir ce qui va se passer après. De toute façon, je crois que vous l’aurez compris, j’adore sa façon d’écrire, et j’ai savouré certains passages avec la même gourmandise qu’autrefois.

Par ailleurs, ce roman d’une incroyable richesse, qui dépeint à la fois la haute société parisienne contemporaine de ses premiers lecteurs (la partie parisienne est supposée se dérouler en 1838, et le roman a commencé à être publié en feuilleton en 1844) et dépayse ses lecteurs par l’évocation des Contes des mille et une nuits, de pirates, bandits et contrebandiers, mais aussi de vampires, par exemple, est également extrêmement bien construit. Si, comme je le disais plus haut, l’histoire m’a paru parfois un peu trop prévisible et convenue, je dois néanmoins avouer que l’intrigue est très fouillée et très bien pensée, dans les moindres détails, et que les  – nombreux – rebondissements s’enchaînent de façon magistrale.

Avec ce roman, je fais d’une pierre deux coups puisque c’est ma première participation à la fois au challenge Alexandre Dumas d’Ankya et au Défi des 1000 de Daniel Fattore.

 

 

 

 

 

 

 

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu d’une traite une oeuvre aussi longue (plus de 1 450 pages tout de même!) et, en dépit du plaisir que j’ai éprouvé à lire ce livre, ça n’a pas été évident de m’astreindre pendant tout un mois à m’y consacrer entièrement, sans lui faire d’infidélités. Je crois que j’ai perdu l’entraînement. Pour la peine, j’envisage de me replonger dans Les trois mousquetaires dans les prochains mois, et peut-être, si j’en ai le courage, dans les Mémoires de Dumas. Affaire à suivre!

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7 commentaires pour Le comte de Monte-Cristo

  1. D. dit :

    J’ai découvert Dumas il y a peu lorsqu’un ami m’a prêté un de ses livres en me précisant bien qu’il s’agissait de son livre préféré, et … déception ! Je n’ai pas trop accroché à ces deux nouvelles ( La femme au collier de velours, Les mille et un fantômes). Si l’histoire est bien menée et l’intrigue intéressante au début, le style de Dumas m’a fatigué et je me suis sentie obligée de finir ce livre. Du coup les 1450 pages du Comte de Monte-Cristo… je crois que je vais attendre un peu !
    En tout cas, très bon article.

    • Marie dit :

      Merci! Je n’ai pas lu ces deux nouvelles. Si tu n’y as pas accroché, te lancer dans un tel pavé ne serait effectivement pas forcément la meilleure option. Peut-être que dans le futur tu pourras retenter l’aventure avec un texte court d’un genre différent de ceux que tu as essayés?

  2. DF dit :

    Une lacune comblée, donc! Merci pour le clin d’oeil et pour ta participation au Défi des Mille.
    A bientôt!

  3. Ping : Point sur mes challenges en cours | Et puis…

  4. ulysse dit :

    j’aime bien ton texte qui est beaucoup descriptif et envoutant. Bravo pour ta rédaction

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