Les rendez-vous de l’histoire – vendredi 14 octobre

Je n’ai pas oublié qu’était prévue pour aujourd’hui une LC de César Birotteau, mais, n’ayant pu récupérer mon exemplaire qui était chez mes parents qu’en milieu de semaine, il m’en reste encore une petite centaine de pages à lire. Je posterai donc mon billet avec 1 ou 2 jours de retard et j’en suis désolée! Je comptais publier ce billet-ci hier, mais je n’ai pas pu, ma connexion internet ne fonctionnant que par intermittence. Je poursuivrai donc mon compte-rendu de ces journées après mon billet sur César Birotteau.

Comme chaque année à la même époque, j’ai migré pour quelques jours à Blois, le temps des Rendez-vous de l’histoire. Le thème retenu pour cette année est l’orient, sujet suffisamment vaste pour permettre de nombreux développements tant historiques que sur des sujets d’actualité. Face au succès des dernières éditions, le programme me paraît encore plus conséquent que les années précédentes, les endroits où ont lieu conférences et animations se sont multipliés par rapport aux premières éditions, et l’espace dédié au salon du livre s’est agrandi. Les tentations sont donc nombreuses et, si j’ai jusqu’à présent réussi à passer sans trop de dommages devant les stands réservés aux essais, du fait que je n’arrive pas à trouver le temps d’en lire, je sens en revanche que je vais avoir du mal à partir d’ici sans faire une razzia sur les BDs et les livres pour enfants !

Je n’ai assisté qu’à peu de conférences aujourd’hui, mais c’est parce que j’ai fait la grasse matinée, et non en raison de l’affluence. Cette année j’ai pu entrer et sortir du Café Littéraire à loisir, comme autrefois (peut-être est-il plus dur à trouver, comme il est tout au fond du salon du livre), j’ai accédé aux amphis de l’antenne universitaire sans faire la queue et j’ai même pu pénétrer in extremis dans l’hémicycle de la Halle aux grains en n’ayant commencé à faire la queue qu’une demi-heure avant l’horaire fixé pour le début de la conférence d’ouverture ! J’espère qu’il en sera de même ce week-end !

 

Comment travaillent les intellectuels ?

Beaucoup d’historiens viennent aux Rendez-vous de l’histoire pour présenter leurs ouvrages et c’était le cas pour cette première conférence à laquelle j’ai assistée. En effet, Christian Jacob dirige un ouvrage intitulé Lieux de savoir dont le deuxième tome, Les mains de l’intellect, est paru cette année. Si l’interview ne m’a pas passionnée, l’ouvrage dont il était question me tenterait en revanche beaucoup si son prix (plus de 60€) n’était pas rédhibitoire. Peut-être une idée de cadeau de Noël ? Ce livre est en effet la somme d’une cinquantaine d’études sur les pratiques savantes qui sont abordées de façon très concrète. Le titre vient du choix de traiter les pensées comme des actions dont il est possible de suivre le cheminement à travers l’écriture. Le livre s’intéresse également à l’apprentissage et à la transmission, qui jouent un rôle essentiel. Les études portent sur une grande variété de lieux, d’époques et de disciplines, puisque l’une d’entre elles est consacrée à un expert en matière de bonsaïs.

 

 

Regards croisés sur les questions de la géographie des conflits

La géographie des conflits est cette année un sujet du CAPES et de l’agrégation de géographie. De ce fait, deux ouvrages viennent de paraître sur ce thème chez Armand Colin, l’un dirigé par Béatrice Giblin, l’autre écrit par Philippe Boulanger, qui débattaient tous deux avec l’arbitrage et les interventions d’un autre géographe, Denis Retaillé. Si les livres, à l’orientation forcément scolaire, ne m’attirent pas, la discussion m’a, en revanche, beaucoup intéressée.

J’en ai retenu plusieurs choses. Un même territoire est perçu de différentes façons par les différents acteurs : leurs objectifs, façons de penser le territoire, enjeux sont différents, ce qui est source de conflits. Les ressources des territoires sont également l’objet d’enjeux importants.

D’après l’ONU, les conflits armés peuvent être de 4 types : guerre civile, guerre entre Etats, guerre entre groupes d’Etats, guerre entre Etats et organisations. La  nature des conflits a changé depuis 20 ou 30 ans, ce qui fait que le sujet est d’actualité : la représentation géographique des menaces potentielles est à revoir. La guerre froide a modifié la donne : s’il y a une guerre entre Etats, ce sera une guerre totale, une telle guerre ne peut donc plus avoir lieu. Il n’y a plus désormais que peu de guerres entre Etats. En revanche, les conflits opposant des Etats à des organisations se font plus nombreuses, et les Etats ne savent pas bien les gérer. La majorité de la population mondiale vivant désormais en ville, les affrontements sont appelés à être de plus en plus urbains.

J’ai été passionnée par les propos de Béatrice Giblin, une petite dame qui a l’air très rigolote et qui dirige la revue Hérodote, que je ne connaissais pas mais qui m’a paru pouvoir être très intéressante. Il faudrait que j’y jette un oeil pour voir si c’est abordable pour quelqu’un qui n’est pas géographe. 

 

Les prémices des révoltes arabes dans la littérature

Les deux invités pour ce sujet étaient Hoda Barakat, une libanaise installée en France depuis 20 ans qui écrit des romans en arabe, et Farouk Mardam Bey, qui est syrien et éditeur. Moi qui ne connaît rien à la littérature arabe, j’ai trouvé cette discussion très instructive et ai noté plein de références.

Le roman de langue arabe est apparu à la fin du 19e – début du 20e siècle. L’expression littéraire passait auparavant plutôt par la poésie. Il s’est développé après la deuxième guerre mondiale, sous l’impulsion des romans réalistes de l’égyptien Naguib Mahfouz, qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1988.

Une évolution considérable de la société a eu lieu dans les pays arabes dans les années 60s, en parallèle à l’apparition de régimes despotiques et à la montée de mouvements islamistes radicaux. Alors que le monde arabe s’est trouvé enfermé entre despotisme et islamisme, la littérature est restée une littérature de résistance dans les domaines politique, religieux et sexuel. C’est également une littérature qui défend la liberté individuelle.

Les deux intervenants se sont également élevés contre un certain nombre de clichés. Ainsi, Hoda Barakat a précisé qu’on ne peut pas parler d’écriture féminine de langue arabe, la situation des femmes présentant de grandes disparités d’un pays à l’autre. Farouk Mardam Bey a déploré que l’occident ne voie pas l’évolution du monde arabe. Alors que nous avons l’image des femmes voilées, le taux d’activité des femmes progresse et le nombre d’enfants par femme chute en Tunisie, au Liban, ou même en Syrie. Il a également dit son espoir face à cette affirmation de l’individu qu’il observe depuis une trentaine d’années et face à la génération de jeunes qui revendiquent la liberté. Hoda Barakat regrette que l’on ne s’intéresse aux écrivains arabes que dans les rubriques politiques des médias, et seulement lorsque le monde arabe fait la une de l’actualité.

Ils ont également cité deux romans :

 

 

 

 

Je crois qu’il y aurait là largement matière à creuser et à créer un challenge intéressant !

 

L’Amérique en Orient

Il s’agissait là encore d’une présentation d’ouvrage, une BD cette fois. Les meilleurs ennemis est une série dont le premier tome vient de paraître et qui est consacrée aux relations entre les Etats-Unis et le Moyen Orient. Ce premier tome part du 15e siècle et va jusqu’à la moitié du 20e siècle. Il ne s’agit pas d’un récit chronologique linéaire. Seuls 4 moments sont développés à travers 4 récits. Les moments retenus l’ont été tant pour leur importance historique que pour les possibilités narratives qu’ils ouvraient, puisqu’ils ont été traités sous diverses formes : récit de pirates, roman d’espionnage, roman historique… En dépit de cette volonté de narration attractive, les deux auteurs, un  dessinateur et un historien, ont conçu la série comme un livre d’histoire et n’ont pas rajouté de fiction.

Cette fois encore, si l’exposé ne m’a pas passionnée, l’ouvrage dont il était question me tente bien !

 

 

Voyageurs et orientaux au Grand siècle

La conférence inaugurale a été donnée par Sanjay Subrahmanyam. Cet historien indien qui a vécu et enseigné à Paris enseigne maintenant à Los Angeles, à l’UCLA. Son propos était de donner une idée de ce que sont les orientalistes. Il s’est appuyé pour ce faire sur les exemples de 4 voyageurs français du règne de Louis XIV qui ont laissé des récits de leurs voyages. Ces 4 hommes de profils professionnel et intellectuel très divers ont abordé les pays qu’ils ont visité avec des objectifs et des états d’esprit très différents, et ces différences se ressentent dans les relations qu’ils ont laissées, qui n’abordent pas les mêmes aspects. C’était très intéressant, mais je suis restée un peu sur ma faim et j’aurais aimé qu’il aille plus loin. J’aurais aimé par exemple connaître la réception et l’impact de ces récits en France, l’image que les contemporains de Louis XIV avaient de l’orient, la réception de ces voyageurs en orient et la vision des orientaux de l’occident… Evidemment il aurait fallu beaucoup plus qu’une heure pour tout ça !

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9 commentaires pour Les rendez-vous de l’histoire – vendredi 14 octobre

  1. Marie dit :

    Ouf! J’ai cru que je n’arriverai jamais à le poster, celui-là!

  2. nathalie dit :

    Beau billet ! Moi je suis les RDV de Blois à la Radio et je pense que ça me plairait beaucoup. Bon, en revanche, je reviendrais avec des milliers de livres donc… J’aime bien ton billet, ça donne envie d’y aller.
    Et César Birotteau n’est pas à deux jours près (pis, si on prête ses livres, c’est pour la bonne cause).

    • Marie dit :

      Pas forcément… Le salon du livre est dans la Halle au grain. Il suffit de se cantonner à d’autres endroits pour limiter les tentations, ce qui est largement possible!
      Eh non, malheureusement mes parents n’ont pas été pris d’une subite envie de lire Balzac. Je stocke simplement mes livres chez eux faute de place. Je n’ai plus qu’une quinzaine de pages à lire, mon billet devrait être pour demain! Mais j’adhère définitivement au concept de LCA!

  3. les Livres de George dit :

    Un billet extrêmement riche ! et des conférences qui m’ont l’air très pointues. Cela me rappelle les colloques littéraires ;) ! la dernière conférence dont tu parles m’aurait sans doute intéressée aussi mais sans doute encore plus effectivement de connaître la réception en Orient, car en littérature française on a souvent que la vue occidentale, même si Montesquieu a tenté le coup dans les « Lettres persanes » !

    • Marie dit :

      Et ce n’est que le début! J’ai écouté plein d’autres choses passionnantes depuis! Je n’ai jamais assisté à un colloque littéraire, ça doit être intéressant.
      Eh oui, j’ai tout de suite pensé à Montesquieux mais il a surtout voulu parler de la société française sous un biais. J’aimerais bien connaître un point de vue réellement oriental.

  4. Aaliz dit :

    Ton article est passionnant !
    ça fait des années que je me dis qu’il faut que j’aille à ces Rendez-vous de l’Histoire mais à chaque fois ça tombe à l’eau .Surtout que cette année, le sujet m’intéressait particulièrement … :(
    En tout cas, je t’encourage TRES fortement à concrétiser ton idée de challenge sur le sujet, sache que je suis déjà partante !

    • Marie dit :

      Il faut que tu arrives à y aller. C’est génial!
      Bah oui, mais j’y connais rien, moi, à la littérature arabe! Je vais t’envoyer un mail!

  5. J’ai décidé que l’an prochain, j’y vais, quoi qu’il arrive (hummmm)

    • Marie dit :

      Les bonnes résolutions, on sait le temps que ça dure! Tu as raté des trucs pourtant cette année! Il n’a pas été question de mode, mais ça a pas mal parlé cuisine! :-)

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