Théogonie – Les travaux et les jours – Hymnes homériques

51VXCG4H0EL__SL500_AA300_Les écrits attribués à Homère et Hésiode constituent notre principale source littéraire concernant la mythologie grecque. Issus d’une tradition orale, on pense qu’ils furent mis par écrit, pour l’Iliade et l’Odyssée, vers la fin du 9e siècle avant JC ou le début du 8e siècle, avec sans doute au moins une génération d’écart entre les deux, et dans la deuxième moitié du 8e siècle pour les oeuvres d’Hésiode : la Théogonie et Les travaux et les jours, qui sont donc plus récentes.

J’avais envie de les lire depuis bien longtemps, et les pages que j’ai parcourues se sont avérées une surprise. D’une part, je ne m’attendais pas à ramer autant. J’ai toujours beaucoup de mal à lire la poésie, mais je pensais que le fait que ce soit de la poésie antique, bien différente des formes poétiques actuelles, et que la traduction transformerait nécessairement le texte, ne pouvant rendre sa forme et son rythme, aideraient à faire passer la pilule. Il n’en a rien été. Bien souvent, comme chaque fois que je m’essaye à lire de la poésie, j’ai dû plusieurs fois m’arrêter, parce que j’allais trop vite et n’y comprenais rien, ou parce que mon esprit vagabondait, cette forme de littérature ayant beaucoup de mal à m’accrocher. Par ailleurs, même avec la meilleure volonté du monde, je ne suis pas parvenue à comprendre certains passages. Le fait que l’appareil de notes précisait qu’ils étaient obscurs m’a quelque peu rassurée, mais ne m’a pas aidée dans ma lecture. Inversement, à ma grande surprise et à ma grande joie, et alors que je pensais mon cas désespéré, j’ai réalisé à certains moments que je m’étais laissée complètement emporter par certains passages épiques. Je n’aurais pas cru que la magie puisse opérer ainsi, à des millénaires de distance, alors que ça partait plutôt mal au départ!

J’ai été également étonnée par le contenu. Je pensais que la Théogonie narrait la création du monde, la naissance des dieux et les combats qui ont accompagnés ces premiers temps. Ce n’était pas faux, mais elle consiste principalement en une longue liste de divinités (Hésiode donne le nom des 50 Néréides, par exemple) et une généalogie des dieux. Sachant qu’il liste tous les fruits des amours des dieux et déesses avec des mortels et que certains ont été de grands amoureux, je vous laisse imaginer ce que ça peut donner… Seuls quelques épisodes sont développés, comme l’histoire de Prométhée et celle de la boîte de Pandore, qui sont reprises dans Les travaux et les jours.

Curieusement, c’est Les travaux et les jours que j’ai préféré, alors que je m’attendais à m’ennuyer un peu à lire une série de conseils agricoles. Là encore, j’ai été surprise, car Les travaux et les jours est bien plus que celà et touche un peu à tout. On y trouve des récits mythologiques, comme je viens de l’expliquer, mais aussi des conseils moraux. J’ai été étonnée par le caractère « intime » de cette oeuvre, Hésiode s’adressant à son frère Persès, qu’il dépeint plus ou moins comme un bon à rien, et à qui il donne des conseils. L’auteur y parle un peu de lui-même et d’un voyage qu’il a fait. Je ne m’attendais pas à ça et ai apprécié ce passage qui le rend plus proche des lecteurs.

Le livre se termine sur ce qu’on appelle les Hymnes homériques. Attribuée autrefois à Homère, cette trentaine de poèmes épiques émane en fait de différents auteurs et de différentes époques. Les poèmes dateraient du 7e et du 6e siècles avant JC. Ils sont d’une longueur très variable : de 3-4 vers à plus de 500. Chacun est dédié à un dieu et les plus longs m’ont bien plu. J’en retiens notamment la jolie histoire de Déméter, recherchant sa fille Perséphone, enlevée par Hadès, le dieux des morts, ou celle de l’enfance d’Hermès, bébé facétieux et plein de ressources, qui est amusante.

J’aurais dû théoriquement finir cette lecture avant le 31 décembre pour achever le challenge Mythes et légendes de Céline. Je lui soumets malgré ce retard mon billet au cas où…

Je ne suis, en revanche, pas en retard pour Le pari hellène de Nathalie, pour lequel cette lecture constitue une première participation.

 mythologiegrecqueHoumous

Publicité
Cet article, publié dans Lectures, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

12 commentaires pour Théogonie – Les travaux et les jours – Hymnes homériques

  1. nathalie dit :

    J’ai très envie de lire Les Travaux et les jours depuis que j’ai lu Vernant, tout ce que tu me dis m’encourage. C’est bien de voir que la magie peut opérer pour des oeuvres si loin de nous. Merci pour ton billet.

  2. Charly dit :

    C’est une littérature que j’aime mais qui est assez complexe. J’ai eu la chance de suivre d’excellents cours sur la poésie antique, ce qui éclaire mes lecture. Cependant, le temps que cela demande est parfois décourageant. Vu ce que tu en dis, c’est le genre de livres que j’aimerais analyser avec un prof ou quelqu’un qui a la culture antique nécessaire. En tout cas, bravo pour l’avoir lu et merci de me l’avoir fait découvrir !

    • Marie dit :

      Je pense en effet que ça aide d’avoir un minimum de culture sur le sujet au préalable. Si on ne connaît pas les mythes à la base, ça risque d’être un peu difficile. L’appareil de notes de Folio est assez léger. D’un côté, j’ai bien aimé pouvoir découvrir le texte de façon assez spontanée, mais d’un autre côté, j’aurais bien aimé avoir après coup plus d’infos pour éclairer ma lecture.

  3. jerome dit :

    J’adore la diversité de tes lectures. Du shojo à Hésiode, de Balzac à un livre sur le chocolat en passant par littérature jeunesse et tes lectures « douteuses » je suis toujours surpris en passant chez toi.
    Pour le coup je ne te suivrais pas sur Hésiode mais peu importe, c’est quand même un plaisir de te lire.

    • Marie dit :

      C’est un très beau compliment que tu me fais là, l’un de mes buts étant justement de varier les genres pour que mes lecteurs ne sachent pas à quoi s’attendre en arrivant sur mes blogs et soient un peu surpris. J’ai quand même des goûts bien arrêtés et je ne me diversifie pas autant que je pense qu’il serait intéressant de le faire, mais j’ai toujours eu des attirances assez éclectiques et mélanger les genres m’a toujours beaucoup amusée.

  4. carolivre dit :

    Pendant mes études, j’en ai lu quelques extraits. C’est vrai que c’est assez ardu. En tout cas tu es courageuse d’avoir relevé le pari! Bravo!

    • Marie dit :

      C’est très variable, en fait. Certains passages sont beaucoup plus accessibles que d’autres. Le livre n’est pas si épais et la mise en page est aérée, ce qui fait que ce n’était pas décourageant.

  5. Aaliz dit :

    Je me joins aux autres pour louer ton courage, je crois bien que je n’aurais pas tenu. Tout comme toi j’ai beaucoup de mal avec le genre poétique et avec la littérature antique aussi de toutes façons. Le contenu est pourtant très attirant mais la forme me rebute beaucoup. En tout cas, chapeau bas et bravo aussi pour ton billet fort instructif.

    • Marie dit :

      Le livre ne fait que 400 pages, notes incluses. Ce n’est donc pas insurmontable. J’ai lu, il y a fort longtemps, les principaux classiques de la littérature antique, mais je n’ai pas souvenir d’avoir galéré comme ça. Heureusement, les passages difficiles n’excédaient pas quelques pages et l’ensemble se lit assez vite… bien que j’ai encore la sensation désagréable, comme chaque fois que je lis de la poésie, d’avoir été beaucoup plus vite que je n’aurais dû…

  6. Ping : Journal de lecture – 24/12/12 – 06/01/13 | Et puis…

  7. A LIRE ABSOLUMENT !

    « Questions Homériques ». Un recueil de presque 1200 pages de commentaires les plus intéressants sur l’œuvre d’Homère, principalement orientés vers le sens physique et théologique de ses poèmes.

    Des commentaires tout à fait inédits, et aussi variés que les époques dont ils sont issus, Cornutus, Héraclite, Plutarque, Porphyre ou Proclus le Diadoque, Eustathe, Tzetzès, Matthieu d’Éphèse, Christophe Cantoléon, Hypolite de Rome, et Michel Psellos, sans oublier l’exégèse alchimiques avec P. le Bon, O. Borrichius, J. Bracesco, L. Cattiaux, J. Chartier, J. Chrysippe Fanien, A. Cnoeffel, C. Della Riviera, J. Dorat, R. Duval, J. d’Espagnet, Fabre du Bosquet, Géber, Claude Germain, Th. De Hoghelande, J. Isaac de Hollande, Frère Homerus, G. Johnson, D. Lagneau, H. de Lintaut, Pseudo-R. Lulle, M. Maïer, G. Mennens, J. De Monte-Snyder, Orthelius, Pantaléon, Paracelse, A.-j. Pernety, J. Pic de la Mirandole, J. Reuchlin, Servius, J. De Sponde, B. Valentin, Th. Vaughan, B. de Vigenère, Denis Zachaire et Emmanuel d’Hooghvorst.

    » En empruntant à Porphyre, pour intituler ce florilège, l’expression « questions homériques », nous entendons lui rendre son titre de noblesse. Il ne s’agit pas tant de savoir si l’Iliade et l’Odyssée sont l’œuvre d’un seul poète ou de plusieurs, ni si le nom d’Homère s’applique à un personnage historiquement existant ou non, que de percevoir l’intention de l’auteur dans tel vers ou tel passage. »

    Traduction de Hans van Kasteel, éminent philologue et spécialiste en langues anciennes.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s